Entretiens
Les membres du premier conseil d'administration de la CUMA des Rivières, devant l'épandeur à chaux ayant servi à créer la toute première branche d'activité. Celui-ci est d'ailleurs toujours en service.
Se casser la tête ? Voilà une expression qui ne fait pas partie du vocabulaire à la CUMA des Rivières !
Bon coup
Pour minimiser la pression financière sur le budget des entreprises agricoles membres de la CUMA, la secrétaire-trésorière, Danielle Cadotte, propose un échelonnement personnalisé de leurs versements. Ainsi, elle étale les paiements mensuellement lorsque le montant annuel des engagements à payer à la coopérative excède 1200 $, alors que les montants plus bas peuvent être payés selon la facturation, qui s'effectue de deux à six fois par année. Le paiement final, basé sur l'utilisation réelle de la machinerie, a lieu en fin d'année.

Mauvais coup
La transmission des unités d'utilisation de chaque machine par les responsables de branche à la secrétaire-trésorière est essentielle afin que celle-ci puisse produire les factures de fin d'exercice (30 novembre) à temps pour la déclaration de taxes, transmettre l'information au comptable, préparer la tenue de l'assemblée générale annuelle et passer un bon temps des Fêtes ! Or, certains responsables de branche tardent souvent à remettre les chiffres à la secrétaire-trésorière après la saison. Pour régler ce problème, il a été décidé en conseil d'administration, et approuvé cette année en assemblée générale, d'imposer une amende de 25 $ par mois de retard. Cette amende symbolique vise à souligner l'importance de compiler l'information au fur et à mesure et de la remettre sitôt la saison terminée.

Pourquoi acheter une machine dernier cri si une machine d'occasion suffit aux besoins de nos membres ? » Voilà une question qui résume bien la philosophie du conseil d'administration de la coopérative d'utilisation de machinerie agricole (CUMA) des Rivières. Cette vision se distingue de celle de plusieurs CUMA du Québec. Tandis que la plupart profitent de l'avantage collectif pour acquérir du matériel agricole à la fine pointe de la technologie, les adhérents de la CUMA des Rivières se satisfont amplement de machines d'occasion en bon état. « Nous aussi nous achetons du matériel à la fine pointe… mais à la fine pointe de nos besoins ! » blague le président, France St-Amand.

Par exemple, la coopérative a acheté une moissonneuse-batteuse de 1985, au prix de 45 000 $, pour créer une branche d'activité réservée à des producteurs biologiques. « Les trois membres n'auraient pas eu les moyens d'acheter un tel équipement, mais en se regroupant et en choisissant une machine usagée, ça devenait possible, raconte Jacques Martel, producteur de grandes cultures biologiques et administrateur de la CUMA. Sinon, il aurait fallu faire faire la récolte à forfait, avec tous les travaux de nettoyage et de désinfection ainsi que les risques de contamination et de déclassement des grains que ça implique. »

Le matériel est bien entretenu et demeure longtemps au sein de la CUMA. D'ailleurs, la coopérative possède toujours la première machine qu'elle a achetée lors de sa fondation, en 1995 : un épandeur à chaux (voir photo). Alors que le coût d'épandage était de 1,74  $ la tonne lors de l'année d'acquisition, il est descendu à seulement 33 ¢ la tonne en 2011, année où l'épandeur fut particulièrement sollicité.

Pas la plus grosse, mais la plus
grande
La CUMA des Rivières regroupe 39 membres, qui partagent une quarantaine de machines au sein de 28 branches d'activité. Bien qu'elle ne puisse se vanter d'être la plus grosse coopérative d'utilisation de machinerie agricole de la province, elle compte certainement parmi les plus grandes par l'étendue de son territoire, que traversent de nombreuses rivières, d'où l'origine de son nom. La CUMA couvre 15 municipalités dans deux régions administratives du Québec : la Mauricie et la Capitale-Nationale.

La distance n'effraie pas les producteurs prêts à partager ! La CUMA n'a donc pas hésité à créer une branche d'activité pour une herse rotative qu'utilisent des membres jusque dans Portneuf, à plus de 50 km. « L'entente consiste à rapporter la herse à un point central, qui est Sainte-Anne-de-la-Pérade, après l'avoir utilisée », explique l'administrateur Jacques Martel. En plus d'éviter qu'un seul membre ait une trop longue distance à faire en tracteur sur la route, cela permet une inspection entre chaque utilisation, étant donné que cette machine est parfois utilisée dans des conditions très difficiles. Pour chaque branche d'activité, deux responsables sont nommés : le responsable de l'entretien et le répartiteur, aussi appelé responsable de branche. Ce dernier constitue le pivot de la branche. C'est lui que les membres doivent contacter pour réserver la machinerie et pour signaler qu'ils ont terminé leurs travaux et que le matériel est disponible pour l'utilisateur suivant. Le répartiteur doit aussi cumuler les unités d'utilisation réelles de chaque producteur et les transmettre à la secrétaire-trésorière, qui produira la facture finale.

Une jasette au vestiaire
Il existe davantage qu'un partenariat d'affaires entre les membres de la CUMA des Rivières, puisque leurs relations franchissent les limites de la coopérative. Chaque vendredi depuis 18 ans, ils sont 14 à se retrouver dans un gymnase pour quelques parties amicales de volleyball. « Nous avons probablement formé plus de nouvelles branches de machinerie dans le vestiaire au volleyball que lors de l'assemblée générale annuelle », confie la secrétaire-trésorière, Danielle Cadotte. « Nous profitons parfois de cette rencontre pour régler rapidement un petit problème ou pour signer des papiers », ajoute France St-Amand.

Onze membres se partagent deux niveleuses à panier dans une branche d'activité.
Trois des membres fondateurs de la CUMA devant un semoir Great Plains de 12 rangs, propriété de la coopérative. De gauche à droite : le président, France St-Amand; la secrétaire-trésorière, Danielle Cadotte; et l'administrateur Jacques Martel.
La participation d'un noyau de producteurs à cette activité sociale hebdomadaire contribue certainement à la proximité entre les membres de la coopérative. Ils ont d'ailleurs du mal à se souvenir de mésententes ayant pu survenir dans le passé, tant leur communication est bonne.

Selon eux, si leur CUMA a perduré pendant toutes ces années et continue de bien fonctionner, c'est en raison de la confiance qui règne entre ses membres. Il n'y a pas de compteur sur certaines machines. Dans ce cas, chacun est responsable de consigner la quantité de travail effectué avec l'équipement et de donner l'information au répartiteur à la fin de l'année. Ce système basé sur l'honneur n'a pas connu de raté majeur jusqu'à ce jour. « Il faut dire que nos coûts d'utilisation de la machinerie sont tellement bas qu'il ne servirait à rien de mentir pour économiser quelques dollars », fait remarquer Jacques Martel.

Le président, France St-Amand, pense que la prudence a aussi contribué au succès de l'organisation. Par exemple, certains producteurs souhaitant intégrer le groupe pour des motivations plutôt pécuniaires se sont rendu compte, après avoir reçu des explications sur le fonctionnement de la CUMA, que celle-ci n'était pas faite pour eux. « L'adhésion à une CUMA ne doit surtout pas se baser sur des raisons financières, mais sur le désir de travailler avec d'autres », insiste-t-il. Jacques Martel souligne aussi qu'il s'est exercé « une sélection naturelle » parmi les membres avec les années. « Ceux qui n'avaient pas la philosophie coopérative ne font tout simplement plus partie de la CUMA aujourd'hui. » »
 
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