Entretiens
Brigitte Lapierre, agronome
Conseillère spécialisée en plantes fourragères et en conservateurs d'ensilage
La Coop fédérée
brigitte.lapierre@lacoop.coop
Lorsqu'on parle de conservation d'ensilage, le mot à la mode est « buchneri ». Les Lactobacillus buchneri sont des bactéries qui aident à maintenir la stabilité aérobie des ensilages. Devrais-je en utiliser dans l'ensilage de luzerne ? Est-ce que je peux en mettre sur le dessus de mon silo ? Est-ce aussi efficace que l'acide propionique ? Est-ce que tous les L. buchneri agissent de la même façon ? Voilà quelques questions que vous vous êtes sûrement déjà posées si vous utilisez l'ensilage comme mode de conservation. Le but de cet article est d'expliquer comment bien les utiliser.

Pour assurer un ensilage stable et de qualité, quatre éléments sont requis :
• une teneur adéquate en humidité;
• un niveau suffisant de sucres dans la plante;
• le retrait rapide de l'oxygène;
• une prédominance de bactéries productrices d'acide lactique efficaces.

Photo 1
Ensilage non traité, jour 2
Photo 2
Ensilage traité avec Biotal Buchneri 500, jour 3
Photo 3
Ensilage traité avec Enersile B,
jour 3
Photo 4
Ensilage traité avec 11CFT, jour 3
Photo 5
Ensilage traité avec de l'acide propionique, jour 14
Sur le marché québécois, deux principales sources de bactéries productrices d'acide lactique sont offertes : les homofermentaires (consomment des sucres et produisent de l'acide lactique) et les hétérofermentaires (consomment des sucres et produisent de l'acide lactique et de l'acide acétique).

Les bactéries homofermentaires, dont l'espèce la plus courante est Lactobacillus plantarum, permettent d'abaisser rapidement le pH. Cela permet de mieux conserver l'intégrité des nutriments tels que la protéine et une partie des sucres. La perte de matière sèche est aussi diminuée grâce à la grande efficacité de ces bactéries. Toutefois, l'acide lactique n'a pas de propriétés antifon­giques. Pour limiter la propagation des moisissures, il faut donc s'assurer de l'étanchéité du silo et de prélever suffisamment d'ensilage chaque jour. Le tableau de la page 39 résume bien la quantité d'ensilage que l'on devrait prélever quotidiennement selon le type de silo et la température extérieure.

Les bactéries hétérofermentaires, dont fait partie L. buchneri, aident à maintenir la stabilité de l'ensilage exposé à l'air grâce à l'acide acétique et à d'autres produits de fermentation. Cette espèce est donc tout à fait appropriée pour les ensilages servis au cours de l'été ou lorsque la quantité quoti­dienne prélevée est insuffisante pour empêcher la dégradation de l'ensilage exposé à l'air. Bien que les inoculants L. buchneri puissent fonctionner de la même façon avec les ensilages de luzerne et de graminées, la stabilité aérobie (en présence d'air) est plus problématique pour les ensilazges contenant de grandes quantités d'amidon, comme c'est le cas pour les céréales et le maïs. De plus, il est primordial de savoir que cette bactérie nécessite de un à deux mois après la mise en silo pour produire une quantité d'acide acétique suffisante pour inhiber les microbes indésirables.

Épaisseur minimale d'ensilage à prélever quotidiennement selon le type d'entreposage et la température extérieure


La Ferme de recherche en productions végétales de La Coop fédérée, en collaboration avec l'entreprise Agro-Bio Contrôle inc., a réalisé un essai à l'automne 2013 afin de vérifier que peu importe la souche de L. buchneri, l'utilisation d'une telle espèce dans le haut du silo n'est pas la meilleure affaire ! Pour ce faire, trois produits commercialisés au Québec et contenant des L. buchneri (11CFT de Pioneer, Biotal Buchneri 500 de Lallemand et Enersile B de La Coop) ont été comparés à l'utilisation de l'acide propionique (Solution Foin) et à de l'ensilage non traité. L'essai s'est déroulé en minisilos (chaudières de 5 gallons - 23 litres) avec l'hybride de maïs-ensilage Elite « Durango », qui est bien adapté dans une zone de maturité de 2400 à 2700 UTM.

La récolte de l'ensilage s'est effectuée le 30 août 2013 et deux chaudières par traitement ont été ouvertes le 3 septembre 2013 (jour 0). Les chaudières ouvertes seulement trois jours après la récolte représentent bien les conditions d'une partie supérieure de silo non fermé à partir de laquelle on sert de l'ensilage non fermenté aux vaches. La température des ensilages ainsi que l'apparition des moisissures ont été notées chaque jour, et ce, pendant une période de 14 jours.

Résultats : au jour 2 (le 5 septembre), l'ensi­lage non traité commençait déjà à montrer des signes de moisissures (photo 1). Au jour 3 (le 7 septembre), tous les ensilages traités avec un L. buchneri commençaient eux aussi à présenter des signes de prolifération d'organismes non souhaités (photos 2, 3 et 4). Seul l'ensilage traité avec de l'acide propionique (Solution Foin) a maintenu un ensilage de qualité, même exposé à l'air ambiant, et ce, jusqu'à 14 jours (photo 5).

Cet essai se voulait surtout qualitatif quant à la détérioration de l'ensilage exposé immédiatement à l'air et non fermenté. Il a quand même bien démontré que les L. buchneri nécessitent vraiment plus que quelques jours avant que leurs produits de fermentation soient efficaces pour tenir en échec les levures ou moisissures, comme stipulé dans les références scientifiques, peu importe la souche utilisée.

Dans le cadre de cette expérience, on a conservé d'autres minisilos scellés pendant au moins 90 jours. Plusieurs autres données seront mesurées (par exemple, la stabilité aérobie, la digestibilité, le profil d'acides organiques, l'azote ammoniacal, etc.) sur leur contenu. Cet essai en minisilos bien compactés et hermétiques à 100 % procure des conditions idéales de conservation de l'ensilage.

En résumé, l'usage de bactéries L. buchneri est approprié – surtout pour l'ensilage de maïs, à cause de sa forte teneur en amidon – lorsqu'un problème de stabilité aérobie est appréhendé ou encore par journées chaudes, lorsque l'ensilage risque de se détériorer. Si l'ensilage est traité aux L. buchneri, mais qu'il n'a pas fermenté au moins de 30 à 60 jours, la maîtrise de la prolifération des levures et moisissures n'est vraiment pas assurée.

Si vous n'avez pas de problèmes de stabilité aérobie, l'usage de bactéries homofermentaires, comme celles contenues dans Coop Sile II ou Enersile 5, est tout à fait approprié. Ces bactéries permettront à votre troupeau d'atteindre de meilleures performances.

Toutefois, rappelez-vous que peu importe la source de bactéries utilisée, celle-ci ne remplacera pas une bonne régie. Les additifs d'ensilage doivent être utilisés dans le but qu'un bon ensilage soit meilleur et non pas qu'un mauvais ensilage devienne bon !
 
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés