Entretiens
Dans la chaîne de valeur de la production de porcs, les camions et remorques utilisés ont aussi un rôle à jouer.
Marie-Josée Turgeon,
agronome
Coordonnatrice qualité
Porc certifié La Coop
La Coop fédérée
marie-josee-turgeon@lacoop.coop
Producteur, meunerie, abattoir, transporteur : tous mettent la main à la pâte pour produire des porcs certifiés La Coop. Ces porcs sont d'une qualité supérieure, parce qu'ils sont produits en respectant un cahier des charges qui comporte des exigences en matière de génétique, d'alimentation, de conduite d'élevage, de manipulation des animaux et de transport. Mis ensemble, tous ces éléments permettront de produire la qualité de viande visée pour nos marchés. En plus de ces éléments, le type de camion ou de remorque semble également être un facteur qui influe sur la qualité de la viande, le stress des porcs et les pertes associées au transport. Au Québec, le parc de véhicules de transport pour les porcs est varié. Le manque d'uniformité qui le caractérise complique la conception d'installations de chargement ou de déchargement à la ferme et à l'abattoir. Il y a cependant trois types de camions et remorques qui sont utilisés à plus grande échelle :

1. Remorque « bedaine » (Wilson; Transport JC Manningham)
2. Remorque à planchers plats, sans rampes internes (Lépine, Ferme GEC)


1. Les camions à 10 ou 12 roues et à deux étages sans rampe interne.
2. Les remorques à deux ou trois essieux munies de rampes internes (remorques « bedaine », ou pot-belly en anglais), comportant parfois aussi un plancher pneu­matique, électrique ou hydraulique au centre. Avec la « bedaine », il y a trois étages. 1
3. Les remorques à deux ou trois essieux et à deux ou trois étages sans aucune rampe interne. 2

Plusieurs études ont tenté de déterminer si le modèle de camion ou de remorque utilisé a une influence sur le bien-être des porcs, les pertes durant le transport et la qualité de la viande. Les résultats démontrent que la présence ou non de rampes internes entre les étages et certains compartiments des remorques est un facteur déterminant.

Les remorques « bedaine » sont très courantes sur nos routes. Elles sont moins coûteuses et plus polyvalentes, car elles peuvent être utilisées pour transporter plus d'une espèce animale. Par contre, comme elles comportent des rampes internes (souvent avec des pentes raides), les porcs des étages du haut et de la « bedaine » doivent faire plus d'efforts pour embarquer à la ferme et être déchargés à l'abattoir. Plusieurs études ont démontré que cela occasionne un stress plus grand, donc le risque d'avoir des pertes durant le transport ou au déchargement est aussi augmenté (porcs morts pendant le transport, blessés ou essoufflés).

La qualité de la viande peut même être détériorée, particulièrement si la durée du transport entre la ferme et l'abattoir est courte et si les porcs stressés n'ont pas suffisamment de temps, avant d'être abattus, pour se rétablir dans l'étable de l'abattoir.

3. Rampe interne du troisième étage plus longue, avec moins de pente. Extrémité de passerelle extensible.
4. Ouverture complète de l'arrière (deux portes). La configuration des portes permet aussi de charger les porcs sur un quai à coussins.
5. Porte-rideau permettant de s'appuyer directement contre la bâtisse ou de s'ajuster parfaitement au quai de déchargement.


Compte tenu des difficultés causées par les rampes internes, on peut se demander si l'industrie aurait avantage à carrément prohiber l'utilisation des remorques qui en comportent pour ne recommander que celles qui en sont dépourvues. Personnellement, je suis convaincue que non. Les deux catégories de remorques ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Il y a aussi des impacts financiers à considérer.

Une conception adéquate
Outre la présence ou non de rampes internes, certains éléments de conception des remorques sont à privilégier, parce qu'ils auront vraiment un effet positif pour le transporteur, faciliteront les manipulations et diminueront le stress des porcs.

