Entretiens
L'automne dernier, vous avez réussi à établir un beau champ de blé d'automne ! À l'aube du printemps, vous vous posez certainement des questions telles que : Comment vais-je savoir s'il a survécu ? La population sera-t-elle suffisante ? Quelle fertilisation dois-je appliquer ? Cet article a pour but de vous donner les outils pour une excellente récolte de blé d'automne.
Esther Tardif, agronome Conseillère spécialisée Céréales et canola
La Coop fédérée
esther.tardif@lacoop.coops

Luc Roger, agronome Conseiller spécialisé Céréales et canola
La Coop fédérée
luc.roger@lacoop.coop
Dès la fonte des neiges, une visite au champ est primordiale afin d'évaluer le taux de survie du blé, et ce, bien avant le verdissement des plants. Posez-vous les questions suivantes : Y a-t-il eu des endroits sans neige ou avec présence de glace pendant l'hiver ? Le sol est-il trop humide à certains endroits du champ ?

L'objectif premier d'une visite du champ est de vous permettre de dresser le patron de survie et d'observer les plants de blé.

Pour ce faire, aléatoirement dans le champ, déterrez plusieurs plants à l'aide d'une pelle, afin d'en conserver les racines intactes. Regardez la couronne et les racines des plants. Y a-t-il présence de pourriture ? Y a-t-il de nouvelles racines en formation ? Si le blé a survécu, vous serez en mesure de voir des racines blanches qui sortent de la couronne (photo 1).

Photo 1
Photo 2
Plantule de blé d'automne présentant une repousse de racines au printemps suivant. Source : Université du Wisconsin
Faites attention, toutefois, de ne pas condamner trop vite le champ à perte : le blé peut sembler mort à cause de la coloration jaune-brun des feuilles (photo 2), mais c'est bel et bien l'observation de la couronne et des racines qui vous indiquera s'il reprendra vie ! En cas de doute, vous pouvez entrer quelques plants à l'intérieur et attendre de voir s'ils repoussent après quelques jours.

Si vous tardez à visiter le champ, vous pourrez vous retrouver rapidement dans une situation où la survie est plus faible; les plants ayant survécu ont poussé, le champ présente un patron inégal de survie à l'hiver et il sera trop tard pour remédier à la situation (photo 3).

Population minimale pour un bon rendement
Lors de votre visite au champ, apportez un ruban à mesurer et faites vos décomptes sur une longueur de 19 pouces sur le rang.

Pour un semoir de 7,5 po d'espacement, cette mesure représentera un pied carré. De manière générale, si la population est bonne, vous devriez obtenir un décompte de 12 à 15 plants par pied carré. Faites attention de ne pas compter les talles, mais bien les plants entiers. Comme on le dit souvent, l'œil est trompeur ! Si le décompte est inférieur à neuf plants par pied carré, il sera important de valider le nombre de talles : si leur nombre est supérieur à 30 au pied carré, il sera alors justifié de conserver le champ. En revanche, s'il y a moins de 30 talles, le potentiel de rendement est fortement compromis et on devrait détruire le champ et prévoir l'implantation d'une autre culture.

Quoi resemer ?
Si vous évaluez qu'au moins 75 % du champ a bien survécu, mais que certaines parties sont mortes, vous pouvez espérer un rendement raisonnable, similaire à un semis de blé de printemps. Pour une utilisation à la ferme, vous pourrez semer de l'orge aux endroits où le blé n'a pas survécu. Par contre, si vous visez une vente de blé d'alimentation animale, le semis d'un blé hâtif, comme le Quantum ou le Helios, permettra d'améliorer le rendement global. Il ne faut toutefois pas oublier que l'emploi de ces blés de printemps, quoique hâtifs, rendra la maturité à la récolte quelque peu inégale et que l'andainage ou l'application de glyphosate en prérécolte devra être envisagé. Si le patron de survie est trop faible et que le potentiel en rendement l'est tout autant, mieux vaut brûler la culture à l'herbicide et semer une autre culture, comme une céréale de printemps ou du maïs.

