Entretiens
Tandis que la seconde génération de membres amorce son entrée à la CUMA de St-Cyprien, les liens demeurent toujours aussi serrés parmi la communauté agricole de cette petite municipalité du Bas-Saint-Laurent.
Les femmes et la relève ont leur place à la CUMA de St‑Cyprien. Derrière (de gauche à droite) : Alain Labrie, président; Yolaine Denis, membre; et Jeannot St-Pierre, administrateur. Devant : Geneviève Lemire, secrétaire-trésorière; et Maude Laplante, membre.
Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis le 23 avril 1992, date où la coopérative d'utilisation de machinerie agricole (CUMA) de St-Cyprien a vu le jour. Aujourd'hui, la deuxième génération de productrices et producteurs fait tranquillement sa place dans le groupe, avec la passation graduelle des entreprises agricoles des fondateurs à leurs enfants. Et cette relève ne demande qu'à continuer l'œuvre de ses parents.

« C'est parce qu'ils ont tous grandi dans la CUMA », explique Yolaine Denis, membre fondatrice et productrice laitière. Ce que confirme sa fille, Maude Laplante. « Je n'ai pas l'intention d'en sortir, affirme-t-elle. Et même si je voulais et que je rachetais individuellement toutes les machines que la ferme partage actuellement dans la CUMA – 16 ! –, comment pourrais-je payer et où pourrais-je mettre tout cet équipement ? »

Bon coup
La CUMA a pris la précaution de nommer un mécanicien, externe à la coopérative, pour faire office d'expert en cas de litige découlant d'un équipement endommagé. « S'il survient un bris majeur et que l'on doit trancher entre un bris d'usure ou un bris accidentel, cette personne possède les connaissances nécessaires pour se prononcer, explique le président, Alain Labrie. Mais il n'a jamais eu à intervenir jusqu'à maintenant. »

Mauvais coup
Quelques membres ont partagé pendant un moment une machine dans une branche d'activité qui ne réussissait pas à être rentable sans louer de l'équipement à un entrepreneur non membre de la CUMA. Le groupe a vite été dissous, puisque la coopérative devait continuer d'assumer les versements de prêt, tandis que le forfaitaire tardait à effectuer ses paiements. Cette mauvaise expérience a dissuadé la coopérative de louer sa machinerie ou de faire du travail à forfait.

Jeannot St-Pierre, éleveur ovin et bovin et membre de la coopérative, croit que le partage de machinerie sera incontournable pour la relève des entreprises membres de la CUMA, à cause du coût des équipements. « Les machines deviennent désuètes rapidement maintenant, déplore-t-il. La technologie évolue tellement vite qu'un producteur seul n'a pas les moyens de suivre. Mais en groupe, nous sommes capables d'acheter des équipements performants. » Selon lui, la formule coopérative s'avère également avantageuse pour le matériel dont l'usage est peu fréquent. Par exemple, à la CUMA de St-Cyprien, huit producteurs ont décidé de partager une pelle mécanique dans une branche d'activité.

Chacun son tour
Il y a un roulement régulier des administrateurs à la CUMA de St-Cyprien. C'est chacun son tour de s'engager. Ainsi, la plupart des membres ont déjà occupé un siège au sein du conseil d'administration. « C'est bon qu'il y ait du changement, pour apporter des opinions différentes et d'autres idées », affirme l'administrateur Jeannot St-Pierre, qui a déjà pressenti la jeune Maude Laplante pour lui succéder. « La participation de chacun aide les membres à comprendre le fonctionnement de la coopérative », ajoute la secrétaire-trésorière, Geneviève Lemire. Tout le monde y gagne !

Les administrateurs de la coopérative soulignent l'achat d'un nouvel épandeur à fumier liquide.
En plus d'ouvrir grandes ses portes aux femmes et aux jeunes, cette coopérative s'inscrit sous le signe de la diversité, avec les différents statuts de ses effectifs. La CUMA compte actuel­lement 23 entreprises agricoles membres, possédant 22 machines dans autant de branches d'activité. Quatre autres fermes détiennent le statut de membres auxi­liaires. Celles-ci ne sont actives dans aucune des branches actuellement, mais possèdent toujours une part sociale dans la CUMA. De plus, la coopé­rative accueille trois producteurs forestiers membres associés. Ces derniers partagent avec les membres agriculteurs de l'équi­pement nécessaire à leur travail, soit une pelle mécanique et un treuil.

Communiquer et s'adapter
La longévité de l'organisation repose en grande partie sur la communication et la capacité d'adaptation. « Lorsque nous sommes plusieurs producteurs à utiliser la même machine pour une activité devant être effectuée dans un délai limité, les foins entre autres, le dialogue doit être optimal, sinon certaines tensions se créent, dit Yolaine Denis. Il faut alors régler le problème ou bien changer de façon de faire. »

Une image qui parle

C'est Geneviève Lemire, secrétaire-trésorière de la CUMA de St-Cyprien, qui a créé le logo adopté par les CUMA du Québec, en 1992, lors de leur rencontre annuelle. Le dessin représente cinq personnes s'associant pour former une CUMA, soit le nombre minimum de membres exigé par la Loi sur les coopératives. L'engrenage symbolise la force de la coopération et le partage de matériel agricole. La gerbe de blé représente l'agriculture, et le cercle évoque le rayonnement de l'organisation dans son milieu.
« Certains groupes se sont dissous au fil du temps, parce que les besoins ont évolué », ajoute le président de la CUMA, Alain Labrie. Par exemple, les agriculteurs sont passés de la récolte de petites balles rectangulaires, il y a 20 ans, au foin en balles rondes et à l'ensilage. De plus, les superficies cultivées ont augmenté et les volumes de fourrages produits se sont accrus par le fait même. « Il faut que les bénéfices de partager la machinerie l'emportent sur le risque de récolter un fourrage de moins bonne qualité », soutient l'agriculteur.

Chaque année, avant l'assemblée générale annuelle, les responsables des branches d'activité tiennent ce qu'ils appellent leur « journée de chialage ». C'est lors de cette rencontre que sont soulevés et réglés les petits problèmes survenus au cours de la saison précédente, à la suite d'une évaluation que chaque responsable de groupe machines aura effectuée auprès de ses membres. Cette réunion d'évaluation permet de dresser un bilan de la saison, de mettre rapidement un terme à d'éventuelles tensions et de former de nouveaux groupes selon les besoins manifestés.

Contribuer au succès des autres
La coopérative compte plusieurs producteurs de lait biologique, dont Geneviève Lemire, Alain Labrie et Yolaine Denis et sa fille, Maude Laplante. Ceux-ci savent néanmoins gérer les contraintes que génère le partage de machinerie entre agriculteurs « conventionnels » et biologiques. Par exemple, des branches constituées exclusivement de membres en régie biologique ont été créées pour l'utilisation de certains équipements, telle une presse-enrobeuse pour le foin. « Pour le matériel partagé avec des producteurs "conventionnels", tel le semoir à céréales, on s'assure de le nettoyer en profondeur avant de s'en servir et on garde une trace écrite de ces activités, explique Geneviève Lemire. Nous avons une belle collaboration des producteurs "conventionnels". »

Le secret de la longévité de cette CUMA : la collaboration. « Tu dois avoir la préoccupation que ton associé d'une même branche réussisse autant que toi », conclut Alain Labrie.
 
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