Entretiens
Par Céline Normandin

Ferme Geobastien
Quand s'améliorer devient une manière de vivre

Dans leur quête des meilleures façons de faire, les propriétaires de la Ferme Geobastien, située à Sainte-Anne-des-Plaines, ont mis à profit le concours de l'Ordre national du mérite agricole (ONMA) pour progresser et aller plus loin.
À l'entrée du bâtiment de la ferme laitière d'Yvan Bastien et Isabelle Hardy trônent bien en évidence les médailles de bronze et d'argent obtenues dans le cadre du concours de l'ONMA. Après une première participation en 2008, où la ferme Geobastien a terminé au sixième rang régional et au quatorzième rang national dans la catégorie bronze pour l'ensemble du territoire en concours (voir la carte), l'entreprise s'est hissée, cinq ans plus tard, au deuxième rang régional et au troisième rang national dans la catégorie argent.

Même après quelques mois, la seule évocation de la soirée du gala de remise des prix suffit à faire briller les yeux d'Isabelle et Yvan. Dans leurs rêves les plus fous, ils ne s'attendaient jamais à faire si bonne figure, surtout dans un concours de cette envergure.

La décision de participer à l'ONMA a été prise à l'issue d'un long cheminement, mais aussi à la suite d'une épreuve douloureuse qui a obligé Yvan à se questionner : voulait-il poursuivre en agriculture et, surtout, comment s'y prendrait-il s'il décidait de continuer ?

Repartir à zéro
En 2000, le ministère des Transports décide de redessiner la route 335 en raison des trop nombreux accidents causés par une courbe dangereuse. Le hic ? Le nouveau tracé morcelle la ferme familiale qui se trouve ainsi coupée en deux. Le gouvernement offre une compensation, mais la situation oblige les Bastien à réfléchir à l'avenir de la ferme familiale : faut-il continuer de produire de manière traditionnelle ou innover ? C'est l'innovation qui va l'emporter pour Yvan qui voit dans son projet de ferme éducative un moyen de marier sa passion pour l'agriculture et son désir de sensibiliser la population à ce secteur d'activité trop méconnu.

Avec son troupeau de 48 vaches en lactation et ses 94 hectares de terre, la Ferme Geobastien a toutes les caractéristiques d'une ferme québécoise moyenne, à l'exception, bien sûr, de son volet éducatif. C'est ainsi que, de mai à novembre, Yvan et Isabelle ouvrent leurs portes aux groupes scolaires et aux camps de jour pour démystifier le métier de producteur laitier. Toute la ferme, qui est repensée en 2004, est aménagée dans ce but : des allées larges devant les mangeoires des vaches jusqu'au local à l'étage qui peut accueillir les groupes, même la très grande distance entre les bâtiments de ferme et la route est établie de manière à éviter les accidents. Avec son air bucolique, l'aspect impeccable des bâtiments et sa proximité avec la ville de Montréal, la Ferme Geobastien est devenue un modèle pour représenter la ferme laitière typique. On y a depuis tourné de nombreuses émissions de télévision, telles que Ricardo et Sucré salé.

Une évaluation objective
Quand Yvan se rend compte que le concours du mérite agricole est de retour dans sa région en 2008, il y voit un outil pour valider ses décisions d'affaires et sa vision d'entreprise. « Du point de vue financier, je savais où j'en étais, mais pour le reste, je me demandais si je prenais les bonnes décisions. Est-ce que j'étais à la bonne place ? », se rappelle Yvan.

Avec l'aspect impeccable des bâtiments et sa proximité avec la ville de Montréal, la Ferme Geobastien est un modèle pour représenter la ferme laitière typique. De mai à novembre, les propriétaires ouvrent leurs portes aux groupes scolaires et aux camps de jour.
À l'époque, le jeune producteur avait aussi d'autres interrogations. Comme il prenait la relève de son père, deux visions différentes s'affrontaient sur le plan de la gestion agroenvironnementale. Ayant conscience que le concours ne reviendrait dans la région que dans cinq ans et qu'une médaille d'or ne serait à sa portée que 15 années plus tard, Yvan se lance dans l'aventure en 2008, sans autre préparation. « C'était une manière de pouvoir me regarder dans le miroir et d'obtenir un avis objectif. » Un coup d'œil à la grille d'évaluation du concours l'a aussi convaincu : « Les critères évalués rejoignaient mes préoccupations. »

Au terme de sa première participation, Yvan, qui n'avait aucune attente, est agréablement surpris des résultats et des commentaires des juges. Il obtient ses meilleurs résultats pour la gestion des ressources humaines, et il trouve en plus les arguments pour convaincre son père de changer leurs méthodes dans les champs.

Gonflé à bloc après cette première présence au concours de l'ONMA, le jeune producteur n'hésite pas à s'engager de nouveau, cinq ans plus tard, en s'inscrivant dans la catégorie argent. « Il y avait tellement à faire et beaucoup de choses à améliorer. Il s'agissait surtout de consolider ce qui avait été mis en place », indique Yvan. Rien n'a été laissé au hasard, que ce soit la sécurité ou la recherche de meilleures pratiques à adopter dans l'étable ou dans les champs. Leur patience et leur engagement portent leurs fruits puisqu'ils valent à Yvan et à Isabelle de n'être devancés que par deux autres entreprises solidement établies dans le territoire en concours.

Les propriétaires de la Ferme Geobastien n'ont que de bons mots quant à leur participation au concours, qu'il s'agisse du travail des juges ou encore du portrait de leur entreprise qui a été dressé. « L'évaluation est bien pondérée en ce qui concerne les aspects qui sont examinés. Pour nous, prendre part à l'ONMA a été la meilleure manière de mettre à l'épreuve nos façons de faire et de savoir où nous nous situions par rapport aux autres », avance Yvan. « C'est intéressant aussi de pouvoir se comparer à d'autres types d'entreprises agricoles », renchérit Isabelle.

Se remettre en question : un choix de vie
Quant à savoir si Yvan s'inscrira pour la médaille d'or dans cinq ans, la question reste en suspens. Maintenant conforté dans la conduite de leurs affaires et dans les progrès réalisés, le couple songe à d'autres défis qui les occuperaient dans les prochaines années. Tous deux diplômés en agronomie, ils considèrent comme normal de chercher à s'améliorer et à appliquer de meilleures pratiques. D'ailleurs, ils n'hésitent pas à voyager à travers le monde, à la découverte d'autres régions agricoles, pour comparer leurs idées, partager leurs connaissances et continuer à apprendre. C'est le plus grand bénéfice qu'Yvan dit avoir retiré de ses études. « L'université, c'est une belle place pour s'ouvrir l'esprit et voir ce qui se fait de différent, une attitude bénéfique pour le reste de la vie. »

 
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