Entretiens
La Ferme Allard-Ouimet et la Ferme J. Ouimet, de Saint-Roch-de-l'Achigan, dans Lanaudière, cultivent et commercialisent près de 600 ha (1500 acres) de pommes de terre. Pas moins de 13 variétés réparties en trois catégories (blanche, rouge et jaune) sont livrées aux centres de distribution de Loblaws et de Sobeys. Sylvain Rhéaume, Ricky Roberge ainsi que Marc-André et Ghislain Allard privilégient un aspect important de leur entreprise : la recherche et développement.

Pour avoir à l'œil les meilleures variétés de pommes de terre, Marc-André Allard, comme toute l'équipe de la Ferme Allard-Ouimet, jongle avec pas moins de 50 candidates chaque année. L'une d'elles pourra se retrouver dans les sélections de ces producteurs de Saint-Roch-de-l'Achigan.
Chaque année, près d'une cinquantaine de variétés de pommes de terre sont semées dans des parcelles d'essais. De ce nombre, peut-être une se retrouvera parmi les variétés cultivées. La pomme de terre sélectionnée devra générer un rendement important, avoir bon goût, résister aux maladies et se conserver longtemps. « Le premier critère, c'est le rendement, parce que les producteurs cherchent du rendement à la base », explique Marc-André Allard. L'étape des essais en parcelles durera deux ans et les coûts s'élèvent annuel­lement à près de 10 000 $. Durant cette période, la performance de la « candidate » doit être supérieure à la moyenne, et il faut que celle-ci donne de bons résultats dans plusieurs types de sol. La pomme de terre sera placée dans des rangs de 6 m (20 pi) de long, qui seront fertilisés, arrosés et récoltés comme les grands champs. La différence sera perceptible dans la machinerie utilisée. Cette phase est presque artisanale. Une arracheuse de petite dimension mettra les pommes de terre dans des sacs de jute qui seront remis à un agronome indépendant, Gilles Hamel. Celui-ci fera les tests de goût et de conservation.

L'arracheuse des parcelles expérimentales est à l'image de ces dernières : de petite dimension, mais d'une importance capitale pour l'avenir de la production.
Quand une variété attire l'attention des producteurs de pommes de terre, ces derniers en font l'essai sur une plus grande superficie durant la troisième année. Avec de bons résultats, les acres d'ensemencement augmenteront. Il peut cependant s'écouler six ans avant qu'une variété ne prenne place dans le plan de culture de la Ferme Allard-Ouimet, l'entité responsable du volet production. « Entre la production de semence nucléaire à une semence de qualité Élite 2, il peut s'écouler jusqu'à quatre ans », indique Ricky Roberge.

La saison pluvieuse de 2013 n'a pas causé trop de problèmes aux frères Marc-André et Ghislain Allard. La seule attention particulière a été sur le plan des fongicides. « Ç'a coûté un peu plus cher, lance Ghislain sur un ton moqueur. Nous avons dû utiliser des produits un peu plus puissants cette année. »

Pour la fertilisation, leur expert-conseil à La Coop Profid'Or, Charles Coutu, a préparé un programme qui répondait aux besoins des grandes superficies et des parcelles. Deux formules principales ont été utilisées avec trois taux différents.

La production

600 ha de pomme de terre commercialisés, dont 130 à la ferme même.
13 variétés.
60 % de pommes de terre blanches.
20 % de pommes de terre rouges.
20 % de pommes de terre jaunes.
50 variétés semées, chacune dans une parcelle d'un rang de 6 m de long.
Une vingtaine d'employés.

L'importance d'être meneur
Les parcelles qu'ensemence l'entreprise Allard-Ouimet ont une importance capitale. Les variétés sont mises au point et sélectionnées aux États-Unis, en Europe ainsi qu'au Québec et au Nouveau-Brunswick. Leur productivité en sol québécois devient un enjeu majeur. « Depuis 20 ans, le prix de la pomme de terre n'a pratiquement pas bougé. Si nous voulons maintenir nos marges de profit, nous devons augmenter nos rendements », indique Marc-André Allard. L'énergie investie dans les parcelles est motivée par cet aspect. Comme le commerce de la pomme de terre est un secteur compétitif, une bonne connaissance des conditions gagnantes pour maximiser une variété a une grande importance. « Quand une variété de pommes de terre est mise en disponibilité sur le marché, tous les producteurs peuvent la semer. Si tu la connais bien et que tu sais quels ajustements apporter pour en tirer le maximum, tu as une longueur d'avance », expose Ricky.

Un peu d'histoire

1969 : Fondation, par Jules Ouimet, de la Ferme J. Ouimet; production de pommes de terre à croustilles.
1976 : Les fils de Jules Ouimet, Luc et Jacques, intègrent l'entreprise.
1980 : Migration vers le marché de la pomme de terre de table.
1982 : Entente de commercialisation avec Provigo et Maxi (Loblaws).
1985 : Entente de commercialisation avec IGA (Sobeys) et agrandissement des instal­lations.
2000 : Agrandissement du centre d'emballage.
2005 : Arrivée de Sylvain Rhéaume, Ricky Roberge et Marc-André Allard dans l'entreprise.

Ghyslain Allard, Sylvain Réhaume, Ricky Roberge et Marc-André Allard ont mis au point un sac conçu spécialement pour aller directement au four micro-ondes.
Le classeur de la Ferme J. Ouimet fonctionne en deux étapes. Il prend une première photo pour détecter les pommes de terre ayant des défauts internes, lesquelles sont mises à l'écart. Une seconde photo permet de classer les tubercules selon leur grosseur. Grâce à cet appareil, on peut déterminer 14 catégories différentes.
Le fait d'être avant-gardiste a permis à la Ferme J. Ouimet, responsable du volet mise en marché, de commercialiser une nouvelle technologie : le sac pour four micro-ondes. Un produit original qui allie ingéniosité et rapidité. Fait de microplastique, le sac contient 680 g (1,5 lb) de pommes de terre grelots, et on le met directement au four micro-ondes. On règle la minuterie selon la puissance de l'appareil de cuisson, soit entre six et huit minutes, et voilà ! Des pommes de terre prêtes à manger qui conservent leur saveur et leur valeur nutritive. Une innovation rapidement devenue populaire. D'autres idées sont à l'étude.

Un classeur ultramoderne
Les exigences des chaînes alimentaires ne cessent de croître. Elles veulent un produit de première qualité livré quand elles le demandent. La Ferme J. Ouimet peut répondre à la demande grâce à un appareil ultramoderne pouvant classer des centaines de kilos de pommes de terre en peu de temps. Cet appareil photographie la pomme de terre deux fois. Le premier cliché détecte les pommes de terre ayant un défaut interne et les rejette. Mais le classement ne s'arrête pas là. La deuxième photo détermine le poids et la grosseur des pommes de terre, ce qui permet de les classer en 14 catégories différentes. Les sacs produits sont acheminés vers un entrepôt réfrigéré.

La Ferme J. Ouimet offre ainsi un produit de qualité supérieure et l'expédie dans les centres de distribution de Sobeys et de Loblaws. L'entreprise s'assure de pouvoir répondre à une grande demande grâce à des entrepôts d'une capacité de 432 palettes (soit l'équivalent de 18 remorques de 16,5 m de long), mis à la disposition des demandeurs. Cette technologie et ces aires d'entreposage ont exigé des investissements importants, soit entre 1,5 et 2 M $. Une injection de capital qui permet de commercialiser annuellement 600 ha et plus de pommes de terre. Amenez-en des « pétates » !
 
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