Entretiens
Opter pour l'application d'engrais liquides au démarrage, est-ce une bonne stratégie ? Le Coopérateur a posé la question à trois utilisateurs : Carl Beaudoin (Ferme Robert et Claude Beaudoin), Éric Therrien (Ferme Jeancarno) et Steve Grégoire (Ferme Steve Grégoire). Ces entrepreneurs agricoles y voient une nouvelle méthode efficace offrant économie de temps et maximisation des rendements.
La Ferme Robert et Claude Beaudoin, cantonnée dans le rang Saint-Jacques, à Saint-Jacques-de-Montcalm (Lanaudière), a pris le virage liquide en 2013. Les raisons étaient claires dans la tête du responsable des semis, Carl Beaudoin : une plus grande autonomie et un gain appréciable dans l'uniformité de la récolte à l'automne.

La Ferme Robert et Claude Beaudoin a pris le virage
« engrais liquide » en 2013 avec un semoir Case neuf. Quelques modifications y ont été apportées pour répondre à un besoin crucial : l'autonomie.
Avant de procéder à l'achat d'un semoir Case pouvant semer 16 rangs à la fois, les Beaudoin travaillaient avec deux semoirs de 8 rangs dont l'autonomie ne dépassait pas les 8 ha (20 acres). En 2013, la capacité est passée à un peu plus de 25 ha dans le maïs et 28 ha dans le soya et les haricots adzuki grâce au semoir qui a subi deux importantes modifications. D'abord, un support spécial a été construit, ce qui permet de transporter une importante quantité d'engrais liquide. Puis, les Beaudoin ont installé des disques Aularie pour la précision de l'application.

Pour fertiliser leurs superficies, les Lanaudois utilisent trois formules que Carl concocte avec l'aide de son expert-conseil à La Coop Profid'Or, Stéphane Galarneau. Elles sont composées d'azote, de phosphore et de soufre en solutions liquides. Le duo y ajoute du bore et du zinc au besoin. Le démarreur est déposé deux pouces à côté des semences. Les engrais sont entreposés à la ferme dans six citernes de 13 600 litres (3000 gal). Pour combler les besoins en azote du maïs, une application d'azote 32 est utilisée.

Cette façon de travailler assure la famille Beaudoin de mettre les semences en terre dans un délai beaucoup plus court que par le passé. « Avec les engrais granulaires, dit Carl Beaudoin, nous ne pouvions pas dépasser la capacité de chargement de la benne à engrais. Nous devions faire de fréquents arrêts et cela prolongeait la période des semences de plusieurs jours. Nous finissions rarement avant le 20 mai. » Carl estime importantes les pertes quand les travaux de mise en terre sont repoussés de quelques jours seulement. Avec les engrais liquides, la flexibilité et le gain de temps ont permis de ranger le semoir le 5 mai l'an dernier.

Carl Beaudoin nous montre une des modifications apportées au semoir : un système de disques Aularie, qui assure une précision accrue.

La Ferme Robert et Claude Beaudoin… en cultures

- 540 acres de soya
- 905 acres de maïs
- 410 acres de haricots adzuki
- 300 acres de légumes (pour Bonduelle)
- 245 acres de blé (pour les Moulins de Soulanges)
Total : 2400 acres (970 ha)

Les formules d'engrais de la Ferme Robert et Claude Beaudoin

Démarreurs pour :
Maïs
: 16-8-0 avec B et Zn – 23,8 gal/acre (267 L/ha)

- 16-19-0 avec B et Zn – 24,3 gal/acre

- 18-14-0 avec B et Zn – 21,8 gal/acre

- 21-8-0 avec B et Zn – 19,3 gal/acre

Soya : 16-8-0 avec B et Zn – 14,9 gal/acre

Haricot adzuki : 21-7-0 avec Ca et Zn – 11,7 gal/acre

L'enjeu de la précision
En plus de raccourcir la période des semis, Carl Beaudoin a également pu maximiser l'utilisation des engrais commerciaux. Muni d'un système de cartographie GPS, l'agriculteur a ajusté le nombre de litres déposés près des semences selon la richesse des sols et des engrais organiques appliqués. « C'est un autre avantage des engrais liquides, explique Carl. Avec le granulaire, nous devions nous ajuster à la quantité calculée pour tout le champ. Maintenant, je n'ai qu'à appuyer sur une touche de mon ordinateur si je veux augmenter ou diminuer la quantité. Au prix où sont les engrais, je veux appliquer la dose juste. »

S'il y a un inconvénient, il se rattache à la potasse. Les engrais liquides contenant du potassium (K) ne sont pas compatibles en mélange. Pour combler les besoins, on utilise des chaux fortes en K, des fumiers ou des applications granulaires.



