Entretiens
L'arthrite virale, aussi connue sous le nom de ténosynovite à réovirus, est une maladie affectant le système locomoteur du poulet de chair. Connue depuis plus de 40 ans, elle a été bien maîtrisée dans les productions commerciales il y a une vingtaine d'années avec l'introduction d'un vaccin contre le réovirus chez les reproducteurs.
Par Benoît Lanthier, DMV
Médecin vétérinaire
Secteur avicole
La Coop fédérée
benoit.lanthier@lacoop.coop
Ce n'est que récemment que la maladie semble être revenue, autant en Europe qu'en Amérique du Nord, même si les reproducteurs reçoivent encore la vaccination contre le réovirus. Ce sont surtout les races de poulets lourds qui sont touchées, alors que les races de pondeuses ne présentent pas de signes de la maladie. Il faut noter qu'il existe plusieurs souches de réovirus, qui causent des problèmes autres que l'arthrite virale et peuvent affecter plusieurs espèces de volaille.

Accumulation de liquide au niveau de l'articulation (arthrite)
Typiquement, le problème surviendra chez les poulets de chair à entre trois et six semaines d'âge. Il est possible de voir certains cas commencer à seulement une ou deux semaines. Il n'y a pas de prédisposition en fonction du sexe pour cette maladie, les mâles et les femelles ayant autant de risques d'en être atteints. Parfois, il n'y aura qu'un seul étage ou un seul parquet d'un bâtiment qui sera touché. De plus, une association entre le troupeau de reproducteurs et le troupeau de production atteint par la maladie n'a pas encore pu être établie clairement.

Généralement, les poulets atteints auront une patte crochue. Cela est dû à la lésion entraînant la fibrose du tendon au niveau de l'articulation du tarse (celle qui se trouve tout juste en bas du pilon). La fibrose empêche la flexion de l'articulation, ce qui a pour conséquence que la patte reste bien droite sur le côté du poulet. Il n'y a pas de mortalité directement associée au réovirus, mais les poulets malades auront plus de difficulté à aller manger et boire et seront éliminés du troupeau. En moyenne, environ 2 à 4 % du troupeau seront affectés. Mais cela peut aller jusqu'à 10 % dans les cas les plus graves. Certains oiseaux affectés ne présenteront pas de problème de boiterie, mais auront un gain de poids diminué et une conversion alimentaire plus élevée.

Les facteurs de risque associés à cette maladie ne sont pas tous encore bien compris. Il semble qu'il y ait un plus grand nombre de cas durant l'été que durant l'hiver. La maladie survient par vagues, de nombreux cas étant répertoriés en un court laps de temps, puis plus rien pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Une maladie concomitante, telle que la bronchite infectieuse ou la maladie de Gumboro, pourrait contribuer à la gravité de cette pathologie. En outre, plus l'oiseau est infecté jeune, plus les symptômes seront évidents. Un facteur à ne pas négliger est l'apparition de nouvelles souches de réovirus. La vaccination protège seulement contre la souche utilisée dans le vaccin. Si de nouvelles souches font leur apparition, elle devient pratiquement inutile. Il semble que plusieurs souches trouvées récemment ne fassent pas partie du vaccin commercial offert.

Tendon normal
Inflammation du tendon (ténosynovite)
L'origine des souches causant les problèmes actuels n'est pas encore bien établie. Il sera nécessaire d'obtenir plus d'information en utilisant les techniques de biologie moléculaire existantes afin de cerner exactement les liens qui pourraient exister entre les souches présentes au Québec et celles qui sont présentes ailleurs dans le monde. Pour l'instant, il n'est pas possible de déterminer avec certitude l'origine du problème.

Le réovirus est un virus qu'on trouve couramment chez les poulets. Il est normal de trouver des réovirus dans les systèmes respiratoire et digestif de poulets en bonne santé. En effet, 80 % des souches de réovirus ne sont pas pathogènes, ce qui veut dire qu'elles ne peuvent pas causer de maladie. Cela a d'importantes conséquences en matière de diagnostic, car le simple fait de trouver un réovirus dans un poulet malade n'indique pas qu'il soit nécessairement à l'origine du problème. Il est important de pouvoir lier la présence du virus avec les signes cliniques observés chez les poulets et les lésions vues au microscope par le pathologiste. Par exemple, la présence du virus sans la présence des lésions microscopiques peut faire penser à un réovirus non pathogène.

Il n'y a pas de traitement efficace contre le réovirus. Les antibiotiques ne sont pas utiles contre les virus, et le réovirus ne fait pas exception. La prévention reste donc la meilleure méthode.

Le virus peut être transmis tant verticalement qu'horizontalement, c'est-à-dire qu'il peut provenir des reproducteurs ou être transporté par un vecteur : des bottes sales, un visiteur, de l'équipement, etc. Le virus reste actif très longtemps dans l'environnement. Par exemple, il peut rester vivant pendant 10 semaines dans l'eau et pendant plusieurs jours sur différents objets. Ainsi, le transport par vecteur n'est pas à négliger. Un respect adéquat des mesures de biosécurité est, comme pour toute maladie, très important.

À la suite d'un problème lié au réovirus dans un poulailler, il est recommandé de procéder à un bon lavage et à une désinfection. La désinfection des conduites d'eau est primordiale, puisque le virus y survit très bien. Comme le virus est sensible au peroxyde d'hydrogène, un produit en contenant serait idéal pour désinfecter les conduites d'eau. Par contre, il est très résistant à l'acide, ce qui rend les produits à base d'acide presque inutiles. Pour la désinfection des poulaillers, les produits à base d'iode organique 0,5 % et de soude caustique sont reconnus comme efficaces. Étant donné que le réovirus résiste à plusieurs désinfectants, il serait important, avant d'utiliser un produit, de s'informer auprès du fabricant afin de valider son efficacité.

Des experts de plusieurs pays d'Amérique du Nord et d'Europe travaillent actuellement à trouver des solutions afin de prévenir les problèmes associés au réovirus. Avec la collaboration de tous, il pourrait être possible de maîtriser, une fois de plus, cette maladie.
 
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés