Entretiens
Ne cherchez pas de silos dans le ciel qui surplombe la Ferme Malaco : ils sont à même le sol. Jean-Philippe Côté et Julie Richer ne jurent que par les silos-couloirs. Leurs résultats pourraient convaincre le plus sceptique des incrédules. La qualité, la quantité et l'efficacité sont au rendez-vous. Leur secret ? Il est dans le toit.
La Ferme Malaco, située sur le chemin de Fitch Bay, à Magog, offre un paysage à couper le souffle, en bordure du lac Lovering. Les hautes constructions souvent vues sur les calendriers agricoles ou dans les reportages n'en font pas partie. Les silos-couloirs qu'utilise l'exploitation donnent plus l'idée d'un entrepôt, avec le toit qui les surplombe. Pourtant, la grande qualité des fourrages en est tributaire. Le père de Jean-Philippe, Christian, en est particulièrement convaincu. Les pertes sont minimes et l'efficacité de la récolte est prouvée depuis longtemps.

Les Côté ont toujours entreposé leur ensilage de cette façon, sauf pendant quatre ans. En 2000, des silos-tours ont été construits. La décision n'avait pas été facile pour Christian. Il s'était juré que s'ils tombaient, il n'en construirait pas d'autres. Le destin a entendu le père de Jean-Philippe, et les silos se sont effondrés sur l'étable en 2005. Heureusement, personne n'a été blessé. Seule une vache a subi des blessures mineures. « À peine 12 heures avant, mon frère et moi étions dans un des silos pour changer un moteur, et cinq minutes avant, l'employé de la ferme était passé où les silos sont tombés. Oui, nous avons été très chanceux », se rappelle Jean-Philippe, qui n'a pas manifesté le désir de reconstruire en hauteur.

Les silos-couloirs ont donc repris leur place à la ferme. Une construction de 390 m2 (4200 pi2), dotée d'un toit, a été bâtie. Depuis, cette méthode n'est plus remise en question.

D'après Christian Côté, qui a connu les silos-couloirs dès son enfance, c'est leur toiture qui permet de conserver plus facilement les aliments servis aux vaches et de minimiser les pertes.
La récolte se passe en six à sept étapes, selon les besoins. Tout d'abord, la faucheuse s'attaque aux champs de fourrages, composés de luzerne, de fléole (mil) et de brome. Les producteurs s'assurent de faucher dans une proportion de six heures de coupe pour trois heures de récolte. Le mélange sera ensuite fané si l'humidité est trop élevée. La troisième étape se fait à l'aide d'un râteau, afin de mettre quatre rangs en un.

La récolteuse est une autochargeuse européenne (partagée en CUMA avec la Ferme JUAR, de Coaticook) d'une capacité de chargement se situant entre 10 et 12 tonnes d'ensilage de foin. Elle peut fonctionner à 25 km/heure. L'appareil tranche l'herbe à l'aide d'un rotor muni de couteaux. Plus la vitesse est élevée et les rangs uniformes et tassés, plus le produit sera de qualité. Ce boulot est la responsabilité de Jean-Philippe, qui récolte et dépose l'ensilage dans le silo. « En fauchant dès le début de l'après-midi [jour 1] et l'avant-midi le lendemain, on fait de 6 à 8 ha [15 à 20 acres] par heure, selon la distance à parcourir entre le champ et le silo-couloir, explique Jean-Philippe. Normalement, on peut planifier un chantier de 32 à 40 ha par jour en finissant vers 19 h. On préconise un ensilage autour de 30 à 35 % de matière sèche. De cette façon, lorsqu'on remplit un silo d'un coup, ça évite les pertes de liquide [nutriments] et ça se foule assez bien. »

Le chantier est planifié ainsi : ce qui est fauché avec de la rosée est raclé plus tard, et ce qui est raclé en premier est souvent ensilé en dernier. C'est une planification que les Magogois maîtrisent à mesure que leur expérience grandit. Christian entre ensuite en jeu pour l'avant-dernière étape : bien placer les tonnes de fourrages dans les silos et compacter le tout. La fin des silos est la partie plus délicate des opérations, car il est plus difficile de compacter aussi densément les derniers chargements que les premiers.


