Entretiens
En théorie, l'augmentation de la taille des entreprises peut se traduire par des économies de coûts et des gains de productivité. L'analyse des ratios financiers permet de rendre compte de l'incidence de la taille des entreprises sur leur rentabilité économique et financière.
Par Clodéric Marquis
Direction des politiques et analyses des risques agricoles
Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
La taille des entreprises peut se définir selon différents critères, tels que le revenu, la superficie, le nombre d'employés, etc. Pour les besoins de notre analyse, le critère du revenu semble le plus approprié pour classer les entreprises. Toutefois, des questions subsistent. Qu'est-ce qu'une petite entreprise et qu'est-ce qu'une grande entreprise ? Est-ce qu'une petite entreprise porcine réalise un chiffre d'affaires similaire à celui d'une petite entreprise céréalière ? Par exemple, une entreprise qui fait un chiffre d'affaires de 100 000 $ peut être considérée comme grande dans la culture de l'ail biologique, mais elle serait tenue pour petite dans l'élevage porcin.

À l'aide d'une extraction spéciale de l'Enquête financière sur les fermes, établie par Statistique Canada, on a réalisé une analyse du bilan et des états financiers de 2000 entreprises québécoises ayant des revenus bruts minimaux de 10 000 $ et classées en fonction de la taille. Concernant ce dernier critère, l'analyse a aussi porté sur les secteurs bovins laitiers, céréales et oléagineux, bovins de boucherie, porcs, et volailles et œufs, ainsi que sur l'ensemble du secteur agricole. Il faut noter qu'une ferme est classée dans une production précise si elle tire 50 % ou plus de son revenu de cette activité, et que l'analyse concerne la période 2006-2011.

Les petites entreprises représentent le tiers des entreprises avec le revenu brut le plus faible, les moyennes entreprises composent le tiers suivant et les grandes forment le tiers des entreprises au revenu brut le plus élevé. Cette approche tient compte des particularités propres à caractériser la taille de chacun des secteurs, comparativement à un intervalle fixe relatif aux revenus appliqué à tous les secteurs.

Le tableau 1 établit la comparaison du revenu agricole brut des fermes de l'échantillon, en moyenne, selon la taille de l'entreprise et le type de production. Tous les calculs qui suivent tiennent compte des paiements de programme de sécurité du revenu.

Tableau 1 - Comparaison du revenu agricole brut des fermes de l'échantillon (moyenne pour 2006-2011)
Taille Céréales Bovins Lait Porcs Volailles Tous
Petite (33 %) 35 665 $ 23 789 $ 174 686 $ 103 660 $ 190 024 $ 51 496 $
Moyenne (33 %) 113 247 $ 59 764 $ 333 621 $ 387 185 $ 703 182 $ 222 805 $
Grande (33 %) 521 092 $ 434 256 $ 687 552 $ 1 273 559 $ 2 053 742 $ 772 712 $
Globale (100 %) 223 944 $ 173 238 $ 399 102 $ 591 454 $ 985 987 $ 305 568 $
Source : Statistique Canada, Enquête financière sur les fermes, extraction spéciale; compilation du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ)


Il est important de préciser que les résultats suivants représentent des constatations générales qui reflètent la moyenne des entreprises. Dans toutes les productions, il y a des entreprises qui obtiennent de meilleurs ou de pires résultats sans égard à leur taille.

À noter que pour certains secteurs, tels que le bovin de boucherie et le porc, l'effet de la taille doit s'interpréter avec une certaine prudence. Les données extraites de l'Enquête financière sur les fermes ne permettent pas de distinguer, par exemple, les entreprises de vache-veau (qui peuvent être prépondérantes dans une classe de revenu) de celles de bouvillons (qui peuvent l'être dans une classe différente). Il en va de même pour les entreprises porcines de type naisseur, naisseur-finisseur et finisseur. Cette disparité entre les systèmes de production peut influencer la comparaison des ratios financiers. Les résultats sont néanmoins présentés en raison de leur valeur à titre informatif. Il est aussi à noter que l'analyse reflète le contexte des entreprises au Québec.