Photo 3
Stade tardif du blé d'automne pour lequel on devrait effectuer la visite du champ afin de statuer si le peuplement est compromis.
La fertilisation
Maintenant que la densité de population est connue, il faut déterminer la dose d'azote en fonction du potentiel de rendement et du risque de verse. Si le champ est uniforme avec une très bonne densité, soit un rendement probable entre 5 et 6 t/ha, il sera adéquat d'appliquer de 100 à 120 kg/ha de N avec 10 à 12 unités de soufre. Par contre, si le potentiel est inférieur, il est préférable de retrancher 20 kg d'azote à l'hectare.

Si vous jugez le champ excellent et que vous prévoyez l'emploi d'un fongicide à l'épiaison, l'ajout de 20 kg supplémentaires d'azote à l'hectare est à considérer, car ces fongicides améliorent l'utilisation de l'azote par le blé et réduisent les risques de verse. Consulter en tout temps les étiquettes des fongicides afin de connaître les spécifications propres à chaque utilisation.

De manière générale, la fertilisation printanière du blé d'automne doit se faire en deux applications distinctes, surtout si vous avez une densité supérieure à 70 talles au pied carré. Au verdissement du blé, on viendra apporter 50 % de l'azote prévu.

Par la suite, la seconde application d'azote se fera entre les stades du 1er et du 2e nœud de la culture (stade montaison); on appliquera alors les 50 % d'azote restants sous forme d'urée, d'ammonitrate (CAN) ou d'azote liquide. Ce faisant, le fractionnement de l'azote permettra d'augmenter le rendement de la culture et la teneur en protéine des grains, tout en diminuant les risques de volatilisation et de lessivage de l'azote. Une étude menée à l'Université du Michigan, de 2004 à 2007, démontre d'ailleurs que l'emploi de l'engrais FRN augmente le rendement en blé d'automne de 410 kg/ha, comparativement à l'emploi d'urée et de CAN (27-0-0), deux sources d'azote non protégé (voir le graphique).



Pour ceux qui préfèrent ne pas faire de traces d'épandeur ou de pulvérisateur dans leurs champs, 100 % des besoins azotés peuvent être apportée aux premiers signes de verdissement du blé avec une formulation contenant 50 % des besoins d'azote sous forme FRN, une source d'azote protégé (urée enrobée d'un polymère) exclusif à La Coop. Le 50 % d'azote restant peut être apporté à la culture sous forme d'un mélange d'urée et de 21-0-0 qui fourniront à la plante de l'azote rapidement disponible ainsi qu'une bonne quantité de soufre. Renseignez-vous auprès de votre expert-conseil local qui saura vous recommander la bonne formulation.

Implantation d'engrais vert de trèfle
Le blé d'automne offre l'opportunité de semer au printemps un engrais vert de trèfle rouge à une coupe. Il faut le semer très tôt, au verdissement du blé. On peut le semer soit avec un semoir à la volée, soit en l'incorporant au mélange de fertilisants.

Le taux de semis recommandé est de 6 à 10 kg/ha. Des essais à long terme de rotation maïs, soya et blé réalisés en Ontario ont clairement démontré que l'ajout du trèfle augmentait les rendements de 10 % pour toutes les cultures de la rotation. Le trèfle peut produire jusqu'à 60 kg/ha d'azote pour la culture suivante ! Toutefois, il n'est pas recommandé d'en semer si la population du blé est faible.

En terminant, c'est par une visite hâtive de vos champs au printemps que vous pourrez prendre les meilleures décisions afin de maximiser le rendement de votre blé d'automne. L'application du FRN permettra de sauver un passage au champ en protégeant l'azote des risques de pertes potentielles tout en augmentant le rendement de votre culture. La récolte plus hâtive du blé d'automne vous laissera du temps pour faire d'autres travaux au champ. De plus, l'opportunité d'implanter un engrais vert n'est qu'un autre avantage de cultiver le blé d'automne, ce qui saura profiter à la culture suivante de votre rotation.
 
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