Entretiens
Si le succès des propriétaires de la Ferme Jeanniestar fait l'envie de beaucoup dans la région, il est loin d'être le fruit du hasard. Annie Laflamme et Guillaume Jean ont travaillé d'arrache-pied depuis l'achat de leur exploitation, en 2005, pour arriver à des résultats qui impressionnent.
Texte et photos de Céline Normandin
Annie et Guillaume ont décroché en 2012 le trophée Meilleure MCR de troupeau de la région Lévis-Bellechasse 2011, en plus de remporter des trophées pour chacune des catégories dans lesquelles ils étaient en compétition (trophée Classe 2 ans avec trois nominations, trophée Classe 3 ans, trophée Classe 4 ans). Un bilan remarquable, si on considère que le jeune couple est parti de presque rien, soit quelques taures leur appartenant et un troupeau Holstein à la productivité et à la conformité moyennes.

Un parcours exemplaire
Après six années de travail, les deux éleveurs de 34 ans peuvent s'enorgueillir de compter dans leur étable de Saint-Charles-de-Bellechasse deux vaches classées « Excellente ». Elles occupent une place de choix dans le bâtiment, et tout le monde s'est installé d'office près d'elles au moment de prendre quelques clichés. Annie et Guillaume le confessent : ils aiment les beaux animaux. « C'est plus agréable d'entrer dans l'étable et de voir de belles vaches plutôt que des "picouilles". C'est plus motivant », indique Annie. Il aura fallu seulement deux ans au couple pour compter une vache « Excellente » et plusieurs autres « Très bonne » parmi leur troupeau. La génétique est d'ailleurs une des passions de Guillaume. Il fait lui-même les inséminations à la ferme, en plus de prélever des embryons sur les meilleurs sujets. Sa plus grande fierté en ce moment ? Trois taureaux issus de ses croisements ont été sélectionnés par Semex, où ils sont présentement en testage.

La productivité des vaches a également suivi l'amélioration de la conformité. D'une moyenne de 9300 kg avec 35 vaches en lactation, en 2005, la production a grimpé à 12 161 kg en 2012 avec 55 vaches en lactation.

Depuis l'achat de la ferme, en 2005, les deux éleveurs apportent chaque année des améliorations aux bâtiments. Le box des veaux a été davantage isolé pour les protéger des courants d'air, et la ventilation a été repensée pour améliorer le confort des vaches qui demeurent dans l'étable à l'année. Les mangeoires ont été refaites dans la même optique. Une rallonge a aussi été construite à l'été 2012 pour installer un parc de vêlage, et les stalles des vaches ont été agrandies pour augmenter leur confort. Le bien-être des animaux fait d'ailleurs partie, selon eux, des facteurs essentiels à une bonne performance. « C'est important de considérer l'environnement des sujets dans leur ensemble, ce qui veut dire s'assurer que les vaches consomment suffisamment, qu'elles ont accès en tout temps à de l'eau et qu'elles sont bien. Sans confort, la santé d'une vache peut dégénérer rapidement », explique Annie.

L'étable, acquise en 2005, avait été reconstruite en 1999 après un incendie. Annie et Guillaume y ont apporté de nombreuses améliorations au cours des années.
Des intérêts différents servis
par une bonne entente

La jeune femme est bien placée pour parler. Elle a travaillé pendant 10 ans chez Valacta comme conseillère en production laitière après avoir obtenu son diplôme de l'Institut de technologie agroalimentaire du campus de La Pocatière. Guillaume aussi a fait ses classes, non seulement en étudiant au même établissement, mais en gérant pendant plus de six ans un troupeau de 160 têtes Holstein.

Dans la répartition des tâches, Annie s'occupe de la traite des vaches. Elle s'acquitte en outre de l'alimentation, à laquelle elle apporte le plus grand soin. Forte de ses bonnes connaissances dans le domaine, elle s'assoit avec son conseiller, Michel Labonté, de La Coop Rivière-du-Sud, et ils s'assurent ensemble d'obtenir la meilleure ration.

Matthew, âgé de huit ans, aux côtés de sa vache préférée.
Les travaux dans les champs reviennent à Guillaume. Le couple possède 70 ha (170 acres) et 32 autres sont en location, le tout cultivé en prairies, maïs-ensilage, blé, soya, orge et avoine. À l'étable, Guillaume prend soin des génisses, et c'est à lui que revient le choix des taureaux pour l'insémination. Il prélève également des embryons chez leurs meilleurs sujets en vue de leur transplantation et de leur vente.

Une passion et un rêve communs
Annie et Guillaume ont toujours voulu vivre de l'agriculture. Puisque son père n'avait pas de ferme, Guillaume a nourri son intérêt en travaillant chez des voisins agriculteurs. Il s'est retrouvé tout naturellement à l'ITA de La Pocatière à la fin de ses études secondaires. Annie a pour sa part grandi dans la ferme familiale et possédait la même vocation. « Depuis toute jeune, c'est ce que je voulais faire », raconte-t-elle. Les deux se sont liés d'amitié durant leurs années d'études. Mais c'est en se côtoyant dans le cadre de leur travail que leur amitié s'est transformée. Devenus un couple en 2001, ils partagent le même rêve : dénicher une ferme et l'exploiter à leur compte.

