Entretiens
Groupe Vermette fonctionne comme dans une véritable chaîne de valeur. De la production du grain jusqu'à l'expédition des porcs, les grandes orientations de l'entreprise sont au cœur de toutes les discussions des actionnaires.
Par Patrick Dupuis,
agronome
Réjean Vermette est président de la Filière porcine coopérative depuis 2012 et propriétaire majoritaire de Groupe Vermette.

Fondé en 1972 à Saint-Simon-de-Bagot, Groupe Vermette possède 1400 truies commerciales, produit 30 000 porcs d'abattage par an et cultive plus de 800 hectares.

Quand il entre chaque matin dans son bureau, l'entrepreneur de 57 ans est accueilli par les photos de ses neuf petits-enfants, qui lui décochent leur plus beau sourire. Voilà une excellente raison de se mettre ardemment au travail, comme il le fait depuis toujours. La relève de l'entreprise est d'ailleurs entre bonnes mains. Sa fille Caroline, ses fils Mathieu et Philippe ainsi que son neveu Alexandre se partagent 49 % des actions de Groupe Vermette.

Un drapeau de l'Ordre national du mérite agricole, rappelant l'obtention du prestigieux titre de commandeur, en 1986, s'ajoute au décor.

Avec les réussites, l'entreprise a aussi connu son lot d'inquiétudes. Elle s'est même parfois retrouvée à la croisée des chemins. Maladies chez les porcs, prix des marchés en dents de scie, coûts des intrants élevés, refonte du modèle de l'ASRA, restructuration des activités. La vie comme un long fleuve tranquille, Réjean Vermette ignore ce que c'est.

« En 2009, avec la crise majeure de SRRP, on en a mangé toute une, dit-il. Ça nous a forcés à changer nos méthodes de travail. » « On l'a appelée Katrina, tellement elle a fait de dégâts dans la région, appuie Caroline. En passant d'une gestion à la semaine à une gestion en bande toutes les quatre semaines en tout plein, tout vide par bâtiment, en mai 2012, on sèvre nos deux maternités au cours de la même journée. Il n'y a donc plus de cochons dans les bâtiments pendant quasiment une semaine. On vide, on lave, on désinfecte. Ça coupe le cycle des maladies. Ça nous a permis de stabiliser nos pouponnières, car tous les porcs y entrent en même temps avec un statut sanitaire semblable. »

Il y a cinq ans, une vingtaine d'entreprises naisseurs-finisseurs peuplaient le territoire où est établi Groupe Vermette. Il n'en reste plus que deux. Certaines ont disparu, mais plusieurs produisent maintenant à forfait. « Une consolidation qui a réduit l'effet multiprovenance des porcs et fait chuter du même coup l'incidence de certains agents pathogènes », indique Caroline.

« Le modèle de production de porcs change, dit Réjean. Beaucoup de petits éleveurs se tournent vers le forfait. Au milieu des années 1990, un naisseur-finisseur de 175 à 200 truies, c'était l'entreprise modèle. Depuis cinq ans, ces producteurs doivent revoir leurs façons de faire. Manque de main-d'œuvre, coûts fixes trop élevés, un niveau sanitaire inadéquat résultant d'un fonctionnement en rotation ou en semi-rotation ont notamment changé la donne. »

En filière
À l'automne 2010, Charles Proulx, alors administrateur de La Coop fédérée, invite Réjean Vermette à siéger au comité de mise en place de la Filière porcine coopérative. Producteur de porc La Coop depuis un an, Réjean manifeste un intérêt marqué pour ce projet novateur et rassembleur. À l'assemblée de fondation de la Filière, en avril 2011, il est élu au conseil. « Il était impératif d'agir, car la situation était non viable, dit-il. On sentait l'urgence du changement à tous les maillons du réseau : génétique, alimentation, abattage. On voulait améliorer le sort des producteurs, qui en arrachaient, en diminuant leur coût de production, et de l'abatteur, qui perdait beaucoup de sous. »

Répartition des tâches

Réjean : gestion globale de Groupe Vermette. Propriétaire majoritaire, avec 51 % des actions. Le reste des actions
(49 %) est réparti entre trois de ses enfants – Caroline, Mathieu et Philippe – et son neveu Alexandre.

Caroline : gestion des bâtiments, des commandes et livraisons de moulées, des registres d'entrée et de sortie des porcs, de la santé animale, des ressources humaines, des ventes.

Mathieu : gestion de la meunerie, de la pouponnière et de l'engraissement, suivi du prix des grains et du porc.

Philippe : gestion de la maternité.

Alexandre : gestion des champs.
Réjean Vermette est d'avis que la Filière est proactive, flexible, autonome et durable. « Produire du porc de façon totalement indépendante est un défi de plus en plus difficile, dit cet homme qui encourage les discussions et qui est déterminé à remettre le secteur porcin sur les rails. Produire en réseau, c'est la force du nombre. C'est se donner les bons outils pour fonctionner. Aujourd'hui, il n'y a de la place que pour ceux qui excellent, tant chez les éleveurs que dans les coopératives. La marge d'erreur est mince, très mince. »

En filière, les fermes familiales ne sont plus laissées à elles-mêmes face aux aléas du marché. C'est ce que croit aussi Gérald Paquin, expert-conseil en production porcine à La Coop fédérée. « Produire du porc La Coop selon un cahier des charges permet une valeur ajoutée, que l'abattoir peut aller porter sur les marchés plus lucratifs partout dans le monde », dit-il.