Mentionnons notamment :
• Des rampes plus longues, afin de diminuer la raideur des pentes, et comportant des échelons pour une meilleure prise de pieds. 3
• Des jeux de barrières permettant d'isoler au besoin d'un à trois porcs à chaque étage, afin de respecter la réglementation sur le transport des animaux fragilisés.
• Des portes-rideaux ou passerelles pouvant être repoussées sur le côté pour permettre de s'appuyer directement contre le quai (quai avec coussins). Cette configuration des portes facilite l'ajustement du quai de déchargement de l'abattoir à la hauteur du plancher de la remorque. 4 - 5
• Ouverture pleine largeur à l'arrière qui minimise les bousculades et l'essoufflement des porcs au déchargement. 4
• Bout de la passerelle extensible ou passerelle pouvant pivoter (swivel) pour mieux s'ajuster à certains quais de chargement. 6
• Évents de nez qui assurent une meilleure ventilation dans les compartiments du devant. 7
• Éclairage intérieur et extérieur pour faciliter les manipulations et améliorer la visibilité et la sécurité sur la route. 8a - 8b
• Brumisation ou système permettant d'arroser les porcs par temps chaud afin de les refroidir et de diminuer la mortalité pendant le transport et l'essoufflement des porcs. 9
• Ouvertures horizontales modifiées pour empêcher que des porcs soient coincés lorsque les planchers sont levés ou abaissés. 10
• Remorques « bedaine » avec un plancher central hydraulique, électrique ou pneumatique, ce qui confère un dégagement suffisant pour marcher debout.
• Si des marches sont présentes entre certains compartiments, elles ne devraient pas avoir plus de 15 cm de haut, pour éviter les risques de blessures et faciliter le chargement et le déchargement des porcs.
• Planchers antidérapants rugueux pour éviter que les porcs ne se blessent en glissant ou en tombant. Ce critère est aussi important pour diminuer les risques de blessures du transporteur lui-même.
• Suspension pneumatique pour diminuer les vibrations de la route.
• Présence de barrières qui se referment (et qui restent bien fermées) pour diminuer les mouvements involontaires des animaux.
• Loquets des barrières qui s'enclenchent automatiquement et qui ne peuvent pas être ouverts par les porcs.

6. Passerelle pivotante (swivel) pour un meilleur ajustement au quai de chargement (cours de ferme exiguës)
7. Évents de nez pour une meilleure ventilation des compartiments du devant


8a. Éclairage intérieur
8b. Éclairage extérieur
9. Système pour arroser les porcs par temps chaud


Tous les critères relatifs à la biosécurité, plus particulièrement la facilité de lavage et de désinfection des camions, remorques et équipements de transport, doivent absolument être considérés, même s'ils n'ont pas forcément de lien direct avec la qualité de la viande. On peut penser ici à l'absence de bois pour les panneaux, passerelles, rampes et planchers, à des soudures pleines 11a et à des extrémités de barrières bouchées 11b, à des supports de planchers arrondis 11c ne laissant pas la saleté et l'eau s'accumuler et à la présence d'ouvertures pour faciliter le lavage de certains compartiments et l'écoulement de l'eau. 12

10. Ouvertures modifiées pour éviter que les porcs soient coincés
11. Soudures pleines (a), extrémités de barrières bouchées (b) et supports de plancher arrondis (c)



12. Ouvertures pour faciliter le lavage et l'égouttement des planchers

Et l'aspect humain, dans tout ça ?
Outre le camion ou la remorque, il ne faut jamais perdre de vue que produire la viande de la meilleure qualité qui soit nécessitera toujours l'engagement de tous les maillons. Aucun modèle de remorque ne pourra à lui seul tout changer si les autres points de gestion ne sont pas pris en compte.

Certaines pratiques de gestion – comme une période de jeûne suffisante avant le chargement, la manipulation des porcs par petits groupes lors du chargement et le fait de ne pas utiliser systématiquement le bâton électrique – ont également un lien direct avec le stress que vont subir les animaux. Elles influent donc aussi sur la qualité de la viande et les pertes pour le producteur (aliments gaspillés, porcs morts dans le camion, porcs essoufflés au déchargement qui meurent dans l'étable de l'abattoir, démérite pour contusions, fractures, etc.). La conception des bâtiments et la présence de quais de chargement adéquats doivent également être prises en compte.

Pour ce qui est du transporteur, il peut grandement diminuer le stress des porcs par l'adoption de meilleures pratiques de manipulation des porcs et par une conduite « en douceur » sur la route (pas d'accélérations ni de freinages brusques).

L'ajustement des ouvertures de ventilation, l'ajout d'une quantité appropriée de litière, le respect des chartes de densité de chargement par compartiment et l'ajustement du nombre de porcs à transporter en fonction de la température sont très importants.

De plus, afin de diminuer les pertes potentielles, il faut que le camion prenne la route le plus vite possible, surtout l'été, pour que l'air circule et que les porcs n'aient pas trop chaud. Il faut donc minimiser le nombre d'arrêts, en s'abstenant par exemple de charger des porcs chez plus de trois producteurs différents ou de reculer au quai d'une bâtisse pour quelques porcs seulement.

Des équipements adéquats facilitent sans contredit les choses. Mais en travaillant tous ensemble, nous pourrons devenir de plus en plus efficaces, parce que la personne qui fait preuve d'un bon sens de l'observation, connaît son métier et prend soin de bien faire les choses peut réussir, peu importe l'équipement ou le bâtiment mis à sa disposition.

 
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