s carreaux blancs de la laiterie, fraîchement vadrouillée, avec mes bottes qui laissent des traînées boueuses. Alors que c'est en 2001 que ce local a été complètement rénové, on croirait qu'on a fini de le construire hier soir. Aux murs, les certificats de haute production étincellent autant que la céramique et donnent une impression durable de professionnalisme aux lieux et à ses occupants.
Entretiens
Texte et photos d'Étienne Gosselin, agr., M. Sc.
Au Québec, sur 5391 gîtes, hôtels et auberges, seulement 0,6 % arborent cinq étoiles. En est-il de même de nos étables, où sont hébergées à longueur d'année nos vaches laitières ? Sur la route des vacances, Le Coopérateur visite ce mois-ci trois étables confortables : un palais montérégien, un château beauceron et un palace bas-laurentien !

L'expérience du confort

Les frères Brault étaient aux prises avec un problème : comment croître quand quota ou terres à vendre sont rarissimes ? Ils ont finalement décidé de « faire plus par en dedans » en offrant davantage de confort aux 180 animaux – dont 100 vaches en lactation – qu'ils hébergent.

Sur deux ans, Sylvain Brault a minutieusement passé en revue chaque mètre carré de son étable pour la doter des meilleurs équipements, sans oublier la gestion, partie intégrante du confort.


Améliorer le confort d'une étable laitière est un processus continu pour Sylvain Brault et son frère Christian, de la ferme Brault et Frères. Il y a toujours un élément à corriger, un paramètre à régler. Appuyés par leur expert-conseil, Simon-Pierre Loiselle, de La Coop des Frontières, les frères ont pour philosophie d'offrir à leurs animaux un logement confortable et des rations équilibrées, qui auront comme conséquence la bonne santé du troupeau. Et sa performance. Par exemple, ils n'hésitent pas à sortir la faucheuse quand les plantes fourragères dosent 22 % de protéines. « On ne parle pas de poudre magique ici, dit Simon-Pierre. Que du concret ! »

Il en est de même en matière de bien-être animal. Les Brault ont fait confiance à leurs cinq sens pour offrir aux vaches le meilleur du meilleur. Systématiques, ils ont commencé par le commencement. Comme seul un supplément pour vaches en début lactation a été introduit dans les deux dernières années, la ration n'a pas varié grandement. Idem du côté de la génétique : on utilise les meilleurs taureaux et la stratégie n'a pas changé non plus. Les conditions étaient donc réunies pour la réalisation d'une expérimentation en conditions réelles sur le confort des vaches.

Première observation : les vaches de première lactation « cassaient en lait » quand on les déplaçait du groupe 1 d'alimentation au groupe 2. « On les a donc réunies en un groupe à part, de sorte que la dominance est moins forte, explique Sylvain Brault. La persistance en lait est meilleure, car les vaches sont moins stressées quand elles vont s'alimenter. Elles bénéficient de plus d'heures de mangeoire. Les vaches de première lactation qui sont elles-mêmes trop dominantes sont transférées dans un autre groupe. » Investissement requis pour ce changement : deux chaînes de cinq mètres de longueur !

Deuxièmement : on connaît l'impact de l'acidité de l'ensilage sur le béton de la mangeoire, laquelle devient poreuse, rugueuse, malodorante. On a donc recouvert le béton d'une feuille de Teflon, un polymère aux propriétés antiadhésives. « La mangeoire est maintenant toujours propre, non poreuse et pratiquement inodore », fait remarquer Sylvain. La barre qui retient les animaux dans les enclos de cette ferme en stabulation libre a aussi été relevée pour permettre un accès plus facile aux aliments. Enfin, pour favoriser la consommation, une rangée supplémentaire de tubes fluorescents a été installée au-dessus de l'espace mangeoire, qui était assombri par la présence du convoyeur d'alimentation.

Pour ce qui est de l'eau – très dure à cette ferme de Saint-Louis-de-Gonzague –, on s'est mis à la traiter au moyen d'un simple adoucisseur au sel. Non seulement les minéraux en trop grande quantité n'obstruent plus les flotteurs des abreuvoirs, mais la restriction dans les tuyaux est moindre, d'où un meilleur débit. Une poche de sel de 20 kg par jour suffit. Cet ajout en a donc permis un autre : un système de brumisateurs qui permet de diminuer de quelques degrés la chaleur suffocante des jours d'été et d'amoindrir la baisse de production qui y est associée.