L'alimentation du troupeau

Par Michel Labonté, T.P. Expert-conseil ruminant et végétal La Coop Rivière-du-Sud

Troupeau de 55 vaches en lactation 2 EX - 28 TB - 28 BP

Génisses (jusqu'à 6 mois) Lactoremplaceur Goliath XLR 27-16
Aliment Goliath Totalveau
Foin sec

Génisses (6-12 mois)
Foin demi-sec
Supplément Goliath 40

Génisses (12-24 mois)
Foin demi-sec
Minéral Pro-bloc
Vaches en lactation
Ayant récemment vêlé
Foin sec
RTM Groupe 1
Supplément Couverture Startlait

RTM Groupe 1
Foin sec
Supplément Synchro 4055V
Tourteau de soya
Maïs sec
Ensilage de foin
Ensilage de maïs
Minéral Synchro 20-2T
Minéral Synchro STB Bionique
Bicarbonate de soude
Mégalac

RTM Groupe 2
Supplément Synchro 4055V
Tourteau de soya
Orge
Maïs sec
Ensilage de foin
Ensilage de maïs
Minéral Synchro 20-2T
Bicarbonate de soude

Vaches taries
Foin sec
Minéral Transilac VT7-3C

Vaches en transition
Foin sec
RTM groupe 2
Aliment Transimil 15
Minéral Synchro 24-0C
Un rêve inaccessible ?
Annie et Guillaume se mettent alors à éplucher toutes les publications agricoles pour y surveiller les annonces d'encans de ferme. Ils acquièrent entre-temps leurs premières taures dès 2002, qu'ils mettront en pension. Ils tombent au printemps 2005 sur l'annonce d'un agriculteur de Saint-Charles-de-Bellechasse qui attire tout de suite leur attention. Ils ne font ni une ni deux et le contactent aussitôt. Mais la marche est haute : le prix de la ferme, reconstruite à neuf en 1999 à la suite d'un incendie, dépasse leur budget. Le bâtiment ne servant que de pension, il fallait aussi installer un réservoir pour le lait et un pipeline. Et le coût devenait prohibitif en y ajoutant la somme nécessaire afin de se procurer le quota pour produire du lait. « Quand on a présenté notre plan d'affaires à la Financière agricole, on ne nous a pas pris au sérieux », se rappelle Guillaume.

La solution était d'acheter le troupeau et le quota du père d'Annie, qui désirait prendre sa retraite, mais les discussions étaient compliquées, car son frère désirait également prendre la relève. Des procédures pour mettre le tout en vente à l'encan sont même amorcées, quand une entente est finalement trouvée. Tout déboule ensuite rapidement : Annie et Guillaume achètent le troupeau et le quota à un prix abordable, ce qui leur permet d'obtenir le financement nécessaire et de faire une offre d'achat sur la ferme de Saint-Charles. Les papiers seront finalement signés en août 2005, deux mois après la naissance de leur premier enfant. Le troupeau suivra en novembre de la même année. La ferme est alors baptisée Jeanniestar : le début est la contraction de Jean (nom de famille de Guillaume) et de Annie, et la finale en star est pour race étoile.

Famille, boulot et défis pour l'avenir
Après huit ans de dur labeur, Annie et Guillaume savourent leur succès à petites doses. Ils se sont versé cette année un salaire pour la première fois depuis 2005. Il n'est toutefois pas encore question de vacances pour le couple, qui jongle avec la vie familiale et le travail. Depuis la naissance de leur petit garçon, Matthew, en 2005, la famille s'est agrandie avec l'arrivée d'Angélina, en 2009 et de Méganne, en 2010.

La routine s'est toutefois suffisamment installée pour qu'Annie puisse renouer avec le travail à l'extérieur. Celle qui avoue ne pouvoir rester en place travaille à temps partiel pour Valacta depuis le début de 2013. « C'est agréable de socialiser et de rencontrer d'autres producteurs, dit-elle. Ça me permet de prendre l'air et de sortir des couches ! Ça me permet aussi de venir en aide dans d'autres situations à la ferme et, en même temps, de voir des manières différentes de faire. »

Leur bonheur serait plus complet s'ils pouvaient se procurer du quota, un frein majeur à la croissance de la ferme. Depuis deux ans, celle-ci produit 200 litres de trop par jour. « Nous sommes obligés de vendre des sujets pour ne pas dépasser notre quota », se désole Guillaume, surtout que l'étable a la capacité suffisante pour accueillir encore une dizaine de vaches en lactation. Les jeunes agriculteurs perdent aussi chaque année un kilo de quota dédié à la relève. Et comble de malheur, ils ont perdu coup sur coup deux sujets prometteurs à l'été 2012, à la suite de complications et de problèmes de santé. Guillaume avait heureusement pu prélever des embryons avant leur mort.

Mais il en faut plus pour abattre le moral d'Annie et Guillaume. Fidèles à leur vision d'affaires pour leur entreprise, ils projettent d'investir encore dans l'avenir. L'amour de la génétique de Guillaume pourrait aussi l'amener à présenter ses meilleurs sujets dans des expositions agricoles. Il s'agit toutefois d'un projet à plus long terme, le temps que les enfants grandissent. Entre-temps, les trois petits s'en donnaient à cœur joie pendant l'entrevue en se promenant à vélo sur l'allée centrale de l'étable ou en posant fièrement, dans le cas de Matthew et d'Angélique, aux côtés de leurs vaches préférées.

Et quels sont les objectifs pour les prochaines années ? « Toujours s'améliorer », répondent simplement Annie et Guillaume, ce qui pourrait bien être la recette de leur succès.
 
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