Entretiens
Dans le contexte actuel du coût des concentrés et des fourrages, il est normal de parler de… coûts ! Les prix par tonne d'intrants, le prix du lait, les coûts de concentrés et de fourrages à l'hectolitre, la marge par kilo de gras, etc. Comme nous arrivons dans la période des mesures incitatives à la production, c'est une raison de plus de parler de revenus et de marge, pas seulement de coûts à l'hectolitre de lait produit !
Dans le tableau 1 à la page 24, nous avons, pour une même ferme de 50 kg de quota, différentes simulations d'impact économique réalisées à partir du Logiciel économique Coop (LEC), et ce, pour un même coût d'alimen­tation à 23 $/hl. On constate que lorsque la production augmente, le prix reçu pour l'hectolitre de lait produit diminue. Mais aussi, la ferme génère plus d'argent au fur et à mesure que sa production monte et que ses pourcentages de composants (gras et protéine) se rapprochent l'un de l'autre.

Rappelez-vous que parmi les éléments clés d'une bonne rentabilité, il y a la vente supplémentaire de kilos de protéine pour un même quota produit et la réduction des frais variables, attribuables au nombre de vaches en moins.

L'impact de la protéine seulement
En considérant le prix des composants du tableau 2, on remarque au tableau 3 que pour chaque 0,1 % de protéine en plus, la valeur du lait grimpe de 1 $/hl, et le revenu annuel augmente de tout près de 4000 $ pour le troupeau. Et même si la ferme no 4 avait un coût d'alimentation par hectolitre de 1 $ supérieur à la ferme no 1 (4148 hl x 1 $ = 4148 $), il lui resterait tout de même 7811 $ nets de plus par année !

Tableau 1 – Simulations de l'impact économique relié à la variation du nombre de vaches et des composants du lait, ainsi que de la moyenne de production du lait pour une ferme de 50 kg de gras produits.


Tableau 2 – Prix des composants du lait


Tableau 3 – Impact du test de protéine sur la rentabilité d'une ferme ayant un quota de 50 kg/jour


Pourquoi parler de marge par kilo de gras produit ?
La marge par kilo de gras est le montant d'argent qui reste par kilo de gras vendu, une fois déduits le coût de l'alimentation de tout le troupeau ainsi que les frais de la paie de lait (mise en marché, publicité, plan conjoint, etc.).

Par exemple, une vache produisant 25 litres à 4 % de gras produit 1 kg de gras. Si le prix du lait vendu après déduction est de 75 $/hl et que les frais d'alimentation totaux du troupeau sont de 28 $/hl (taures, vaches taries et vaches en lait), il reste 47 $/100 litres x 25 litres, donc 11,75 $ pour ce kilo de gras vendu. Si on a 50 kg de quota journalier, ce sont 587,50 $/jour (50 x 11,75 $) qu'il reste pour payer les autres dépenses de la ferme.

Pourquoi la marge par kilo de gras est-elle un indicateur fiable pour mesurer l'efficacité de l'alimentation d'une ferme laitière ? Dans un système de quota comme le nôtre, le facteur limitant les ventes de lait est le nombre de kilos de gras livrés. Il faut donc aller chercher le revenu maximal pour tous ces kilos de gras. Pour une même quantité livrée, comme dans notre exemple de 50 kg/j, le fait de faire varier les composants a un impact majeur, principalement avec un ratio SNG/G (solides non gras/gras) qui se rapproche de 2,35, tel que cela est permis. La baisse du taux de gras permet de vendre plus de kilos de protéine. Les revenus pour les kilos de gras sont les mêmes (dans chaque situation, tous les kilos de gras permis ont été vendus).

Lorsqu'il y a moins de vaches pour produire le même quota, les frais variables liés aux vaches en moins sont aussi pris en compte. Imaginez faire 50 kg de quota avec 40 génisses de remplacement nourries de fourrages de bonne qualité, compara­tivement à faire 50 kg de quota avec 60 génisses nourries de fourrages moyens. Les revenus seront les mêmes pour ces deux situations, mais auront-elles le même solde financier ? Les dépenses alimentaires, dans le deuxième cas, seront de loin supérieures, en raison de la quantité de concentrés nécessaires pour pallier la qualité des fourrages et les 20 taures de plus à alimenter ! Il restera donc beaucoup moins d'argent par kilo de gras livré !

C'est ce qu'avance également René Roy, agroéconomiste chez Valacta, dans le rapport annuel 2013 de cet organisme : « La marge sur le coût d'alimentation par kilo de matière grasse produit est le meilleur indicateur pour analyser l'impact économique d'une stratégie d'alimentation. »

L'utilité du tableau mensuel La Coop
Le tableau mensuel La Coop, offert gratuitement aux clients du réseau, fusionne les informations des achats d'intrants, de la paie de lait et de Valacta. Il s'agit d'un bulletin qui, tous les mois, permet de voir rapidement les points forts, les tendances et les points à améliorer. Dans l'exemple du tableau 4, la marge de 12,02 $/kg, qui est encadré, est un excellent résultat. Pour l'atteindre, il faut exceller partout : dans la qualité des fourrages, le nombre de taures, le nombre de vaches pour faire le quota, les composants, les coûts d'alimentation totaux, etc. Une fois cette marge élevée atteinte, il faut s'assurer de livrer toute la quantité prévue au quota !