Le confort chez Brault et Frères

1. Regrouper les vaches de première lactation
2. Reconfigurer la mangeoire
3. Installer des brumisateurs
4. Élargir les stalles
5. Tailler des onglons tous les mois









« Côté bien-être, si j'avais à me bâtir une étable demain matin, elle serait à stabulation libre. Mais à l'heure actuelle, il reste encore beaucoup de travail à faire sur nos stabulations entravées. »

Renée Bergeron, agr.,
professeure,
Collège d'Alfred
Ce n'est pas tout : la carrure des vaches augmentant avec les avancées génétiques et alimentaires, les stalles ont été élargies de 15 cm et l'arrêt devant les logettes repoussé de 10 cm. On a aussi voulu tester les tapis de gel en en mettant dans 20 logettes de la section des vaches taries. On équipera probablement les 100 logettes restantes de ce même produit.

Même la stratégie de taille des onglons a été revue et corrigée. La visite du technicien spécialisé en pieds et membres ne s'effectue plus trois fois par année, mais mensuellement. On s'assure donc de parer la corne chez les vaches aux moments où il est moins risqué de nuire à la production lactée. Sylvain Brault a ainsi observé moins d'ulcères de sole et un meilleur classement de ses animaux. Même la fréquence des visites du vétérinaire s'est intensifiée, avec une tournée hebdomadaire plutôt que toutes les deux ou trois semaines.

Détecteurs d'activité des vaches, programme de synchronisation des chaleurs et échographies précoces ont permis de faire fondre l'intervalle moyen entre les vêlages de 430 à 400 jours.

Les veaux et les génisses y ont aussi goûté. Sylvain observait des retards de croissance après le moment où il transférait les veaux de leurs niches extérieures vers le coin de l'étable qui leur était destiné. Mauvaise ventilation, logettes inadaptées, présence d'une raclette jugée stressante… « On a décidé de sacrifier une stalle de vêlage et d'enlever les logettes pour aménager un enclos sur litière accumulée dans un autre endroit de l'étable où l'air circulait mieux », détaille Sylvain. Résultat : une transition toute en douceur qui facilite la croissance des génisses, des inséminations à 13 mois et des vêlages à 22.

Quels ont été les impacts de cette kyrielle d'améliorations sur la production ? Une moyenne de 10 500 kg, mais surtout, une augmentation de 0,3 kg de gras par vache par jour en à peine 18 mois.

Avec toutes ces modifications, les frères Brault visent maintenant l'augmentation du nombre de lactations par animal et du nombre de jours productifs des animaux dans le troupeau avant la réforme. Car après tout, l'ultime aboutissement de tant d'efforts en matière de bien-être animal n'est-il pas de garder ses vaches en vie – et en bonne santé – le plus longtemps possible ?

Sur deux ans, Sylvain Brault a minutieusement passé en revue chaque mètre carré de son étable pour la doter des meilleurs équipements, sans oublier la gestion, partie intégrante du confort

L'hospitalité
de la Ferme Hâtée

Lors de la visite du Coopérateur, les membres de la famille Brisson-Chénard mettaient la touche finale à leurs préparatifs : un groupe de 60 visiteurs devaient venir apprécier – voire vérifier – la qualité des installations de la ferme. Pas question de les décevoir !

C'est donc honteusement que j'avance sur les carreaux blancs de la laiterie, fraîchement vadrouillée, avec mes bottes qui laissent des traînées boueuses. Alors que c'est en 2001 que ce local a été complètement rénové, on croirait qu'on a fini de le construire hier soir. Aux murs, les certificats de haute production étincellent autant que la céramique et donnent une impression durable de professionnalisme aux lieux et à ses occupants.

