Entretiens
La recherche fait rapidement progresser l'aviculture. Mais il y a des étapes à respecter avant de passer de la station de recherche au poulailler.
Dans le numéro d'octobre 2012 du Coopérateur (« La R-D en aviculture, croissance et innovation »), on vous présentait la Station de recherche avicole Coop (SRAC) où sont réalisés de nombreux essais sur l'alimentation, la conduite d'élevage et la génétique des poules pondeuses et des poulets de chair. Bien sûr, les résultats de ces essais apportent des réponses très précises sur les performances zootechniques des oiseaux élevés dans diverses conditions.

Les conditions dans lesquelles sont effectuées ces recherches, c'est-à-dire à plus petite échelle, nécessitent une phase de transfert pour leur application à l'échelle commerciale. On ne peut donc pas se contenter d'un simple « copier-coller ».

Si on fait un parallèle avec le domaine alimentaire, il existe des cuisines de recherche et de développement, où l'on expérimente des recettes et détermine les dosages, des cuisines-pilotes, où une tentative d'industrialisation des procédés sera effectuée pour ajuster les paramètres de production à une échelle plus grande, et des cuisines de « phase finale », où on fait une mise en application à l'échelle industrielle.

Eh bien, il en est à peu près de même pour les nouvelles technologies en aviculture. Que ce soient de nouvelles techniques dans les aliments ou pour la conduite de l'élevage, il est primordial de transposer nos trouvailles de la SRAC à l'échelle commerciale, en passant par une étape qu'on appelle dans notre jargon « la recherche commerciale » ou recherche appliquée. Pour ce faire, nous prenons la technologie étudiée à la SRAC, nous rencontrons les intervenants concernés qui travaillent au niveau commercial pour discuter de cette nouvelle technologie et, s'il y a lieu, ajuster certains paramètres. Enfin, toujours avec les intervenants appropriés, nous faisons l'essai de la nouvelle technologie à une plus grande échelle.

Une image vaut mille mots. Par exemple, dans le poulet de chair, l'expression « plus grande échelle » peut signifier de faire l'essai sur deux poulaillers de trois étages comptant chacun 20 000 oiseaux. Un des deux poulaillers servira alors de témoin, c'est-à-dire qu'on y appliquera une technologie éprouvée et généralement de pratique courante au sein de l'industrie. Dans l'autre poulailler, la nouvelle technologie sera mise à l'essai.

Nul doute qu'en réalisant cet essai à plus grande échelle, nous tentons de maîtriser le maximum de paramètres pour qu'il y ait le moins de variables possible entre les deux poulaillers, tout en étant conscients que cette maîtrise sera de moindre envergure qu'à la station de recherche. Les différences pouvant survenir au courant de l'élevage doivent être minimisées le plus possible entre les deux poulaillers à l'étude. Dans cet exemple, donc, il serait souhaitable que l'entrée des poussins se fasse le même jour dans les deux poulaillers – afin de minimiser l'effet des conditions climatiques extérieures et leurs répercussions sur l'ambiance du poulailler –, que les poulets fassent l'objet de la même conduite, que les tournées de poulaillers s'effectuent de la même façon, etc. Pourquoi tout ce processus strict ? Pour maximiser l'exactitude et la justesse de la mesure de la réponse à la nouvelle technologie.

Voici quelques exemples de projets ayant passé par ce processus de recherche et développement en production avicole au cours des dernières années :
• les lumières DEL dans l'élevage des pondeuses et poulets de chair;
• les solutions de rechange aux copeaux de bois dans les élevages de poulets de chair;
• la mise sur pied des programmes alimentaires et nutritionnels des gammes « STD » et « HP » pour poulets de chair; et
• le raffinement nutritionnel des aliments pour pondeuses commerciales afin de diminuer les problèmes métaboliques, tels que le foie gras, tout en maximisant la production d'œufs.

L'erreur est toujours possible, quand vient le temps de mesurer, et c'est ce qui nous importe lorsque nous sommes en phase de transfert technologique à l'échelle commerciale. Cette erreur, s'il y en a une lors de la mesure, sera multipliée par l'écart entre l'échelle de l'essai et l'échelle commerciale. De quelques milliers d'oiseaux lors des essais à quelques millions en phase commerciale, l'erreur n'a pas besoin d'être grande pour qu'elle ait un gros impact…

Passer de façon graduelle à l'échelle commerciale permet aussi de mettre en place une nouvelle technologie sans qu'un problème surgisse avec un paramètre qui n'avait pas été mesuré lors des essais à plus petite échelle (soit parce que ce paramètre était de peu d'importance à petite échelle, mais qu'il l'est devenu à plus grande échelle). Une des forces du réseau La Coop, c'est de pouvoir mener des essais à l'échelle commerciale avec les technologies les plus prometteuses, dans les meilleures conditions pour les tester, et de rendre rapidement accessibles les avancées qui passeront l'épreuve ultime : la satisfaction du producteur.
 
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