Entretiens
La troisième année fut plus difficile que les deux premières pour la Filière porcine coopérative, mais la prochaine devrait être, de loin, la plus rentable. L'heure était à l'optimisme à l'assemblée générale annuelle de la Filière, à Laurier-Station, en mars dernier.
Par Étienne Gosselin, agronome, M. Sc.
Alors que les producteurs membres de la Filière avaient eu droit à des ristournes les deux dernières années en raison des bonnes performances d'Olymel et de La Coop fédérée, les résultats en deçà des attentes en 2013 ont plombé la perspective de bonification. La dernière année, comme l'écrit le président de la Filière et producteur de porcs Réjean Vermette dans le rapport annuel, fut une année de réflexion. Après trois ans d'existence, on pouvait constater les efforts des dirigeants de la Filière en matière de positionnement stratégique, de synergie opérationnelle et de développement de la Filière.

À n'en pas douter, une année charnière pour la jeune organisation.

Bilan de l'AGA
D'abord, 2013 aura été l'occasion de consulter les membres et les non-membres de la Filière au moyen de rencontres de concertation et de groupes de discussion. Au menu : des sujets bien concrets, comme le retrait de la ractopamine des porcs à destination de l'usine d'Olymel à Valley-Jonction et la nouvelle grille de classement des porcs sans cet additif alimentaire (grille en vigueur depuis le 5 janvier 2014).

La Filière en trois phrases

• Combiner les forces de l'intégration aux valeurs entrepreneuriales des producteurs indépendants et aux vertus de la coopération

• Établir une chaîne de valeur permettant d'offrir un produit de haute qualité capable de rivaliser, sur la scène mondiale, dans les marchés les plus lucratifs

• Mettre en commun des forces et des intérêts

Les dirigeants de la Filière ont de plus sondé les non-membres pour connaître leur perception à l'égard de la Filière, dans le but de recruter davantage de producteurs indépendants. « Les non-membres qui n'ont pas adhéré rapidement à la Filière ont signifié qu'ils voulaient d'abord voir les choses aller », expose Réjean Vermette. Rappelons que l'effectif de la Filière, malgré le retrait de près de 700 producteurs de la production porcine dans les dernières années, progresse toujours et se situait à 233 membres à la fin de 2013.

Rencontré sur place, le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Boissonneault, a tenu à rappeler qu'on ne pouvait juger des résultats de la Filière sur seulement trois ans, encore moins sur une seule année. L'homme, qui produit dans deux fermes du Centre-du-Québec, estime qu'on pourra juger l'arbre à ses fruits seulement au bout de cinq ans d'activité. Le président applaudit par ailleurs la présence de la Filière au Québec, une option de plus pour les producteurs.

Changement notable depuis janvier dernier, des technologues, des agronomes et des experts autrefois rattachés à La Coop fédérée travaillent maintenant sous la responsabilité directe d'Olymel, y compris les employés de la filiale Sogeporc, spécialisée dans la génétique porcine et sa commercialisation. Un changement de culture organisationnelle qui n'a rien de superficiel, selon Robert Brunet, directeur général de la Filière porcine coopérative, puisqu'il permettra de rapprocher davantage les participants de la chaîne d'approvisionnement. « À l'avenir, il sera en outre possible pour Olymel de bâtir des projets et des modèles d'affaires où Olymel sera partenaire directement avec des coopératives ou des producteurs », explique-t-il. De son côté, le président de La Coop fédérée, Denis Richard, estime que « l'objectif [du changement structurel] est de développer la Filière, et non pas de maintenir un statu quo ».

L'AGA aura aussi été l'occasion d'en apprendre plus sur le fort intéressant projet des maternités collectives, baptisées « Les fermes Boréales ». On projette ainsi la construction de cinq maternités de 2400 truies chacune dans la municipalité de Longue-Rive, sur la Côte-Nord, où le projet « a été présenté aux citoyens et chaleureusement accueilli », aux dires de Robert Brunet. Ces fermes répondront aux nouvelles normes de bien-être pour les truies gestantes et disposeront d'un statut sanitaire très élevé vu leur éloignement. Les lisiers seront traités sur place.

Quant à la gouvernance démocratique de la Filière, on ne signale aucun changement cette année. Les 11 administrateurs élus et nommés demeurent donc en poste.

Génétique et portrait du marché
Réjean Vermette, président de la Filière porcine coopérative
Pour agrémenter l'AGA, l'agronome et généticienne Nicole Dion est venue démystifier son travail à l'intention des producteurs, attentifs aux progrès en matière de génétique porcine. Gras dorsal, gain moyen quotidien, conversion alimentaire : les progrès sont réels. Pour preuve, les verrats Landrace et Yorkshire ne restent en production pas plus de trois mois, un an dans le cas des Duroc, tellement l'évolution génétique est rapide. Les outils de la génomique sont encore lents à s'implanter, mais le séquençage complet du génome du porc n'est après tout achevé que depuis 2012.

De son côté, le vice-président principal aux ventes et marketing d'Olymel, Richard Davies, a entretenu les membres de l'évolution des marchés pour le plus important transformateur de porc au Canada. Le pays occupait en 2013 le troisième rang des plus grands exportateurs de viande porcine, derrière les États-Unis et l'Union européenne, mais devant le Brésil et la Chine. Après la faiblesse des prix en 2013, Richard Davies prévoit une explosion attribuable à une situation de quasi-pénurie. « Le danger demeure que les prix élevés entraînent une baisse de la consommation », analyse le vice-président, qui reste tout de même convaincu que « 2014 et une partie de 2015 demeureront favorables à la production porcine », d'autant que le porc Olymel est maintenant « reconnu comme un produit de référence dans le marché, notamment japonais ».

La Filière en 30 secondes
Avec le professeur Rémy Lambert, de l'Université Laval


« La coordination verticale représente les façons dont les activités de production sont organisées entre les divers maillons d'une filière. L'intégration verticale est une de ces façons. Les avantages de ce modèle résident dans la réduction des risques liés à l'achat d'intrants de mauvaise qualité et dans l'assurance que le produit vendu conserve les qualités, les caractéristiques désirées.

« Quand on parle de la chaîne de valeur, on a souvent tendance à la confondre avec l'intégration ou la coordination. En fait, dans la littérature, la chaîne de valeur renvoie aux diverses étapes que l'entreprise effectue afin de dégager un avantage compétitif (ou concurrentiel). C'est donc le concept initial de chaîne de valeur, mais appliqué à une filière et non plus seulement à l'entreprise. On peut aussi parler d'alliance stratégique verticale entre plusieurs intervenants indépendants. »

 
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