Je quitte ce « bloc chirurgical » pour un autre monde : une étable à stabulation entravée où m'accueillent une tonique bouffée d'air frais – est-ce la proximité de la mer au large de Rimouski, secteur du Bic ? – et d'élégants murs recouverts de bois, comme on n'en voit plus de nos jours. Les vaches noir et blanc ressortent doublement sur ce fond brun. Ou est-ce en raison du généreux éclairage naturel et artificiel ? De fait, on n'a pas lésiné sur la fenestration dans cette étable par ailleurs complètement retapée – on a rehaussé le plafond pour accroître le volume d'air dans la vacherie, construite en forme de L. « J'estime l'augmentation de consommation entre 5 et 10 % depuis la fin des travaux », déclare Jérôme Chénard.

Portrait de famille :
les frères Jérôme et Tommy Chénard, leurs parents, Raymond Chénard et Ginette Brisson, leur expert-conseil, Joël Lepage et deux des filles de Jérôme, Béatrice et Éloïze. Absentes : la conjointe de Jérôme, Mélanie Dubé, et leur fille Anaïs.



Sous les vaches, des tapis de boudins de pneus sont recouverts d'une épaisse couche de paille, qui assure un nid douillet pour une rumination plus que confortable. « J'épands tous les jours une grosse balle carrée, l'équivalent de 40 petites balles ou sept kilos de paille par vache par jour », calcule Jérôme.

La visite des deux étables froides où crèche la relève du troupeau depuis 2011 surprend encore. Oui, la ferme a consenti des investissements considérables pour rénover ou construire de nouvelles installations, notamment afin de mieux élever les génisses et les taures, mais ces sommes étaient nécessaires pour la poursuite des activités de l'entreprise, selon Jérôme. Joël Lepage, expert-conseil de la ferme, hoche la tête. Comment ça se passait, avant, l'élevage des jeunes animaux ? « C'était le Kosovo », résume, blagueur, Joël. Une vieille étable à combles français qui hébergeait auparavant des bovins de boucherie servait alors à loger, à un kilomètre de la ferme, les jeunes animaux, avec tous les va-et-vient assortis.

Les génisses de 2 à 15 mois et les taures sont donc logées dans deux bâtiments à stabulation libre sur litière accumulée sur 70 % de la surface des enclos. On constate vite la prédilection des animaux pour ce moelleux refuge. La litière, qui atteint une épaisseur maximale d'un mètre et demi, est retirée deux fois par année (printemps et automne), alors que l'allée de circulation devant les enclos est grattée tous les deux jours. « Je considère qu'il y a moins de risques de blessures pour les animaux avec ce système simple qu'avec des logettes individuelles, juge Jérôme. De plus, les frais d'exploitation de ces bâtisses sont faibles – hormis pour les abreuvoirs chauffants. Les étables froides, en plus de permettre la constitution d'un système immunitaire plus fort, permettent d'augmenter la consommation de fourrages, ce qui est loin d'être négatif, car les vaches développent un "coffre" plus large et plus profond pour faire face à la lactation. »

Grégaires, les bovins aiment manger en même temps : il ne faut pas leur refuser ce plaisir. On leur offre donc suffisamment de place au cornadis.



La nuit, c'est au tour des vaches en lactation d'avoir la possibilité de se dégourdir les pattes et de socialiser, car on les envoie au pâturage une nuit sur deux en général – toutes les nuits pour les vieilles vaches et les vaches d'exposition, qui méritent bien ce passe-droit. « Je ne sais pas pourquoi ça me fait autant triper de voir mes vaches au pâturage, la boucane aux naseaux, lance Jérôme. C'est certain que je le fais pour leur bien-être, mais aussi pour les résultats positifs que ça apporte. Ça ne demande qu'une vingtaine de minutes par jour pour les faire entrer et sortir. » Les vaches taries ont elles aussi un accès à l'extérieur, huit mois par année. Bref, en matière de bien-être, les Chénard pensent à tout – même la fosse est recouverte d'un dôme métallique… pour le bien-être des voisins ! Et les résultats ? Les efforts commencent à porter leurs fruits. Dans les six derniers mois (deux rondes de classification), la Ferme Hâtée a obtenu 6 vaches EX et 7 vaches TB au 1er veau de plus, portant son palmarès à 11 EX, 38 TB, 34 BP et 2 B. L'âge au vêlage se situe maintenant à 25 mois, à un poids moyen de 690 kg, en hausse de 70 kg. Les vieilles vaches bien conformées qui ont encore de bonnes productions sont gardées plus longtemps dans le troupeau. Même le poil plus soyeux des taures et des génisses fait dire aux frères Tommy et Jérôme qu'ils ont eu raison d'apporter tous ces changements.