L'alimentation du troupeau

Par Gérald Boivin, T.P.
Expert-conseil,
La Coop des Cantons

Génisses (jusqu'à 6 mois)
Lactoremplaceur
Goliath XLR 27-17
Foin sec
Aliment Goliath VO-21 PRO C

Taures (7 à 24 mois)
Balle enrobée mélangée
Goliath 40

Vaches en lactation
Ensilage de foin (luzerne-mil)
Foin sec de mil
Aliment Synchro 5012 option 2
Aliment Synchro Robocoop HP
Minéral Bloc Synchro 10-10
Supplément Synchro Pulpolac F3 pour les vaches ayant récemment vêlé

Vaches en transition
Transilac LP
Ensilage de foin et foin sec

Vaches taries
Foin sec
Minéral Bloc Transilac 305

Profil du troupeau

60 vaches,
50 en lactation
Production moyenne : 11 437 kg
MCR : 253-262-256
Gras : 4,1 %
Protéine : 3,23 %


Les silos-couloirs de la Ferme Malaco sont munis d'une toiture qui permet d'offrir au troupeau un ensilage de qualité 12 mois par année.

Pratiques et efficaces, les silos sont construits sur un terrain en pente entre les champs et l'étable. L'arrière de la construction est au niveau du sol. Ainsi, Jean-Philippe peut entrer par l'arrière et décharger l'ensilage en quelques minutes. Finalement, une bâche-barrière à oxygène est installée pour assurer une bonne fermentation. Des boudins remplis de pierres concassées sont disposés sur le dessus. Les pertes sont négligeables — quelques kilos prennent le chemin du compost — et le reste est servi aux animaux. La récolteuse de la Ferme Malaco hache le foin à une longueur variant entre deux et quatre pouces (5 et 10 cm). Plus long que les trois quarts de pouce à un pouce auxquels les fourragères popularisées dans les années 1970 nous avaient habitués. C'est une des explications de la qualité engrangée par le couple Richer-Côté. L'expérience acquise par Christian au fil des ans lui fait dire que le toit installé au-dessus des amas d'ensilage joue un grand rôle. « Là où le soleil frappe la bâche, nous avons remarqué des pertes plus importantes et l'ensilage n'a pas la même couleur, dit-il. Je suis certain que la chaleur monte rapidement sous la toile et que ça affecte la qualité de la fermentation. » Germain Lefebvre, de l'entreprise Agro-Bio Contrôle, un spécialiste en conservation des fourrages, lui donne raison. « Le soleil qui frappe directement sur la toile, si elle est foncée en plus, peut faire grimper la température de 25 à 30 °C dans les premiers centimètres, explique le spécialiste. Dans ces conditions, les pertes sont importantes. Les études ont prouvé il y a longtemps que placer de l'ensilage à l'abri des intempéries augmente considérablement sa qualité. Les eaux de précipitation, les rayons UV et les vents sont tous des éléments qui endommagent les bâches et diminuent leur efficacité. »


Avec leur récolteuse européenne, les Richer-Côté ensilent plus de 32 ha en une demi-journée.

Les Côté sont également convaincus que l'absence d'air est une autre facette de leur réussite. Parfois, l'ensilage entassé dans le silo refoule de plus de deux pieds (60 cm). Normalement, c'est un signe que la compaction n'est pas parfaite, laissant place à des pertes causées par de la moisissure. Pourtant, ils ne jettent qu'une toute petite partie de ce qu'ils serviront à leurs vaches. Le toit joue un rôle primordial dans la bonne conservation de l'ensilage. Sur cet aspect, Germain Lefebvre donne raison aux Magogois, car n'étant pas altérée par les éléments extérieurs, la bâche conserve plus longtemps son étanchéité.

En 2004, après l'effondrement des silos-tours, Jean-Philippe a décidé de revenir aux silos-couloirs. Sa compagne, Julie Richer, apprécie les nombreux avantages de ce type d'entreposage.
Le coût de construction des silos n'a pas été un problème pour les actionnaires de la ferme. Habiles de leurs mains, ils en ont bâti une large partie, et les frais n'ont pas dépassé 20 000 $. Soit le prix d'un videur à silo.

Efficacité et qualité, voilà les principaux critères qui ont guidé Jean-Philippe et Christian en 2004. Non seulement le secret est dans le toit, mais il réside aussi dans la qualité de la bâche, dans la récolteuse révolutionnaire et dans la rapidité des travaux. Tout ça finit par rentabiliser le temps et permettre un rendement sans équivoque.

Christian a raconté une anecdote révélant les raisons qui ont fait des Côté des spécialistes de ce type d'entreposage. « Les silos-couloirs ont toujours fait partie de ma vie, dit-il. Quand j'étais petit garçon, mes sept frères et moi foulions un des silos à pied… Nous aurions eu besoin d'un mois pour réaliser un chantier qu'on fait de nos jours en moins d'une semaine. » L'équipe compte trois personnes en 2013. Qui dit mieux ?
 
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