Entretiens
Qui n'a pas entendu parler du réchauffement planétaire et des gaz à effet de serre (GES)? Certes, lorsqu'il fait – 30 °C dehors, on se demande bien pourquoi scientifiques et gouvernements s'inquiètent. Mais quels sont ces fameux gaz à effet de serre et pourquoi en parle-t-on autant? Comment peut-on en réduire les émissions à la ferme?
Par Annick Delaquis,
agronome, Ph. D.
Nutritionniste en production laitière
La Coop fédérée annick.delaquis@lacoop.coop
Le façon naturelle, on retrouve plusieurs types de gaz dans l'atmosphère : vapeur d'eau, gaz carbonique, méthane, protoxyde d'azote et ozone. Même s'il n'y avait aucun humain sur terre, ces gaz seraient quand même présents dans l'atmosphère, mais, il est vrai, en moins grandes quantités.

L'activité humaine y ajoute d'autres types de gaz, tels les gaz fluorés, qui sont produits en grande partie par les systèmes de refroidissement : air conditionné, réfrigération, etc.

Ces gaz dits à effet de serre capturent les rayons infrarouges que dégage la terre, les empêchant d'être libérés dans l'atmosphère. De façon simplifiée, le soleil envoie des rayons de petites longueurs d'onde qui réchauffent la planète et nous permettent d'y vivre. En retour, la terre dégage des rayons infrarouges de longueurs d'onde plus grandes, qui, eux, sont incapables de retraverser la couche de gaz qui l'entoure. La chaleur ainsi retenue par ces gaz contribue à réchauffer la planète.

La capacité de chacun de ces gaz à retenir les rayons infrarouges émis par la terre et leur durée de vie dans l'atmosphère sont différentes. Pour comparer leur potentiel de réchauffement planétaire, on les transforme en équivalent CO2 (gaz carbonique). Par exemple, 1 kg de CO2 aura une valeur de réchauffement de 1. Puisque 1 kg de méthane a un impact sur l'effet de serre 25 fois plus grand que 1 kg de CO2, le méthane aura une valeur de réchauffement planétaire de 25. Le protoxyde d'azote (NO2) a une valeur de 310 et le tétrafluorométhane (CF4) de 6500.

Les facteurs de conversion utilisés varient de quelques unités selon les sources consultées, mais toutes s'entendent pour dire que la production mondiale de GES ne cesse d'augmenter. Bien que le Canada ne soit pas le plus grand émetteur, contribuant environ à hauteur de 2 % de la production mondiale (voir la figure 1), ses émissions sont également en progression. Par contre, le Québec fait bonne figure, puisque après le Yukon, c'est la province qui a la plus faible émission par habitant (voir le tableau, page 29).

Agriculture et GES
Que ce soit au niveau national ou provincial, l'agriculture génère annuellement environ 8 % des GES (voir la figure 2), dont 3 % (soit 37,5 % du total agricole) proviennent de la fermentation entérique, 1,3 % (16,2 % du total agricole) de la gestion du fumier et 3,6 % de la gestion des sols agricoles. Cela peut sembler être une goutte dans l'océan. Erreur! D'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), on devra nourrir, d'ici 2050, neuf milliards d'habitants. Une population qui, proportionnellement, consommera plus de produits animaux, avec la conséquence que les émissions agricoles de GES risquent au total d'augmenter (voir le graphique 1, page 30). La FAO estime que, à l'échelle du globe, les productions animales représentent près de 14,5 % des GES produits par l'activité humaine.

Dans un rapport publié en 2013 – Tackling Climate Change Through Livestock : A Global Assessment of Emissions and Mitigation Opportunities –, la FAO mentionne qu'il serait possible de réduire de 30 % les émissions agricoles liées au secteur des productions animales en adoptant des stratégies adaptées d'intensification de la production. Pour certains pays, il s'agit d'augmenter la productivité. Pour d'autres, où l'agriculture est déjà intensive, comme en Amérique du Nord, le défi consisterait à mettre en place des stratégies de production améliorant l'efficacité de l'utilisation de l'énergie en agriculture, tant pour le transport et la fertilisation que pour l'alimentation et la transformation des produits. L'importance d'une évaluation globale de l'impact environnemental de la production laitière a d'ailleurs été soulignée par la Fédération des producteurs de lait du Québec, qui a publié, dans son rapport annuel de 2012, le cycle de vie du lait.

De toute évidence, l'empreinte environnementale des activités humaines est une préoccupation planétaire, mais l'agriculture n'est pas seule responsable du réchauffement. Réduire la production animale au minimum, une solution? Trop simple, puisque outre les impacts sur la sécurité alimentaire et sur ceux qui y travaillent, cette solution nous priverait d'aliments de haute qualité pour notre santé, soit le lait et la viande.



Une équipe de chercheurs de l'Université Cornell s'est penchée sur le sujet et en est venue à la conclusion que l'alimentation des ruminants permet de recycler beaucoup de sous-produits de l'industrie alimentaire humaine : tourteaux protéiques dérivés de la production d'huile végétale, pulpe d'agrumes issue de la production de jus de fruits, drêche de distillerie provenant de la production d'éthanol. Cette façon d'éliminer ces sous-produits est beaucoup plus efficace, écologiquement parlant, que l'enfouissement ou la combustion. Le graphique 2 illustre l'estimation de la production d'équivalents de CO2 lorsque ces sous-produits sont transformés par les vaches laitières ou bien brûlés.