Bref, en ce beau vendredi matin, Ginette Brisson, Raymond, Jérôme et Tommy Chénard s'affairaient soigneusement à bichonner leurs animaux et à astiquer leurs bâtiments. Ils avaient même mis au frais une généreuse commandite d'Agropur composée de yogourts et de berlingots de lait au chocolat. Car il fallait bien montrer aux 60 enfants de maternelle d'où viennent les produits laitiers et comment on prend bien soin de celles qui les produisent !

Sur le gril
Steve Adam, agr.
Expert en confort, comportement et
bien-être (Valacta)


Le Coopérateur agricole : Par quoi commence un producteur qui veut augmenter le confort de son étable ?
Steve Adam : Premièrement, par ce qui améliore le temps de repos, notamment les dimensions des logettes et la mollesse de la couche. Avancer la barre d'attache en stabulation entravée ou la barre de cou en stabulation libre ne coûte pas cher et évite que les vaches soient perchées entre la stalle et l'allée. Pour la litière, le mieux reste le sable ou la litière profonde. Et en règle générale, il vaut mieux observer le comportement et les blessures des animaux plutôt que d'adopter des mesures théoriques.

Boule de cristal : la stabulation entravée dans
20 ans ?

C'est un sujet délicat – 90 % des troupeaux québécois sont en stabulation entravée. Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers, paru en 2009, qui devrait être réécrit dans 10 ans, réunit autour de la table des producteurs, des consommateurs, des chercheurs, le gouvernement et différents organismes. Pour certains, attacher des animaux n'est pas une pratique acceptable, mais je pense qu'elle pourrait être toujours permise moyennant des périodes d'exercices obligatoires. En définitive, la question va peut-être se régler d'elle-même avec l'augmentation du nombre de vaches par troupeau et l'efficacité de travail supérieure de la stabulation libre.

Parlons pâturage…
Le sol d'un pâturage absorbe plus de chocs et offre plus de bienfaits pour prévenir les boiteries que le béton. Il faut voir comment il peut être intégré à la gestion de l'alimentation – soit dit en passant, les animaux mangent autant de RTM à l'étable même s'ils vont au pâturage la nuit.
  Le confort à la Ferme Hâtée

1. Fenestrer la vacherie pour plus de lumière naturelle
2. Relever le plancher du fenil pour augmenter le volume d'air de la vacherie
3. Épandre sous les vaches une épaisse litière de paille
4. Élever les taures et les génisses en étable froide sur litière accumulée
5. Envoyer les vaches au pâturage entre 20 h 30 et 5 h
















« Les producteurs dont les bâtiments sont désuets ont aujourd'hui un choix varié de systèmes : stabulation entravée, stabulation libre, salon de traite, traite robotisée, litière de paille ou de sable, etc. Les possibilités sont plus nombreuses qu'il y a une cinquantaine d'années pour optimiser le bien-être animal… ou humain! »

Philippe Couture, agr., conseiller spécialisé en ruminants,
La Coop

La vie le fun
de nos vaches

On la connaît (et reconnaît) pour son ensilage d'un jour et pour la qualité génétique des animaux qu'elle produit, mais depuis 2011, la Ferme Maroch et Fils, de Saint-Éphrem-de-Beauce, oriente ses efforts vers un tout autre but : le confort des animaux.

Vous leur avez peut-être rendu visite en 2012 quand ils étaient sur le parcours des fermes du Congrès Holstein Québec. Leur slogan interpellait les visiteurs : « Prioriser le confort et la santé du troupeau pour une meilleure rentabilité ». Car René Marois, Suzanne Plante et leur fils Gabriel établissent un lien direct entre leur rentabilité et les conditions ouatées qu'ils offrent à leurs 11 EX, 54 TB et 45 BP.