Des rendements en croissance constante


à la Ferme Jeancarno

La simplicité d'utilisation, la précision et l'autonomie au printemps sont les principaux critères qui ont incité Éric Therrien, de la Ferme Jeancarno de Sainte-Perpétue, dans la région de Nicolet-Yamaska, à opter pour ce mode de fertilisation dans le maïs et le soya. Le délestage (réduction du poids) de l'appareil de mise en terre a également eu un impact important dans la décision de passer des engrais granulaires aux engrais liquides.

En 2010, les Therrien ont fait l'acquisition d'un semoir d'une capacité de 16 rangs, qui a remplacé les deux anciens appareils de 8 rangs munis de coffres à engrais granulaires. Dotée d'un système d'application de fertilisants liquides, la nouvelle machine était beaucoup plus légère et pouvait ainsi passer pratiquement partout. La capacité des réservoirs offre une autonomie de 18 ha avant de devoir refaire le plein, ce qui représente un changement radical sur le plan des opérations printanières.

La Ferme Jeancarno…
en cultures


- 1050 acres de maïs
- 675 acres de soya
Total : 1725 acres (700 ha)

Le démarreur utilisé par Éric Therrien est un mélange de démarreur liquide et d'une solution azotée à raison de 4 gal (18 litres) du premier pour 10 gal du second. L'engrais est placé à la surface du sol et deux pouces à côté de la semence. Cette méthode d'application s'appelle « Dribbles ». Une décision prise après une consultation avec son expert-conseil à La Coop des Bois-Francs, Guy Laroche, ainsi qu'avec les conseillers spécialisés à La Coop fédérée, Pascal Larose et François Labrie.

Pour le maïs qui a reçu du fumier, une dose de 20 à 25 gal par acre sera utilisée. Le maïs sans fumier recevra de 30 à 35 gal à l'acre. Dans le soya, ce sera de 8 à 10 gal. Les quelque 36 000 gal nécessaires pour fertiliser les 1725 acres de la ferme sont entreposés dans quatre réservoirs sur le terrain de l'entreprise. Encore une économie de temps au printemps. « J'ai tout ce qu'il me faut chez moi quand je commence. Personne n'attend après moi et je n'ai pas à attendre après mon engrais », indique Éric.

Les formules d'engrais de la Ferme Jeancarno

Un mélange de 4 gal de démarreur liquide avec 10 gal de solution azotée :

8 à 10 gal dans le soya au semis

20 à 25 gal au démarrage dans le maïs ayant reçu du fumier

30 à 32 gal dans le maïs n'ayant pas reçu de fumier

200 à 215 unités d'azote au stade de huit feuilles dans le maïs

Un autre avantage à utiliser l'engrais liquide est la précision. « Avec l'ancien mode de fonctionnement, nous devions calibrer le semoir souvent pour être certains d'appliquer le bon taux, dit-il. Maintenant, il suffit de quelques acres pour savoir si je mets la dose souhaitée. Plus besoin de 40 ou 50 acres. En plus, c'est plus précis dans les bords de champs. Je sais exactement le volume que j'applique. Avec le granulaire, j'y allais un peu selon la capacité de l'épandeur. Est-ce que je couvrais 10 rangs, 15 rangs ? Je ne le savais pas exactement. Avec le liquide, je n'ai plus ce questionnement-là. »

Les champs de la Ferme Jeancarno ont deux sources de fertilisants : le fumier et l'engrais liquide. Les fumiers de poulet, de veau de lait et de porc sont utilisés à la ferme. Tous les champs sont couverts sur une période de trois ans. Cette façon de procéder assure un bon équilibre entre l'azote, le phosphore, la potasse et les éléments mineurs. Sans les engrais organiques, les coûts de la fertilisation liquide seraient plus élevés qu'avec le granulaire pour combler les besoins des plantes, car les éléments mineurs coûtent plus cher sous forme liquide.