Marge bénéficiaire et taille
des entreprises

La marge bénéficiaire équivaut à la part de profit sur un dollar de revenu agricole brut. Pour la calculer, on retranche du bénéfice net d'exploitation l'amortissement (estimé) et on divise le résultat obtenu par les revenus bruts totaux. Un résultat négatif révèle une perte économique pour l'entreprise, alors qu'un résultat positif indique un profit (tableau 2).

À cet égard, le pourcentage de profit sur un dollar de revenu agricole brut augmente en proportion de la taille dans les cultures de céréales et oléagineux de même que dans les élevages de bovins de boucherie. Les économies de taille et l'utilisation des capitaux de façon plus intensive expliquent en partie ces résultats.

Le ratio est stable pour ce qui est des productions soumises à la gestion de l'offre. Ce système assure une plus grande stabilité en ce qui a trait à la marge bénéficiaire entre les diverses tailles d'entreprises.

Finalement, le ratio diminue dans les exploitations porcines à mesure que leur taille augmente. Cela est attribuable aux différences dans le système de production. Les naisseurs se retrouvent davantage dans la catégorie petite taille, alors que les naisseurs-finisseurs sont davantage de taille moyenne et que les finisseurs sont davantage de grande taille.

Tableau 2 - Marge bénéficiaire selon la taille des entreprises et leur type de production (moyenne pour 2006-2011)
Taille Céréales Bovins Lait Porcs Volailles Tous
Petite (33 %) – 14,8 % – 21,8 % 17,1 % 10,8 % 9,3 % – 1,1 %
Moyenne (33 %) 6,3 % 3,3 % 17,1 % 5,8 % 12,2 % 15,6 %
Grande (33 %) 9,5 % 4,3 % 14,8 % 2,4 % 11,6 % 10,6 %
Globale (100 %) 7,7 % 3,1 % 15,8 % 3,6 % 11,6 % 10,3 %
Source : Statistique Canada, Enquête financière sur les fermes, extraction spéciale; compilation du MAPAQ


Tableau 3- Ratio de paiements de programme selon la taille des entreprises et leur type de production (moyenne pour 2006-2011)
Taille Céréales Bovins Lait Porcs Volailles Tous
Petite (33 %) 18,1 % 40,8 % 3,8 % 10,7 % 2,8 % 25,2 %
Moyenne (33 %) 13,3 % 39,7 % 4,2 % 20,9 % 1,8 % 9,6 %
Grande (33 %) 9,6 % 22,3 % 4,6 % 18,3 % 1,7 % 8,4 %
Globale (100 %) 10,7 % 25,2 % 4,3 % 18,4 % 1,3 % 8,9 %
Source : Statistique Canada, Enquête financière sur les fermes, extraction spéciale; compilation du MAPAQ


Proportion des paiements de
programme et taille de l'entreprise

Le ratio des paiements de programme correspond au pourcentage de paiements de programme par dollar de revenu agricole brut. Pour établir ce ratio, on divise les paiements de programme reçus par l'entreprise par ses revenus bruts totaux.

Dans l'ensemble des productions, exception faite des secteurs porcin et laitier, les paiements de programme diminuent à mesure que la taille de l'entreprise augmente (tableau 3). En effet, les économies de taille obtenues permettent à l'entreprise de générer davantage de revenus bruts, ce qui contribue à réduire la part de l'aide publique dans le revenu brut de l'entreprise. Pour la production porcine, les différents systèmes de production, de même que la présence d'entreprises contractuelles, expliqueraient en partie cette relation.

Taux d'endettement et taille
des entreprises

Le taux d'endettement correspond au pourcentage d'actif qui est financé au moyen de la dette. Pour calculer ce taux, on divise le passif total par l'actif total de l'entreprise. Il est à noter qu'il s'agit de l'actif et du passif selon la valeur marchande.

Pour toutes les productions, le taux d'endettement augmente suivant la taille des entreprises. Ces résultats corroborent l'idée que l'entreprise qui cherche à développer ses activités financera ses projets davantage en contractant des emprunts qu'en utilisant ses liquidités. (figure 1).