Parce que l'âge moyen du troupeau culmine à près de cinq ans, l'entreprise peut se permettre de sélectionner plus finement ses jeunes animaux pour n'en élever que 70 au lieu de 90 (le troupeau est passé de 240 à 180 têtes en produisant autant de lait), une économie substantielle. Pareillement, les vaches qui n'atteignent pas une classification TB à leur troisième ou quatrième lactation sont vendues ou réformées. « Bref, on élève et on s'occupe de nos meilleures vaches », résume Gabriel.

Suzanne Plante et René Marois démontrent par l'exemple que leurs animaux bénéficient du confort nécessaire.



Après avoir testé des matelas sous les vaches, les Marois-Plante sont revenus aux bonnes vieilles méthodes pour leur stabulation entravée : un tapis traditionnel, un garde-litière et une généreuse quantité de paille (au moins 2,5 kg par tête par jour), de manière à former un lit de 10 cm d'épaisseur. « Mais ce n'est pas tant l'épaisseur qui compte comme le côté absorbant de la litière, qui doit toujours être sèche », rappelle René Marois. « Nous dépassons de deux à trois fois le coût de production moyen du poste "litière" dans notre groupe conseil agricole, juge Gabriel. Mais c'est rentable. »

On ne réinvente pas la roue : un garde-litière évite que la paille ne tombe dans le dalot.
Soit dit en passant, boiteries et membres enflés sont en régression. « C'est particulièrement marquant durant les expos agricoles de Beauce et du bassin de la Chaudière, expose Gabriel. On remarque souvent la qualité des pieds et membres de nos animaux. » Le jeune poursuit, enthousiaste : « On a arrêté de se mettre des limites. On observe nos animaux à plein. On veut sortir des animaux qui sont en santé et qui performent lors des expositions. »

Devant les vaches, on a recouvert le béton d'acier inoxydable laminé qui « ne donne pas de goût à la ration et la conserve plus fraîche une fois distribuée », soutien René Marois. Mais le plat de résistance de la ferme reste le mégadôme (18 m sur 73) construit en 2011 et qui permet aux animaux de remplacement d'être à l'extérieur… à l'intérieur ! « Nous aimions le principe d'élever nos animaux à la lumière naturelle, comme s'ils étaient au pâturage », commente René. Un dôme en acier ne correspondait donc pas à ce souhait. De plus, il y avait le risque de condensation sur les parois, selon René. « Avec le dôme et les larges ouvertures de chaque côté de la structure, les beds s'assèchent facilement. Et puisque le coût était plus faible que pour une bâtisse conventionnelle en bois, nous nous sommes permis de donner plus d'espace aux animaux. »

Autre argument de poids pour loger les taures et les vaches taries sous dôme : envoyées paître, elles étaient stressées par les taons, les insolations et les coyotes, avaient observé René, Suzanne et Gabriel. Le parasol déployé jusqu'à 10 m au-dessus de leur tête apporte donc un environ­nement sécuritaire et tempéré aux jeunes animaux. Des sondes de température relaient l'information à des commandes électroniques et à des moteurs qui montent ou abaissent automatiquement les toiles des côtés. Et le froid en hiver ? « C'est vrai que c'est glacial ici l'hiver, avoue Suzanne Plante. Mais la litière accumulée des enclos, maintenue propre et sèche, dégage une certaine chaleur due au compostage. »

Les vaches en préparation au vêlage ne sont pas en reste : elles sont amenées dans un enclos abrité contigu à la vacherie. Une sorte de parc d'exercices où les animaux profitent du grand air – et vêlent même, parfois – d'avril à octobre.

L'étable, rénovée en 2002, a encore 10 ou 15 bonnes années devant elle, mais Gabriel, qui voyage beaucoup en Belgique et en France pour s'abreuver d'idées nouvelles, voit dans la stabulation libre un modèle intéressant pour l'avenir, surtout sur une litière accumulée profonde, un système que la famille a observé dans l'Ouest canadien. « Mon idéal serait un bâtiment surdimensionné, pour offrir plus que les normes. Un gros investissement, mais pertinent à un moment où les exploitations devront prouver leurs bonnes pratiques en matière de bien-être », prédit Gabriel.

