Entretiens
Philippe Lafontaine a repris en main la ferme familiale en 2010. Il est en train d'en faire un véritable modèle de productivité et de rentabilité.
Émilie, Philippe et leur fils, Alexis. Émilie est enseignante au primaire. Dans un avenir pas trop éloigné, elle souhaiterait aussi se consacrer à la ferme.
D'abord, quelques chiffres : 12 900 kg de moyenne (41 litres par vache au réservoir), 1,6 kg de quota par vache, des MCR de 275-303-275 et un poids moyen de troupeau de 693 kg. Voilà qui en dit long sur l'importance que Philippe, 28 ans, accorde à la gestion de son exploitation. Mais il sera prompt à déclarer que tout a commencé en 1984, lorsque ses parents se sont établis à Hérouxville avec une trentaine de vaches sur quelques dizaines d'acres.

Biologiste de formation, spécialiste de l'écologie sous-marine, Normand, son père, rêvait de se lancer dans les affaires et de voir grandir ses enfants sur une terre. Né dans une ferme de Saint-Adelphe, il avait l'agriculture dans le sang. Lorsqu'il foulera le sol de sa propre exploitation, il mettra toute son énergie à la rendre efficace et productive.

Philippe est le deuxième d'une fratrie de quatre enfants. Les études, au sein du clan, occupent une place très importante. Après l'ITA de Saint-Hyacinthe, le futur producteur fera agronomie à Laval. L'université lui apprend une démarche de réflexion et d'analyse. Il découvre la science des sols et s'y intéresse. Il manifeste aussi un intérêt marqué pour la gestion. En 2010, après une brève mais enrichissante expérience comme expert-conseil à La Coop Univert, il acquiert 100 % des parts de l'entreprise familiale.

Le transfert s'est réglé en un tournemain. La formule vendeur-prêteur, garantie par La Financière agricole, convenait à merveille aux deux parties. À 59 ans, Normand est toujours très actif à la ferme et transmet encore à son fils une bonne dose d'expérience et de savoir-faire.

Fonceur, débordant d'ambition et, surtout, confiant en l'avenir, Philippe se lance. Il adopte la fameuse gestion du baril percé de nombreux trous que l'on tente de remplir : celle qui recommande de colmater d'abord la fuite la plus basse avant de passer à la suivante. « Pour améliorer la productivité, il y a des choses simples à faire avant d'adopter de la haute technologie », résume-t-il.


La fourche est l'un de ses principaux outils de travail. « Je passe très souvent devant les vaches. D'abord pour leur distribuer le foin, mais aussi pour repousser les refus, restimuler la consommation et observer les animaux », dit Philippe.

L'alimentation du troupeau

Benoit Laquerre, agronome
Expert-conseil en
production laitière
La Coop Univert

Génisses (jusqu'à 6 mois)
Lactoremplaceur Goliath XLR 27-16
Aliment Goliath VO-21
Foin sec

Génisses (6-24 mois)
Foin sec et refus d'ensilage
des vaches
Supplément Goliath 45 AU

Vaches en lactation
Balles rondes d'ensilage de luzerne, mil et trèfle
Aliment 5014CTG, option K
Supplément C Synchro 4216

Vaches taries
Foin sec
Minéral Transilac VT7-3C

Vaches en transition
Foin sec
Aliment Transimil 15
Philippe modernise l'étable (stalles plus spacieuses, meilleur éclairage, etc.) et loge en stabulation libre les animaux de remplacement. Résultat : confort et croissance accrue sont au rendez-vous.

Philippe et Émilie Fontaine, sa conjointe, établissent ainsi les bases de leur entreprise : « On veut se démarquer du standard. » Leurs principaux objectifs consistent à maximiser les performances et les revenus. Ils prendront graduellement forme par l'amélioration de la génétique, l'accroissement de la qualité des fourrages, l'augmentation du poids des vaches et la hausse de leur longévité dans le troupeau. À leurs yeux, rentabilité et productivité passent avant tout.