Quelles sont les vaches les plus rentables dans une ferme ?
Parmi les éléments clés d'une bonne rentabilité, il y a la vente supplémentaire de kilos de protéine pour un même quota produit et la réduction des frais variables, attribuables au nombre de vaches en moins.
« Mes vaches en fin de lactation produisent moins, mais elles ne me coûtent pas cher. J'aime autant avoir quelques vaches de plus pour faire mon lait ! » On entend cette phrase très souvent. Avec un prix de fourrages aussi bas que 180 $/tm (coût de production des fermes très performantes), regardons ce que ces vaches génèrent comme marge par kilo de gras, sans tenir compte des frais d'alimentation des taures, qui seront plus nombreuses si l'on désire faire le quota avec plus de vaches. On parle ici de marge par kilo de gras pour les vaches seulement (comme indiqué à la page 2 de votre tableau mensuel La Coop).

Simulations avec trois vaches : 40, 30 et 20 kg de lait
Lorsqu'on calcule le coût quotidien des concentrés par vache et par hectolitre de lait produit, on constate que plus il y a de lait, plus ça coûte cher. Par contre, quand on ajoute les fourrages au prix de 180 $/tm et qu'on tient compte de la production des vaches, autant en quantité qu'en composants, les plus faibles coûts/hl proviennent des grandes productrices, et la plus importante marge de profit/kilo de gras provient de ces mêmes vaches.

Imaginez deux situations extrêmes à partir d'exemples d'une même ferme, avec les rations et les rendements du tableau 5 de la page 26. Vous produisez 50 kg de gras, avec des vaches qui, en moyenne, enregistrent une marge de 14,35 $/kg, comme celles du groupe des 40 kg de lait dans le tableau. Résultat : le groupe produit 1,56 kg de gras/jour et génère 717,50 $/jour de revenu net (revenu net total du lait moins les frais d'alimentation des vaches). Maintenant, faites le même exercice avec les mêmes 50 kg de gras, mais avec le groupe des 20 kg de lait en moyenne. Résultat : ce groupe produit 0,86 kg de gras/jour et génère 13,43 $/kg. Il enregistre 671,50 $/jour de marge, soit 16 790 $ de moins par année que le groupe de 40 kg de lait ! Vous direz que c'est énorme, mais faire 50 kg de gras avec des marges par kilo dif­férentes de seulement 0,92 $ (14,35 $ – 13,43 $), c'est effectivement ce que ça donne ! Il y a donc une certaine corrélation entre une production élevée et une marge élevée, mais ce n'est pas une règle automatique : il peut très bien y avoir des fermes avec des productions très différentes, mais avec des marges comparables.

Tableau 4 – Un exemple du tableau mensuel La Coop


Produire ces 50 kg de gras avec les deux fermes de l'exemple du paragraphe précédent, c'est produire le quota avec 32 (40 kg de lait/jour) ou 58 (20 kg de lait/jour) vaches en lactation.

Dans le deuxième cas, il faut alors 81 % plus de vaches pour produire le même quota ! Avec un taux de réforme comparable de 35 %, ces 26 vaches en lactation supplémentaires entraînent un nombre additionnel de 18 taures à élever, avec les frais variables qui s'y rattachent. Si on ne considère que l'alimentation pour les amener au vêlage (autour de 1600 $), ces 18 taures de plus coûteront environ 15 000 $ par année…

Et le ratio kilos de lait/kilo de concentré, dans tout ça ?
Ce n'est pas le ratio qui fait la liquidité à la fin du mois, mais bien la différence entre les revenus totaux et les dépenses totales.
Bien sûr, on vise le plus de lait produit par kilo de concentré servi. Le ratio 3 pour 1 est un repère.

Vous avez 50 kg de quota effectif et manquez de lait pour faire les deux jours supplémentaires permis. Le niveau de fibre de la ration vous permet d'ajouter sans crainte 1 kg de maïs-grain. Sup­posons que la production monte de 1,66 kg de lait par vache et qu'elle permet de produire ces deux jours. Un kilo de grain pour 1,66 kg de lait : un très mauvais ratio, direz-vous. Et vous avez raison. Pourtant, ce serait une très bonne décision économique : si ces journées additionnelles vous échappent, vous ne pourrez pas les reprendre. Il n'est pas question d'ajouter des concentrés et d'entraîner une acidose, mais de servir une ration bien calculée et nécessaire aux vaches, selon leur potentiel de production. Ce n'est pas le ratio qui fait la liquidité à la fin du mois, mais bien la différence entre les revenus totaux et les dépenses totales.

Donc, si je donne pour 0,22 $ de maïs à 50 vaches qui en ont besoin et qui me rapportent 1,25 $ de lait/jour chacune, c'est 1,03 $/jour à aller chercher par vache, soit 1545 $/mois. À 300 ml d'augmentation de production de lait par vache-jour pour ce kilo de grain additionnel, ce serait le point mort, donc pas trop de risque, non ?

Tableau 5 – Marge par kilo de gras selon la production et l'alimentation


Question de rentabilité
Les concentrés sont là pour complémenter vos fourrages, et une ration bien équilibrée a pour rôle de faire produire les vaches, de les garder en bonne santé et de vous permettre de faire le plus d'argent possible.

Si, par exemple, vous diminuez les quantités de concentrés pour en abaisser le coût de 2 $/hl, et que la ration en a besoin selon le potentiel des vaches et la qualité des fourrages, l'impact pourrait être négatif sur la santé, la production et la marge par kilo de gras. Donc, s'ajouteront des frais de vétérinaire et d'achat de vaches. Rappelez-vous aussi que le nerf de la guerre, ce sera toujours la qualité des fourrages récoltés, bien conservés et servis aux vaches à volonté !

Prenez le temps de mesurer vos résultats et de cibler vos objectifs. Les experts-conseils La Coop sont là pour vous aider à les atteindre. Ils ont tous les outils pour le faire.

Et la prochaine fois que quelqu'un vous demandera votre coût de concentrés par hectolitre, parlez-lui plutôt de votre marge par kilo de gras, car vous savez qu'il faut aller plus loin que les coûts…
 
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