« Offrir du confort à nos animaux, ça apporte un petit plus au métier. On en tire une satisfaction, révèle le jeune de 25 ans. C'est le fun quand du monde de la ville nous rend visite et nous dit que les animaux ont l'air d'être bien. Que ç'a l'air le fun la vie de vache ! »

Le bien-être, ce sujet chaud
Le bien-être animal est un sujet à forte charge émotive où domine l'image, une image souvent cristallisée par des reportages parfois sensationnalistes sur des épisodes scandaleux de maltraitance la plupart du temps non représentatifs des pratiques de la majorité des producteurs. Pour contrer les dérapages, l'industrie laitière s'est mobilisée. Les Producteurs laitiers du Canada et Les Producteurs de lait du Québec proposent un Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers (2009) et un programme de certification (proAction, 2013) qui englobe le bien-être. Si le Code a été distribué à tous les producteurs, pour l'instant rien n'est obligatoire, et aucun programme de surveillance n'est à l'horizon.

L'agronome Renée Bergeron, directrice du Collège d'Alfred, où l'on trouve le Centre de recherche en production laitière biologique, reconnaît qu'on n'a jamais autant parlé de bien-être animal et qu'il occupe bon nombre de chercheurs, malgré les coupes faites par le gouvernement fédéral dans la recherche. « Quand j'ai commencé ma carrière, à l'Université Laval, en 1995, je me sentais bien étrange ! Aujourd'hui, le sujet fait partie des priorités. » On lorgne de plus en plus les projets du Centre, notamment celui-ci de la chercheuse Elsa Vasseur, qui a démontré par des tests de préférence que les vaches choisissent d'aller à l'extérieur au moins une heure par jour, peu importe la météo (vent, neige, froid). Les données montrent que la chaleur estivale n'est pas une excuse pour ne pas envoyer les vaches dehors, car il n'y a pas beaucoup de jours où la canicule est insoutenable, selon Renée Bergeron.

D'autres réponses viendront de la science et des spécialistes du comportement animal, qui tentent plus que jamais de comprendre la meilleure amie de l'homme. « Pour l'instant, on nage encore dans les opinions et les perceptions plus que dans les faits scientifiques », estime Steve Adam, expert en bien-être animal de Valacta. Le professeur-chercheur Doris Pellerin, de l'Université Laval, et sa bande d'étudiants diplômés, en collaboration avec des chercheurs d'autres universités canadiennes, planchent actuellement sur plusieurs études, notamment celle de l'agronome François Bécotte, qui s'intéresse à la question centrale de l'effet du confort sur la longévité des troupeaux. Son effet sur la production laitière reste aussi à chiffrer. Bécotte, qui dirige en outre la Ferme-école Lapokita, rappelle la théorie des facteurs limitants, illustrée par le fameux baril dont les planches sont inégales en hauteur. Invariablement, confort, santé, alimentation, génétique et gestion ont tous des impacts sur la production, mais c'est le facteur le plus limitant qui dictera le volume de lait produit.

« Le problème avec le bien-être, c'est que c'est encore un concept nébuleux, autant chez les consommateurs – qui ont des attitudes très variables quant au bien-être – que chez les producteurs, conclut Renée Bergeron. Un sondage auprès de 500 producteurs néerlandais sur leur attitude par rapport à la douleur des animaux révélait d'ailleurs que le quart d'entre eux ne croyaient pas que les vaches pouvaient souffrir ! »
  Le confort à la Ferme Maroch et Fils

1. Remettre au goût du jour la paille comme litière
2. Donner plus d'espace aux animaux de remplacement
3. Protéger les taures du soleil, des insectes et des prédateurs
4. Élever les taures et les génisses en étable froide sur litière accumulée
5. Envoyer les vaches au pâturage entre 20 h 30 et 5 h

 
Un mégadôme qui vaut le détour à Saint-Éphrem-de-Beauce : construit en 2011, il permet de loger dans un environnement très lumineux les animaux de remplacement sur une litière accumulée confortable.

 
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