Philippe et son père n'ont d'ailleurs jamais fait d'excès de machinerie, au contraire. « Au moment du transfert, dit Philippe, la valeur du parc d'équipement complet pour le travail des champs, qui inclut trois tracteurs, une presse et une faucheuse, était inférieure à 100 000 $. Ça représente bien l'importance qu'on accorde aux animaux plutôt qu'à la machinerie. »

Printemps 2012, l'entreprise passe en mode trois traites par jour. Cette façon de faire s'accompagne de cinq repas quotidiens de fourrages en balles rondes et de moulée complète servie à l'aide d'un distributeur automatique. « On garde les animaux à l'œil toute la journée », fait savoir Normand. « Les trois traites permettent d'atteindre un meilleur pic et une persistance plus longue, ajoute Philippe. J'estime que la production a augmenté de 15 %. En période automnale, avec les marges de production et les journées additionnelles, on produit environ 47 kg avec 30 vaches. Ce sont 17 kg de plus qu'en 2009, mais avec le même nombre de vaches. Pas besoin de calculs savants pour réaliser que la marge sera supérieure. »

En haussant la production année après année, Philippe se retrouve avec des vaches en surplus – même s'il achète du quota chaque mois depuis qu'il a acquis la ferme –, qu'il vend pour financer l'achat de meilleurs sujets. Côté élevage, il se qualifie du type « vieille école ». Il préfère les taureaux éprouvés, tels que Fever, Aftershock ou Windbrook. Mais l'insémination seule ne suffit pas pour lui faire atteindre ses objectifs. « Ce serait trop long. C'est pourquoi on a fait en plus environ six récoltes d'embryons dans la dernière année », dit celui qui rêve de décrocher un jour le titre de Maître-éleveur. L'achat de vaches receveuses est donc mis à profit. Elles servent deux fonctions. En plus d'y implanter des embryons de bonne génétique pour assurer une relève de qualité pour le troupeau, Philippe les met en marché comme vaches productrices une fois qu'elles ont mis bas, afin de payer ses projets.

Ferme Philippe Lafontaine
Tendances de production moyennes à 305 jours
Année 2008 2009 2010 2011 2012
Lait (kg) 7814 8952 10 297 10 488 11 124
Gras (kg) 293 359 408 398 409
Protéine (kg) 261 293 328 343 357
Source : Holstein Canada
Normand , le père de Philippe : « La production évolue sans cesse. Tout comme nos façons de travailler et de penser. Dans les entreprises les plus performantes, la courbe d'augmentation de la production s'aplanit. Les kilos supplémentaires seront de plus en plus difficiles à aller chercher. »
La production et la qualité des sujets du troupeau sont ainsi en constante amélioration. En témoignent la moyenne en lait corrigée à 150 jours et la moyenne des pics par lactation en hausse depuis 2010, telle que compilée à l'aide du programme SynchroWin. La classification n'est pas en reste, avec 4 EX, 15 TB et 10 BP. En 2010, le troupeau ne comptait « que » 5 TB et, pour le reste, des BP ou moins. Ajoutons à ce bilan que 85 % du troupeau comptabilise actuellement plus de 83 points. Des tableaux de bord mensuels, fournis par l'expert-conseil Benoit Laquerre, de La Coop Univert, permettent de demeurer bien au fait de multiples paramètres de production. « Philippe est un jeune passionné qui est toujours à l'affut de nouvelles idées pour améliorer les différents aspects de son entreprise, souligne l'expert-conseil. Il a un esprit d'analyse bien développé et il se pose de multiples questions avant d'adopter de nouvelles façons de faire. Il prend le temps de se remettre en question, pour valider qu'il est encore sur le droit chemin. »

Philippe gère et appuie ses décisions d'affaires en analysant la marge plutôt qu'en ne considérant que les coûts de production. « J'ai de l'énergie, c'est le temps de me consacrer à la ferme pour en améliorer toutes les facettes. Je me concentre sur ce qui rapporte le plus : produire du lait et vendre des vaches et des embryons. On essaie de toujours avoir des vaches et des embryons disponibles pour répondre à la demande, principalement sur le marché local. Quant à nos orientations à long terme, on mise sur la croissance du quota et du troupeau, l'augmentation des superficies en culture ainsi que le développement d'une entreprise durable et d'un milieu de vie agréable pour notre famille. » Cela dit, Philippe et Émilie entretiennent quand même une vie sociale. Des soupers entre amis viennent régulièrement ponctuer leur quotidien.

Normand exulte de fierté. Son rêve est passé à la génération suivante. Philippe a les choses bien en main. La suite du monde s'annonce pleine de promesses tenues.


Une généreuse litière de paille assure un bon confort aux vaches.
 
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