Entretiens
Tel l'oiseau migrateur qui a inspiré le nom de leur coopérative, les membres de la CUMA de l'Oie blanche ont compris qu'en s'unissant, on peut aller plus loin.
Bon coup
C'est dans la branche des équipements d'ensilage (presse à balles rondes et enrobeuse) que se traduit le mieux la solidarité qui unit les membres de la CUMA. Les membres de cette branche travaillent en chantier afin de récolter les fourrages le plus efficacement possible. Le président, Claude Blais, fait partie du groupe. « Chacun compte le temps qu'il donne chez les autres ainsi qu'un coût pour l'utilisation de son tracteur, s'il le prête pour contribuer aux travaux, explique le producteur laitier. Et chacun fournit le carburant nécessaire pour récolter chez lui. L'hiver, nous nous réunissons pour faire les comptes et rééquilibrer les coûts. »

Mauvais coup
S'il est une erreur que les administrateurs de la CUMA de l'Oie blanche ne referont plus, c'est d'attendre trop longtemps pour changer un équipement qui ne fait pas l'affaire. Le premier épandeur à fumier solide acquis par la coopérative a donné des cauchemars à ses utilisateurs. Il bloquait sans cesse, ce qui obligeait le conducteur à monter sur la machine pour la décoincer à l'aide d'une fourche. Cet épisode pénible s'est quand même prolongé pendant trois ans, jusqu'à ce que les membres décident de changer l'épandeur. Maintenant, ils s'informent à plusieurs sources avant de faire l'achat d'une machine.

Chaque année, des centaines de milliers de grandes oies des neiges font escale le long du fleuve Saint-Laurent. L'instinct de regroupement et la constance de ces oiseaux majestueux sont des qualités que l'on pourrait aussi attribuer à la CUMA de l'Oie blanche, à Montmagny. Depuis sa création, en 1993, cette coopérative d'utilisation de machinerie agricole fait en effet preuve d'une grande stabilité.

On ne change pas une recette qui marche. La formule originale de fonctionnement d'une CUMA, celle prônée par le MAPAQ à l'époque, a été conservée au fil du temps. On a apporté peu de modifications à la gestion et aux pratiques au cours des années. « Un des seuls changements que nous avons faits au règlement pour répondre aux besoins de certains membres est d'accepter les branches de deux producteurs », raconte l'administrateur Fabien Gagnon.

Le nombre de membres ainsi que la composition des branches ont à peine varié depuis la fondation de la CUMA. Alors qu'elle comptait 48 adhérents à sa création, il y a 20 ans, la coopé­rative en rassemble aujourd'hui 44. Ceux-ci se répartissent dans 22 branches d'activité, pour autant de machines. Bien sûr, certains agriculteurs sont venus et sont repartis, mais le noyau dur, formé de ceux qui croient vraiment à cette formule de partage, demeure toujours.

Atout et limite
Le président, Claude Blais, a une théorie toute simple pour expliquer la stabilité de la coopérative à travers les années. « À la base, on avait un réel besoin de partager de l'équipement, affirme-t-il. Et ce besoin existe encore aujourd'hui. » En outre, les fermes laitières environnantes sont de taille moyenne (45 à 50 vaches), ce qui limite leur capacité d'acquérir seules des équipements à la fine pointe et de les rentabiliser.

Le secrétaire, Martin Allaire, le président, Claude Blais, et l'administrateur Fabien Gagnon ont participé à la création de la CUMA de l'Oie blanche, il y a déjà 20 ans.
Bien que la taille des entreprises agricoles ait constitué un facteur favorable à l'essor de la CUMA de l'Oie blanche, l'abondance de l'offre de travail à forfait dans la région a freiné sa croissance. Parfois, le forfait s'avère une solution plus judicieuse et plus réaliste que le partage de machinerie. Claude Blais a d'ailleurs lui-même choisi le forfait pour l'épandage du fumier solide de son troupeau laitier après avoir fait partie de la branche épandage pendant plusieurs années. Le forfaitaire qui fonctionne jour et nuit avec plusieurs conducteurs et équipements lui fait gagner beaucoup de temps et d'énergie. « Avec 200 voyages de fumier à épandre, au rythme de deux à l'heure, je n'en voyais plus le bout, soutient le producteur. De prime abord, le coût du forfait paraît supérieur si on le compare au seul coût d'utilisation de l'épandeur facturé par la CUMA. Mais en calculant aussi le temps de travail, l'usure du tracteur et le carburant, l'option d'épandre moi-même devenait moins intéressante. Sans compter que le temps passé dans le tracteur ne servait pas à travailler sur la gestion du troupeau. »

La branche main-d'œuvre
À la CUMA de l'Oie blanche, on ne partage pas que des équipements, mais également un employé. La branche main-d'œuvre a été créée en 1995 pour les membres n'ayant pas les moyens financiers ou le volume de travail nécessaire pour embaucher quelqu'un à temps plein, mais ayant besoin d'aide à la ferme. Bien qu'il arrive que cette branche doive demeurer inactive le temps de remplacer un employé qui quitte son poste, les éleveurs qui utilisent ce service sont heureux de pouvoir souffler un peu.

Trois des équipements de la coopérative : un épandeur à lisier de 3200 gallons (14 500 litres), une presse à balles rondes et un semoir à semis direct.
L'administrateur Martin Allaire a fait partie de cette branche jusqu'à la vente de son troupeau laitier, il y a deux ans. Il explique que les utilisateurs du service se réunissent tous les deux à trois mois avec l'employé pour établir un horaire de travail. « L'ordre de priorité pour le choix des journées change chaque mois, ajoute-t-il. L'employé a toujours droit à deux fins de semaine de congé par mois et ne travaille pas plus de cinq journées par semaine. » Bien que l'horaire soit établi longtemps à l'avance, la formule demeure souple. Les utilisateurs communiquent entre eux et avec l'employé s'il survient des imprévus et que des changements doivent être apportés à l'horaire. La mise de fonds à verser dans cette branche d'activité correspond à un mois de salaire du travailleur, divisé également entre les adhérents.

Où est la relève ?
Claude Blais, Fabien Gagnon et Martin Allaire ont vu naître la CUMA et siègent au conseil d'administration depuis belle lurette. Même s'ils ne parlent pas encore de tirer leur révérence, pensent-ils que la relève sera au rendez-vous ? Pour l'instant, les membres ne se bousculent pas pour devenir administrateurs de la coopérative. « Il a même fallu modifier un article de notre règlement pour permettre aux administrateurs de faire plus de deux mandats consécutifs, car personne d'autre ne souhaitait occuper le poste », raconte Fabien Gagnon.

Qu'adviendra-t-il alors de la CUMA de l'Oie blanche une fois que les enfants des membres fondateurs auront repris la ferme ? Ces derniers auront-ils réussi à transmettre à leur relève le goût de coopérer ? Dans cette région où le partage d'équipements répond à un véritable besoin, il y a fort à parier que la flamme coopé­rative se propagera à la prochaine génération d'agriculteurs.
 
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