Entretiens
Parce qu'elle fut la toute première à être formée, la CUMA de Saint-Fabien aura contribué à façonner le visage des coopératives d'utilisation de matériel agricole au Québec.
Par Nancy Malenfant,
conseillère aux affaires coopératives
La Coop fédérée nancy.malenfant@lacoop.coop
Au début des années 1990, l'idée de la coopé­rative d'utilisation de matériel agricole (CUMA) n'existait encore que dans la tête de Camille Morneau, conseiller au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) dans le Bas-Saint-Laurent. Au Québec du moins, puisque cette formule de partage de machinerie comptait déjà plusieurs décennies de succès chez nos cousins français. C'est d'ailleurs de l'autre côté de l'Atlantique que Camille Morneau a puisé son inspiration pour élaborer un modèle coopératif de partage d'équipement adapté à l'agriculture québécoise, dont il a fait l'objet de son mémoire de maîtrise universitaire.

Bon coup
Depuis l'an dernier, la CUMA compte une branche d'activité regroupant 11 éleveurs qui utilisent un logiciel de gestion des troupeaux ovins. Le logiciel Provin a d'abord été conçu par un groupe de producteurs. La prise en charge du projet par la coopérative a permis à ces derniers de bénéficier d'une subvention. Maintenant, la CUMA de Saint-Fabien est titulaire de la licence de ce logiciel et facture les membres de la branche pour les frais de mise à jour.

Mauvais coup
À la suite de quelques mauvais achats d'équipements, dont une ramasseuse de pierres dont la robustesse laissait à désirer, les administrateurs de la CUMA s'assurent maintenant que les membres de la branche d'activité ont cerné correctement leurs besoins et que la machine à acheter a bien été évaluée. Si nécessaire, ils valideront l'information provenant du vendeur auprès d'autres fournisseurs.

La CUMA de Saint-Fabien fut son premier bébé. Le contexte agricole de cette municipalité, située près de Rimouski, en faisait un terrain parfait pour l'implantation d'un tel regroupement. Les agriculteurs là-bas ont toujours eu l'habitude de s'entraider. Néanmoins, l'achat de machinerie en copropriété, qui faisait partie des pratiques depuis longtemps, a fini par présenter certaines limites, selon un des membres fondateurs de la coopérative, Jean-Pierre Coulombe. « Dans mon cas, nous avions acheté une moissonneuse-batteuse à trois et nous divisions toutes les dépenses à parts égales, raconte le producteur de lait. Au début, tout allait bien, car chacun battait à peu près la même surface. Mais quand un des copropriétaires s'est mis à produire moins de céréales, il ne voulait plus nécessairement payer pour les réparations de la batteuse. »

Le concept de la CUMA tombait donc à point pour les agriculteurs aux prises avec ce genre de situation. « C'est un système équitable pour tous, affirme Jean-Pierre Coulombe, qui occupe le poste de secrétaire de la CUMA. La coopérative s'occupe du financement, achète l'équipement et nous le loue ensuite à un tarif proportionnel à notre utilisation. C'est aussi positif pour les producteurs, puisque leur endettement et leur capacité d'emprunt ne sont pas affectés. »

Ce dernier et cinq autres producteurs de Saint-Fabien ont constitué le noyau de membres fondateurs de l'organisation, qui a officiellement vu le jour le 19 février 1991. L'année suivante, tous les producteurs agricoles de la municipalité ont été conviés à une réunion d'information, et une douzaine de nouvelles personnes ont adhéré à la coopérative. Vingt-trois ans plus tard, la CUMA compte 53 membres, qui se partagent des équipements dans 49 branches d'activité. La valeur à l'achat du parc de machinerie de la coopérative s'élève à 1,2 million $.


Les quelque 2000 habitants de la municipalité de Saint-Fabien peuvent se vanter d'avoir la coopération dans le sang. En plus de la CUMA, on y trouve trois autres coopératives : la caisse populaire, le marché d'alimentation et la coopérative agricole.
Des outils adaptés aux CUMA
De concert avec Camille Morneau, du MAPAQ, la CUMA de Saint-Fabien a contribué à l'amélioration de ce qui constitue la base des règlements et des contrats d'engagement dans les coopératives d'utilisation de matériel agricole. Elle a également participé, par ses commentaires et suggestions, à l'élaboration de CumaGestion, un logiciel indépendant conçu spécialement pour l'administration des CUMA. Le projet de conception du logiciel ayant bénéficié d'une subvention gouvernementale à l'époque, celui-ci est mis gratuitement à la disposition de quiconque en fait la demande. La dernière version a été lancée il y a déjà une dizaine d'années, mais des mises à jour périodiques et un service de dépannage sont toujours offerts.

La plupart des CUMA ont cependant décidé d'élaborer leurs propres pratiques administratives, en combinant les fonctionnalités d'un logiciel comptable et des grilles de calcul Excel, formule qu'elles jugent plus conviviale. Cependant, les adeptes de CumaGestion y trouvent nombre d'avantages. Ainsi, à l'instar d'une quinzaine de ses semblables québécoises, la CUMA de Saint-Fabien utilise toujours cet outil pour compiler l'information ayant trait à la coopérative et pour effectuer la comptabilité ainsi que la facturation des membres.


Les membres de la CUMA se partagent entre autres deux presses à balles carrées et une moissonneuse-batteuse.
Ces tâches reviennent au producteur laitier et directeur général Réjean Brillant, qui s'avoue content de pouvoir compter sur CumaGestion pour l'aider dans son travail. Le gestionnaire soutient qu'il économise beaucoup de temps et minimise les risques d'erreur, puisqu'il n'a pas à reporter des données d'un logiciel à un autre. « En plus, le logiciel comprend l'historique de toutes les machines depuis leur acquisition, dit-il. Comme toutes les pannes et réparations y sont répertoriées, il devient facile de relever les incidents répétitifs. »

En plus de sa participation à la mise au point des outils d'administration précédemment cités, la CUMA de Saint-Fabien a aussi exercé des pressions auprès de La Financière agricole du Québec afin que les coopératives d'utilisation de matériel agricole puissent bénéficier de ses services de financement. Ces démarches ont porté leurs fruits, puisque les règles ont été modifiées en 1995 afin que des prêts puissent être accordés aux CUMA par La Financière agricole pour l'achat d'équipement.

Des avantages qui ne se démentent pas
La CUMA de Saint-Fabien est là pour durer, car elle répond à des besoins qui ne disparaîtront pas de sitôt. Selon l'administrateur et producteur laitier François Pigeon, la formule est idéale puisqu'elle permet d'acquérir des équipements dont l'usage est peu fréquent et dont le coût d'achat s'avère prohibitif pour une personne seule. « Par exemple, nous partageons à trois un épandeur à engrais qui épand sur une largeur de 120 pi, illustre-t-il. C'est le genre de machinerie dont je me sers deux jours dans l'année. Ça vaut la peine de prendre le téléphone pour planifier avec les autres utilisateurs quand chacun va l'utiliser. »

Le producteur ovin Vincent Couture est entré dans la CUMA il y a 20 ans, pour le partage d'une presse-enrubanneuse à balles rondes avec trois voisins. « C'est la quatrième fois qu'on la renouvelle depuis ce temps, dit l'administrateur. La CUMA nous a permis d'avoir un équipement à la fine pointe tous les cinq ans. Cela nous permet de récolter rapidement avec une machine performante. »
 
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