Le seul désavantage qu'Éric peut voir à l'utilisation des engrais liquides de démarrage, c'est le recours forcé aux engrais granulaires quand il ne peut compter sur des fumiers. Sinon, il n'y voit que du bon. « C'est simple et rapide. Depuis le début de l'emploi des engrais liquides au démarrage, en 2010, les rendements ont augmenté de près d'une tonne à l'acre. Avec une moyenne de 5,75 tonnes à 21 % d'humidité cette année (2013), je ne peux pas dire que c'est un mauvais coup », conclut Éric Therrien.

Éric Therrien, de la Ferme Jeancarno à Sainte-Perpétue, a choisi un semoir Case doté de deux réservoirs pour ses engrais liquides. Une autonomie de 18 ha avant de refaire le plein.



Une année de nouveauté

chez Steve Grégoire

L'an 2013 restera toujours synonyme de nouveauté dans l'historique de la Ferme Steve Grégoire de Napierville, en Montérégie. Nouveau semoir à maïs de 16 rangs, nouveau système GPS et début d'utilisation des engrais liquides au démarrage. Steve a lui aussi opté pour la méthode Dribbles. Il continuera avec d'autres essais de cette technique en 2014.

La Ferme Steve Grégoire…
en cultures


- 1184 acres de maïs
- 508 acres de soya
- 85 acres d'engrais verts Total : 1777 acres (720 ha)

Le semoir choisi est de marque John Deere, auquel Steve a apporté quelques modifications : une pompe spéciale pour régler la pression des engrais dans les boyaux d'application, des buses de distribution modifiées ainsi qu'un système de mise à la terre. Le choix du semoir à engrais liquides s'est aussi fait pour des raisons de surcharge qu'une telle machine aurait avec des engrais granulaires. « Je suis allé voir des modèles différents et le poids de l'engrais granulaire était là aussi trop élevé », expliquait Steve.

À l'instar d'Éric Therrien et de Carl Beaudoin, la grande économie de temps a été fortement appréciée par Steve. Avant 2013, il devait passer deux jours à transformer ses boîtes à grains en réservoirs à démarreur granulaire. Il devait aussi passer près de 20 heures par jour pour semer ses grains… contre seulement 10 heures en 2013. Un autre aspect fort apprécié a été le fait que les engrais liquides sont plus faciles à gérer quand les conditions de semis sont plus humides, comme cela a été le cas le printemps dernier.

Les formules d'engrais de la Ferme Steve Grégoire

Démarreur liquide et solution azotée en mélange 50-50

20 gal à l'acre dans le maïs

200 lb/acre de potasse à l'automne

À la Ferme Steve Grégoire, la formule est simple. Marc Rochette, expert-conseil à La Coop Uniforce, et François Labrie, de La Coop fédérée, ont recommandé la recette de démarreur liquide d'azote et de phosphore avec, là aussi, une solution azotée en mélange 50-50. Les 1184 acres de maïs et les 508 acres de soya reçoivent cette mixture. La potasse est appliquée à raison de 200 lb/acre (1090 kg/ha) à l'automne.

Pour Steve Grégoire, le coût des éléments mineurs représente le seul véritable inconvénient de l'utilisation des engrais liquides. Puisqu'il en était à sa première année en 2013, il ne peut savoir précisément si les rendements ont augmenté. Il entend procéder à d'autres tests en 2014, dont celui de munir quatre disques de roues d'incorporation pour comparer avec la méthode Dribbles. Il procèdera aussi à des pesées avec une balance. Une chose est certaine, toutefois : il ne regrette pas du tout son passage au mode liquide.

Steve Grégoire a apporté des modifications afin d'adapter son semoir John Deere à la méthode Dribbles.   Des buses ont été ajoutées pour assurer un débit uniforme d'engrais liquide au champ.
 
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