Entretiens


Lorsqu'arrive l'inimaginable, les humains se souviennent souvent du contexte dans lequel ils apprennent une mauvaise nouvelle. Quand 47 personnes ont péri dans la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, nous étions rivés à nos écrans pour tenter de comprendre l'incompréhensible et pour partager la douleur. C'était un samedi. C'était une tragédie.
Vendredi 5 juillet 2013, 23 h. Un convoi supposément à l'arrêt à la suite d'un incendie dans une de ses cinq locomotives se met en branle dans la municipalité de Nantes, sans chauffeur à son bord. Mus par la gravité, les wagons-citernes contenant du pétrole léger accélèrent sur la pente de 1,2 % pour finalement atteindre, 12 km plus loin, le centre-ville de Lac-Mégantic à une vitesse estimée de 100 km/h. Dans une courbe, 63 wagons se détachent et le train fou laisse des millions de litres d'hydrocarbures se déverser, s'enflammer, exploser et semer la mort et la désolation.

Ce fil des évènements, tous l'ont vu, lu ou entendu. Mais derrière le drame se cache une solidarité émouvante. De passage à Lac-Mégantic, Le Coopérateur n'a pas voulu gratter une plaie encore fraîche, mais plutôt raconter une histoire qui fait du bien à lire. Car dans le drame, les Méganticois – et les Québécois venus à leur secours – ont fait ressortir le meilleur d'eux‑mêmes. Le meilleur du genre humain.

Un été pas comme les autres
Le samedi 6 juillet, à l'heure du dîner, les gens de La Coop Lac-Mégantic Lambton devaient tenir un barbecue à leur quincaillerie Unimat de Lac-Mégantic, sous le thème « Fêtons l'arrivée de l'été ». Comme on le fait régulièrement à cette succursale, on voulait accueillir les membres et les clients avec des hotdogs gratuits. Le 5 juillet, on en faisait donc l'annonce sur le site Facebook de cette coopérative de 90 employés et de plus de 1000 membres. L'activité n'aura jamais lieu.

Le 6 juillet, Alain Grenier, directeur général de la coopérative, sera plutôt réveillé brutalement par les explosions passé 1 h du matin. Évacué de sa résidence par les autorités, il se réfugie au siège social de la coop avec sa conjointe. Il constatera vite qu'une table de conférence n'est pas aussi confortable qu'un matelas ! De toute façon, comment dormir quand le ciel rougeoie, en pleine nuit, à trois kilomètres de là ?

« La plus grande richesse d'une coopérative, ce sont les gens qui la composent, tout comme ils sont la plus grande richesse d'une municipalité »
Lu sur le site Facebook de La Coop Lac-Mégantic Lambton.

Dès le lundi suivant la tragédie, les administrateurs de La Coop Lac-Mégantic Lambton sont venus rencontrer les employés éprouvés de leur coopérative. Le président, Serge Bureau, vante d'ailleurs leur grande résilience.
À 8 h, le magasin ouvre normalement, mais rien n'est normal ce jour-là. On compte son monde, on laisse des messages, on redoute le pire : plusieurs des employés de fin de semaine sont des jeunes, comme la majorité des personnes qui se trouvaient au Musi-Café, ce bar de la rue Frontenac, à fêter par un doux soir d'été…

Finalement, tous les employés seront saufs, mais tous seront affectés plus ou moins directement. Une employée perdra sa fille et son gendre. Deux autres employées, présentes au Musi-Café le soir du drame et sorties fumer au moment précis du déluge de feu, subiront un choc post-traumatique. Une dernière perdra tous ses biens matériels : maison, voiture, porte­monnaie, jusqu'à ses lunettes. « J'admire le courage de nos employés, fait valoir Alain Grenier. Ils sont rentrés au travail même si plusieurs de leurs amis manquaient à l'appel. »

Dès les premières minutes et heures, le téléphone d'Alain surchauffe. Le vice-président aux communications et aux affaires publiques de La Coop fédérée, Ben Marc Diendéré, le chef de la direction, Claude Lafleur, et de nombreux dirigeants le contactent pour s'enquérir de la santé de tous les employés et les encourager.

Ainsi, rapidement, le soutien s'organise. Le soutien logistique, notamment – Olymel fournira de la viande gratuitement au centre de la Croix-Rouge pour les sinistrés : l'équivalent d'un repas de viande par jour pendant une semaine –, mais aussi le soutien psychologique.

Dès le lendemain de la tragédie, des intervenants sociaux du CERIM (Centre d'évaluation, de référence et d'intervention en milieu de travail) sont présents sur place, et ils le resteront pendant 10 jours. Pour ce qui est des hommes, les psychologues vont à leurs devants. Du côté des femmes, qui sont en contact direct avec la clientèle (aux caisses, notamment), les intervenants proposent des phrases pour limiter les épanchements. Le deuil ne peut et ne doit pas se faire entre deux transactions.

Facile à dire, car le quotidien est chamboulé : l'armada d'enquêteurs de la Sûreté du Québec réquisitionne une partie du stationnement du centre de rénovation. Ces enquêteurs font aussi de macabres achats qui n'ont rien à voir avec le jardinage : masques, gants de latex, pelles, râteaux… D'autres achats font plutôt sourire, comme cette feuille de tôle qu'un curé demande au comptoir des matériaux parce que les fidèles, craint-il, à force d'allumer des lampions en souvenir des disparus, vont mettre le feu à l'église !

