Entretiens
Dans plusieurs entreprises apicoles, l'opération du conditionnement du miel est limitative et retarde l'extraction du miel. D'une part, la capacité de déshumidification est insuffisante. D'autre part, la circulation de l'air à travers les rayons est inexistante. Le système de conditionnement du miel qui a été implanté dans l'entreprise Miel des Ruisseaux améliore de façon notoire la productivité en ce qui touche l'extraction du miel.
Patrick Fortier, apiculteur et
Jocelyn Marceau, ingénieur
Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
Le conditionnement du miel est une étape importante et préalable à son extraction. Lors de l'extraction, on vise un miel qui a une teneur en eau avoisinant 17,2 %. Le miel est hygroscopique1, ce qui fait qu'il est possible de le déshydrater au besoin.

Lorsqu'on récolte le miel avant l'operculation ou lorsque les conditions météorologiques sont plutôt pluvieuses, il est souvent nécessaire d'y retirer de 2 à 3 % d'eau. La seule vraie méthode consiste à déshumidifier l'environnement du miel avant qu'il ne soit extrait. Ce processus s'effectue en faisant circuler de l'air chaud et sec autour du miel lorsqu'il est en rayon. Ainsi, l'air sec s'humidifie lors de son passage autour des rayons, puis est déshumidifié dans un cycle continuel. Une température de 30-33 oC et une humidité relative la plus basse possible (inférieure à 45 %) permettront au miel de perdre son surplus d'eau.

Afin de préserver la qualité originale du miel, ce processus doit être fait rapidement pour éviter la formation d'hydroxyméthylfural (HMF) et pour limiter l'accentuation de la couleur du miel2. À cette fin, deux conditions doivent être respectées : la capacité de déshumidification et la circulation de l'air entre les rayons.

Dans le cas d'une petite entreprise, l'usage d'un déshumidificateur domestique jumelé à un empilement des hausses en quinconce peut convenir. On peut aussi améliorer la circulation de l'air entre les rayons par différentes méthodes : chapeaux distributeurs ou empilement des hausses sur un plénum ventilé. Un déshumidificateur domestique a une capacité approximative de 10 litres/jour, ce qui est plutôt limitatif pour une entreprise de plus grande envergure. Pour un plus gros volume, il faut aménager une chambre dont les caractéristiques de déshumidification et de ventilation sont adaptées et qui offrira une vitesse adéquate de conditionnement du miel.

Détermination des besoins

Déshumidification
Pour en savoir plus…

…sur la chambre combinée pour l'hivernage des colonies d'abeilles et le conditionnement du miel, on pourra consulter le plan no 80280 sur le site Web d'Agri-Réseau : www.agrireseau.qc.ca/banqueplans/
Documents/Feuillet %2080280.pdf
Pour une humidité du miel de 20 % à la récolte, le système de conditionnement devrait avoir la capacité d'enlever environ 2,5 % de l'excédent en eau, et ce, dans un délai raisonnable. Ainsi, si 500 hausses à miel sont récoltées, en supposant environ 25 kg de miel par hausse, le système devrait retirer 312 litres d'eau avant l'extraction. Idéalement, le conditionnement du miel devrait se réaliser en moins de trois jours. Pour cette situation particulière, la capacité de déshumidification devrait être de l'ordre de 4,3 litres par heure, c'est-à-dire de 200 ml/hausse-jour approximativement.

Recirculation de l'air
L'absence de circulation de l'air à travers les piles de hausses est peu souhaitable. Sans circulation d'air, les rayons sur le dessus des piles s'assèchent rapidement comparativement aux rayons du bas et du centre des piles. Un débit d'air constant de 50 litres par seconde par pile de hausses donne d'excellents résultats.

Qualité de l'air
Il faut toujours se rappeler qu'on travaille avec un aliment. L'air chaud et déshumidifié passe à proximité du miel. L'air doit donc être exempt de poussière. Les surfaces des murs et du plafond de la chambre doivent être lisses et lavables. Il en est de même pour le plancher. Il est fortement suggéré que le béton soit recouvert d'un scellant. Le système de circulation de l'air doit être muni d'un filtre en amont du ventilateur. Un filtre cartonné permet la rétention de toute poussière de plus de 3 microns (voir photo 1, page de droite). On retrouve ce type de filtres en quincaillerie. Il peut être placé à l'entrée de l'évaporateur et sur la trappe ajustable ou être placé directement sur les piles de hausses.

L'adaptation de cette technique à la miellerie Miel des Ruisseaux

À l'été 2013, un bâtiment apicole y a été construit. L'entreprise exploite actuellement 250 ruches. Comme pour la plupart des entreprises apicoles, la chambre d'hivernage a été aménagée de façon à remplir deux vocations : l'hivernage des colonies d'abeilles et le conditionnement du miel. Ses dimensions sont de 7 m (22 pi) sur 9,5 m sur 5 m de hauteur.