Figure 1
Taux d'endettement selon la taille des entreprises et leur type de production (moyenne pour 2006-2011)

Source : Statistique Canada, Enquête financière sur les fermes, extraction spéciale; compilation du MAPAQ

Productivité du capital et taille
des entreprises

La productivité du capital équivaut à la capacité de l'entreprise à réaliser des ventes de produits au moyen de ses actifs productifs. Elle se mesure en divisant les ventes par les actifs à long terme. À titre d'exemple, dans le tableau 4, (page de droite) le ratio de la productivité du capital pour les petites entreprises céréalières s'interprète comme suit : chaque tranche de 100 $ d'actif génère un revenu du marché de 5,50 $.

Le tableau 4 montre que plus la taille de l'entreprise augmente, plus la productivité du capital s'accroît. Si l'on dresse un parallèle avec le taux d'endettement, ces résultats montrent que les entreprises qui empruntent pour investir dans des actifs productifs peuvent réaliser des économies de taille, qui se traduisent par une augmentation de la productivité du capital.

Investissement dans l'entreprise
et rendement de l'actif

Le rendement de l'actif est un indice de l'efficacité de l'entreprise en matière d'utilisation des capitaux, financés par le propriétaire ou par les créanciers. Cette mesure s'obtient en divisant le bénéfice net avant impôt, intérêts et amortissement par l'actif total. Un ratio élevé signifie un rendement d'investissement supérieur.

Le tableau 5 révèle que pour tous les secteurs, à l'exception du secteur porcin, le rendement de l'actif s'accroît en conformité avec la taille. Par conséquent, un investissement dans une entreprise augmente, en moyenne, le rendement obtenu de cette entreprise. L'amélioration du ratio de la marge bénéficiaire et de la productivité du capital, relativement à la taille, se traduit ainsi par une augmentation du rendement de l'actif.

Des entreprises agricoles hétérogènes
On remarque, en général, que les ratios financiers s'améliorent à mesure que la taille de l'entreprise croît, peu importe le type de production. Les économies de taille, l'utilisation plus intensive des actifs et l'augmentation des activités de l'entreprise expliquent en partie ce phénomène. Toutefois, dans toutes les catégories de taille d'entreprise comme dans tous les types de production, on trouve des entreprises performantes et d'autres moins performantes sur le plan des ratios financiers. Par exemple, une entreprise de petite taille peut se démarquer sur le plan des résultats économiques et financiers par les choix de gestion de l'entrepreneur. Il pourrait décider de faire partie d'une coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA) plutôt que d'acheter de la machinerie qui resterait sous-utilisée, ou encore de réduire ses frais de main-d'œuvre en faisant partie d'une coopérative d'utilisation de main-d'œuvre partagée.

Tableau 4 - Ratio de la productivité du capital selon la taille des entreprises et leur type de production (moyenne pour 2006-2011)
Taille Céréales Bovins Lait Porcs Volailles Tous
Petite (33 %) 0,055 0,038 0,134 0,139 0,150 0,069
Moyenne (33 %) 0,104 0,067 0,154 0,320 0,222 0,144
Grande (33 %) 0,243 0,461 0,221 0,661 0,329 0,289
Globale (100 %) 0,150 0,210 0,161 0,402 0,234 0,202
Source : Statistique Canada, Enquête financière sur les fermes, extraction spéciale; compilation du MAPAQ


Tableau 5 - Rendement de l'actif selon la taille des entreprises et leur type de production (moyenne pour 2006-2011)
Taille Céréales Bovins Lait Porcs Volailles Tous
Petite (33 %) – 0,6 % – 1,0 % 3,2 % 3,6 % 1,8 % 0,5 %
Moyenne (33 %) 1,2 % 1,1 % 3,8 % 3,8 % 3,4 % 3,3 %
Grande (33 %) 2,8 % 3,3 % 4,2 % 3,4 % 3,7 % 3,9 %
Globale (100 %) 2,1 % 1,9 % 3,9 % 3,5 % 3,5 % 3,3 %
Source : Statistique Canada, Enquête financière sur les fermes, extraction spéciale; compilation du MAPAQ


Par ailleurs, l'hétérogénéité des ratios financiers révèle que les besoins des entreprises sont tout aussi diversifiés selon leur taille et leur type de production. À cet égard, les outils collectifs de gestion des risques ont un rôle à jouer pour soutenir la pérennité des entreprises, mais on constate qu'ils ont des limites pour ce qui est de satisfaire les exigences particulières des entreprises, exigences qui sont déterminées par le type de production et la taille.
 
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