Environ 1,2 million de porcs sont produits dans la Filière, soit près de 20 % de la production québécoise annuelle. La moitié (600 000 porcs) provient des 200 éleveurs membres. L'autre moitié est issue des coopératives sociétaires. « Notre défi consiste à aller chercher la collaboration d'encore plus de producteurs indépendants et de coopératives », insiste l'éleveur, qui s'est toujours engagé auprès de nombreuses organisations de son milieu. « Tous doivent prendre conscience qu'ils sont propriétaires des abattoirs et du réseau. Et qu'il faut une matière première d'une qualité sans équivoque sur le plancher de ces abattoirs. »

En étant membres de la Filière, les producteurs et les coopératives ont allégé leurs structures et été très proactifs pour ce qui est de répondre aux exigences de la clientèle, ici comme ailleurs. La production de porc sans ractopamine (Paylean) destiné à la Russie, un important marché pour Olymel, en est un bel exemple.

Réjean Vermette et sa relève : Mathieu, Philippe, Caroline et Alexandre

« Le consommateur se tourne de plus en plus vers des produits standardisés », observe Caroline, formée en productions animales à l'ITA de La Pocatière. « Entre des découpes de porc de qualité uniforme et bien présentées et d'autres à l'allure peu attrayante, le choix n'est pas difficile à
faire. »

Aux yeux de Caroline, l'avenir s'annonce prometteur. « On voit le bout du tunnel et on voit qu'il y a de la clarté à l'horizon », dit-elle en ouvrant les bras.

Groupe Vermette, qui a connu une importante progression au fil des ans, a su bien s'en tirer en mettant en place une gestion rigoureuse de chacune de ses activités.

D'abord, en ayant une vision commune. Caroline, ses frères et son cousin travaillent en équipe, en toute confiance et avec respect. Ensemble, ils veulent maximiser l'utilisation et la rentabilité de toutes leurs infrastructures, pour bien en vivre. « En vivre d'une façon moderne, intervient Réjean. C'est-à-dire qui laisse de la place pour l'équilibre, les vacances, les amis. C'est ce que j'ai toujours fait. Tu ne peux pas intéresser de relève si tu ne permets pas ça. »

Groupe Vermette en chiffres
  • 1400 truies commerciales
  • 30 000 porcs d'abattage
  • 12 000 places en engraissement, dont 6000 à forfait
  • 6000 places en pouponnière, dont 3000 à forfait
  • 800 hectares en culture : maïs, soya, orge
  • Meunerie à la ferme : 10000 tonnes de moulée par année
  • 20 employés
  • Réjean Vermette est un être généreux, rassembleur et proche des siens. Lorsque son frère, avec qui il était associé dans l'entreprise depuis sa fondation, décède subitement au début des années 2000, il prend sous son aile son neveu Alexandre, et il le considère depuis comme son propre fils.

    Faire croître l'entreprise fait également partie du plan d'action de la jeune relève montante, mais pas à tout prix. « On veut se donner la capacité financière de rénover, d'acquérir des terres, de faire des choix, de rêver », dit Caroline, qui, avec Mathieu, Philippe et Alexandre, prévoit de racheter graduellement les parts de Réjean. « On a une entreprise d'une belle taille. Il y a de la synergie, de la polyvalence. » La vingtaine d'employés de Groupe Vermette rassemblent plusieurs qualités : imagination, capacité de travail, compétence.

    Les Vermette font preuve d'une grande ouverture d'esprit. Ils n'hésitent pas, pour avancer et se démarquer, à remettre en question leurs façons de faire, à aller chercher de l'information, à poser des questions à tous ceux et celles qui gravitent autour de leur entreprise.

    « C'est le seul moyen d'être à la fine pointe », pense Caroline. Comme les autres gestionnaires de la ferme, elle a assisté à plusieurs formations offertes par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ), le Centre de développement du porc du Québec (CDPQ) et le réseau La Coop. Les employés aussi ont accès à une formation continue pour améliorer leurs connaissances. « On se donne les moyens d'être efficaces et avant-gardistes », ajoute-t-elle. Nathalie Parent-Legault, formatrice en gestion d'élevage à La Coop fédérée, leur apporte le soutien technique dont ils ont besoin. C'est également ça, la Filière : une expertise de haut niveau adaptée aux besoins des éleveurs en fonction des exigences du marché.

    D'autres défis pointent à l'horizon
    La diarrhée épidémique porcine qui sévit au sud de la frontière, les maternités collectives, les truies en liberté, les nouvelles normes de bien-être animal qui prendront effet ici en 2022 ou encore la concurrence sur les marchés mondiaux, pour ne mentionner que ceux-là, sont sous le radar des gestionnaires. Groupe Vermette demeure malgré tout confiant. « Notre entreprise est bien positionnée, affirme le principal actionnaire. La relève est en place et bien décidée à poursuivre le travail. » Les lendemains s'annoncent prometteurs.







    Site de la Filière porcine coopérative : www.porclacoop.coop
     
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