La vie doit continuer
Bien qu'il n'ait pas perdu d'employés, le directeur général de La Coop Lac-Mégantic Lambton, Alain Grenier, a dû composer avec des ressources humaines directement affectées par le drame, dans une petite ville de 6000 habitants où les liens sont très forts.
Que retenir de la catastrophe ? Le président de La Coop Lac-Mégantic Lambton, Serge Bureau, cite spontanément la résilience des Méganticois, « qui n'ont pas déserté le milieu en masse ». Il a été touché de voir la messe extérieure organisée en hommage aux disparus, aux pompiers et à la multitude d'intervenants dévoués venus prêter main-forte jour et nuit.

Alain Grenier évoque de son côté la force du réseau La Coop, « facile à imaginer quand tout va bien, mais tangible quand ça va mal, à coups de gestes sincères et de mots d'encouragement ». Il louange aussi les organisateurs d'une course de l'espoir ralliant Nantes à Lac-Mégantic, à laquelle ont pris part plus d'un millier de coureurs vêtus de vert, couleur de l'espoir, le 21 juillet dernier.

Durant l'épreuve et après coup, bien des choses ont changé pour La Coop Lac-Mégantic Lambton. « Certains n'en sont pas encore à l'étape de reparler des premiers jours et des premières heures. Il ne faut pas les revivre continuellement, ni les oublier », considère Alain Grenier.

En somme, la coopération a trouvé d'autres sens, les relations humaines se sont resserrées et les employés ont appris à verbaliser plus facilement leurs émotions. « Ça nous fait relativiser les choses. On se dit qu'il existe des problèmes bien plus graves, parfois, des choses bien pires », poursuit le directeur général. Signe de la bonne volonté de tous, la dernière convention collective, qui devait être négociée deux mois après le désastre avec les employés de bureau et de la quincaillerie, a été entérinée à 99 % par ces derniers. Au lieu des 15 à 20 rencontres habituelles, seulement 5 ont été nécessaires pour en venir à une entente.

Mégasolidaires avec Mégantic
Plus de 270 jouets et 200 sacs-cadeaux ont été distribués par l'escouade de bénévoles lors de l'évènement « Un geste du cœur ! », tenu le 28 janvier dernier.
Touchés par la catastrophe de Lac-Mégantic, les Québécois ont été nombreux à démontrer leur solidarité envers les habitants de cette municipalité de la MRC du Granit. Grâce à une contribution de 20 000 dollars de La Coop fédérée, à plusieurs dons d'autres coopératives du réseau et à des boîtes à dons installées dans tous les centres de rénovation Unimat du Québec, près de 60 000 dollars ont été recueillis et versés dans un fonds de soutien créé par le réseau La Coop. « Avec ces dons, nous avons pu soutenir nos employés et leur famille immédiate en donnant à chacun d'eux exactement ce dont ils avaient besoin, explique Alain Grenier. En situation de crise, l'aide la plus précieuse peut être autant une somme d'argent que des matériaux, de la nourriture ou même des vêtements. »

Mais le désir d'aider était encore plus fort, notamment chez les fournisseurs de La Coop Lac-Mégantic Lambton et chez certaines coopératives du réseau La Coop (Alliance, Bois-Francs, Compton, Saint-Pamphile, Sainte-Catherine et Unicoop). En collaboration avec La Coop fédérée, Sednove, Owens Corning et Recochem, tout ce beau monde s'est donc mobilisé pour monter une « opération générosité ». L'offensive : une escouade de bénévoles n'ayant pour but que d'accrocher des sourires sur les visages des Méganticois les plus durement touchés par le drame – pensons aux enfants et aux entreprises du centre-ville dont l'établissement a été rasé par les flammes.

La mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche, a grandement apprécié la présence des bénévoles des coopératives et des fournis­seurs du réseau La Coop venus, en janvier dernier, distribuer des sacs-cadeaux aux enfants et aux commerçants durement touchés par la catastrophe.
Le 28 janvier dernier, sous le thème « Un geste du cœur ! », différentes équipes ont donc sillonné les secteurs nord et sud de la ville, coupée en deux depuis les évènements. Plus de 270 jouets et 200 sacs-cadeaux ont ainsi été distribués. À l'intérieur des sacs se trouvait, en plus de différentes douceurs sucrées, une carte-cadeau Lac-Mégantic d'une valeur de 70 dollars, à dépenser localement pour encourager l'achalandage chez les commerçants éprouvés. Noël en janvier !

Venue dîner avec les bénévoles pour souligner leur apport au retour à une vie plus normale dans sa municipalité, la médiatique mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche, a déclaré que « ce qu'il y a de particulier avec ce projet c'est, en plus de la solidarité démontrée, la présence humaine des gens des coopératives, dont le moyen de nous soutenir a été calqué sur la philosophie du mouvement coopératif ». Bref, une activité appréciée de tous et saluée… 47 fois plutôt qu'une.


Des sourires et encore des sourires, c'était tout ce qu'espérait l'escouade de bénévoles.
 
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