Une palette adaptée
La manutention des hausses se fait sur palette de six piles. Chaque palette supporte 30 hausses et la manutention s'effectue avec un chariot élévateur. Un dégagement de 10 cm (4 po) au bas favorise la circulation de l'air. La palette de transport est ainsi ouverte des deux côtés, ce qui offre la possibilité d'adosser d'autres piles à l'arrière. Une feuille semi-rigide de polyéthylène est fixée au-dessous de la palette pour éviter que les gouttes de miel atteignent le plancher.

La circulation de l'air
Le défi consistait à concevoir un système de distribution d'air adapté à la manutention par palette et qui nécessiterait le minimum de manipulation. Le système de distribution d'air avec « chapeaux » mis au point par le MAPAQ s'appliquait difficilement (voir l'encadré « Pour en savoir plus »). Au lieu de propulser l'air par le dessus de la pile, l'air est plutôt aspiré par le bas. Pour ce faire, un mur plénum (voir la figure au bas de la page 51) a été aménagé. Les piles montées sur palettes sont appuyées contre le plénum dont le bas est ouvert en continu sur une hauteur de 100 mm (4 po). Cette ouverture donne sur le dégagement au bas des palettes. L'aspiration ou la circulation de l'air est produite par un ventilateur axial de 2000 litres par seconde qui peut fonctionner à une pression statique de 125 Pa (0,5 po d'eau).

La déshumidification
Pour la déshumidification, le système de réfrigération a été adapté en aménageant un ensemble de trappes amovibles qui permettent la récupération de l'énergie au niveau du condenseur. Afin de prévenir toute élévation de température dans la chambre, un condenseur auxiliaire placé à l'extérieur du bâtiment peut être actionné lorsque la température dépasse les 30 °C. L'ensemble des composantes électriques est géré par un automate programmé. Dans le cas présent, un contrôleur IC-610 de Monitrol a été utilisé. Ce dernier a été programmé spécialement pour les entreprises apicoles. Il gère à la fois les composantes en hivernage et le programme d'été (la déshumidification).

Photo 1
Filtre avec cadre en carton placé sur le retour de l'air dans une chambre de conditionnement du miel. Il faut remarquer la poussière retenue par le filtre qui, autrement, circulerait à travers les rayons.
  Photo 2
Palette spécialement adaptée de 48 po sur 40. Un dégagement de
4 po au bas permet l'aspiration de l'air chaud et sec introduit par le haut des hausses. Le fond de la palette est muni d'une feuille de PVC afin de prévenir que des gouttes de miel tombent au sol.
  Photo 3
Les palettes sont appuyées contre le mur du plénum. Le ventilateur situé dans la partie supérieure du plénum aspire l'air par une ouverture continue au bas du plénum qui donne sur le côté ouvert des palettes. Sur cette photo, quatre palettes sont appuyées directement au plénum et deux autres palettes sont adossées à la première. Dans ce cas-ci, 12 palettes sont ventilées. Un blocage en arrière et au bas de la dernière palette est requis. L'ouverture au bas étant continue, l'air entre par le dessus de toutes les piles.


Vue en coupe de la chambre combinée d'hivernage et de conditionnement du miel. En mode conditionnement, les hausses à miel sont appuyées sur un plénum et l'air est aspiré par le bas des hausses. La déshumidification de l'air se fait par l'évaporateur. Les ventilateurs de l'évaporateur sont désactivés et l'air est entraîné à travers les ailettes à faible vitesse (10 à 25 % du débit habituel). La trappe en guillotine de 3 pi2 est ajustée de façon à maximiser la condensation de l'eau. Après avoir été déshumidifié et refroidi, l'air récupère la chaleur du condenseur par une ouverture entre l'évaporateur et le compresseur (non illustré sur ce schéma).
Le système a été mis en marche en août 2013. Après quelques ajustements de la ventilation, le taux de condensation d'eau était de 4,65 litres par heure (ou 112 litres par jour). Théoriquement, ce rythme de déshumidification permettrait le conditionnement quotidien d'environ 180 hausses de miel desquelles il faudrait abaisser l'humidité de 2,5_%.

Il s'agit d'adosser les palettes directement au plénum et d'y faire circuler l'air (voir photo 3). Aménagée ainsi, toute la surface de la pièce est dégagée et il est possible d'adosser un grand nombre de hausses au plénum. La capacité de déshumidification étant élevée, il faut suivre à intervalles fréquents l'évolution de l'humidité du miel, car le processus est assez rapide. Le miel y séjourne peu de temps à une température pas plus élevée que 30°C. Cela occasionne une faible détérioration des propriétés originales du miel. En plus d'assurer une excellente productivité, ce système permet de maintenir un excellent standard de la qualité du miel.

 
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