Comment réduire nos émissions
de GES

L'augmentation de la production par vache est un premier moyen et rejoint les conclusions du rapport présenté par la FAO. En effet, depuis 1944, on note aux États-Unis une augmentation substantielle de la production par vache, parallèlement à une diminution importante des GES produits par kilo de lait. Dans le graphique 3, on constate que plus les vaches produisent de lait, plus elles produisent de méthane (éq. CO2) par vache, mais qu'en revanche moins elles produisent de méthane par kilo de lait. Pourquoi? Les explications sont multiples. Les besoins d'entretien des animaux sont dilués, le capital animal à soutenir l'est donc aussi. Les rations servies pour augmenter la production par vache sont plus riches en grains et composées d'ingrédients plus digestibles, ce qui a pour effet de réduire la production de méthane. Cette dernière observation s'applique également aux animaux de boucherie : lorsqu'on passe d'une alimentation à prédominance de pâturage à une alimentation à base de maïs, la production de GES par kilo de viande diminue.

Le réseau La Coop a récemment participé au programme provincial Prime-Vert, en collaboration avec le MAPAQ, le Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc ainsi que Valacta. Ce programme avait trois objectifs :

  • Réaliser une évaluation du bilan d'émissions de GES de l'exploitation laitière.
  • Déterminer les sources de ces émissions.
  • Susciter une réflexion sur les modifications de pratiques que pourrait apporter le producteur pour réduire ses émissions annuelles de GES.

  • Le programme a proposé différentes stratégies pouvant avoir un impact positif sur le bilan de GES des entreprises. Voici quelques exemples :

  • Augmenter la production de lait par vache en haussant la qualité des fourrages servis et en optimisant l'apport en concentrés.
  • Modifier les rations par l'ajout de gras et la formulation plus précise de l'apport en nutriments.
  • Utiliser des additifs pouvant modifier la fermentation dans le rumen et réduire la production de méthane.
  • Améliorer les systèmes de gestion pour maximiser la vie productive des animaux et, conséquemment, réduire les besoins en animaux d'élevage.
  • Améliorer la gestion et l'entreposage des fumiers.


  • Certaines stratégies alimentaires peuvent réduire la production de méthane entérique, mais augmentent les gaz produits lors de l'entreposage du fumier. Pour évaluer la validité de ces stratégies, il faudra connaître plus à fond leur impact sur le cycle de vie du lait.

    Le réseau La Coop est donc allé plus loin en matière de responsabilisation environnementale. Le mémoire qu'il a déposé dans le cadre de la Consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec fait état de son engagement à aider le Québec à réduire sa consommation moyenne d'énergie par habitant ou, à tout le moins, à mettre en place des sources d'énergie ayant une empreinte environnementale moins importante que les carburants actuels.

    Comme le réchauffement planétaire résulte du bilan mondial des GES, il faudra travailler sur les systèmes de production pour parvenir à avoir un impact. Et c'est en réseau que l'on réussira à accomplir le travail.

    Sources :

    Capper, J.L., R.A. Cady et D.E. Bauman. « The environmental impact of dairy production : 1944 compared with 2007 ». Journal of Animal Science, 87:2160-2167.

    Capper, J.L., R.A. Cady et D.E. Bauman. Demystifying the Environmental Sustainability of Food Production. Proceedings of the Cornell Nutrition Conference for Feed Manufacturers, Syracuse, Oct. 20-22, 2009.

    Fédération des producteurs de lait du Québec. 2012. « Le cycle de vie du lait », Rapport annuel 2012.

    Gerber, P.J., H. Steinfeld, B. Henderson, A. Mottet, C. Opio, J. Dijkman, A. Falcucci et G. Tempio. 2013. Tackling Climate Change Through Livestock : A Global Assessment of Emissions and Mitigation Opportunities. Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Rome.

    Hassanat, F., R. Gervais, C. Julie, D.J. Massé, A. Lettat, P.Y. Chouinard, H.V. Petit, C. Benchaar. « Replacing alfalfa silage with corn silage in dairy cow diets : Effects on enteric methane production, ruminal fermentation, digestion, N Balance, and milk production ». Journal of Dairy Science, 96:4553-4567

    Paradis, J. 2013. Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2010 et leur évolution depuis 1990, Québec, ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs, Direction des politiques de la qualité de l'atmosphère, 20 p.

    Russomanno, K.L., M.E. Van Amburg et R.J. Higgs. 2012. Utilization of Byproducts From Human Food Production as Feedstuffs for Dairy Cattle and Relationship to Greenhouse Gas Emissions and Environmental Efficiency. Proceedings of the Cornell Nutrition Conference for Feed Manufacturers, Syracuse, Oct. 16-18, 2012.


    À lire

    Le Coopérateur agricole, « Production laitière et gaz à effet de $erre », www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2011/10/p56.asp

     
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