Entretiens
La mortalité durant le transport provient de l'addition de tous les stress subis durant le cheminement du porc de la ferme à l'abattoir. Il importe d'évaluer les façons de faire des entreprises porcines et des compagnies de transport pour mieux cibler les points à améliorer.
Josée Niquette, agronome Coordonnatrice qualité
Olymel
joseeniquette@olymel.com
La mortalité durant le transport représente non seulement une perte économique, mais aussi, et de plus en plus, une préoccupation en matière de bien-être animal. La Loi sur la santé des animaux, sous la responsabilité de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, entre également dans l'équation.

Les porcs morts à leur arrivée à l'abattoir et les porcs communément dits « essoufflés » (voir encadré) après le transport ont fait l'objet de plusieurs recherches. Celles-ci ont permis d'évaluer le nombre d'animaux atteints et de proposer des solutions pour diminuer les pertes de temps et d'argent.

Quelques chiffres
Aux États-Unis, les pourcentages de mortalité dans le transport vers les abattoirs sont compilés par le Food Safety and Inspection Service. Cet organisme s'assure que l'approvisionnement national de viande et d'œufs est sécuritaire et que les produits sont correctement étiquetés et empaquetés. Les données sont publiques et peuvent être consultées sur son site Web 1. L'incidence de mortalité, c'est-à-dire les porcs morts à leur arrivée à l'abattoir sur le marché porcin américain, est présentée au graphique 1.

Les pertes économiques directes (comme les morts, les démérites pour contusion ou une viande de moins bonne qualité) ou indirectes (la perte de débouchés) ont été estimées, pour l'industrie porcine américaine, à 46 millions $ en 2006 (voir l'encadré). Les données utilisées pour effectuer ces estimations sont le pourcentage de porcs morts en 2006, évalué à 0,22 %, et l'incidence de porcs devenant non ambulatoires, qui se chiffre à 0,44 %. Ces données ont été compilées à partir de 6 660 569 porcs et 39 572 chargements de camion. Au Canada, la moyenne des porcs morts avant l'abattage se situerait à 0,12 %, selon Ritter (2009). Une estimation réalisée avec 1 780 315 porcs livrés indique plutôt une incidence moyenne de 0,07 % au Québec de 2012 à 2013 (graphique 2). Puisqu'il existe une grande variabilité dans les données, il est important d'analyser la situation qui vous est propre pour cibler les points à améliorer.

Comprendre la physiologie du porc et ses besoins
Un porc « essouflé » ?
C'est un porc qui a une respi­ration laborieuse par la bouche et une peau décolorée. S'il subit des stress supplémentaires, le porc refuse d'avancer, émet des vocalisations de détresse, est pris de tremblements ou montre une combinaison de plusieurs indicateurs de détresse. Finalement, l'accumulation de stress peut causer la mort. Le présent article se concentre plus particulièrement sur les porcs déjà morts à l'arrivée à l'abattoir.
En matière de performance, on peut comparer les porcs à des athlètes de haut niveau. Les organes sont poussés à leur limite et donc plus sensibles aux blessures. Le porc « moderne » est particulièrement vulnérable en raison de sa physiologie. Ses dimensions anatomiques semblent faire abstraction des règles normales de l'allométrie (voir en page 45). Chez tous les mammifères adultes, le poids du cœur représente de 0,4 à 0,6 % du poids corporel. Chez le porc sauvage, à un poids d'environ 80 kg, il est de 0,6 %. Pour un poids similaire, il se situe à 0,3 % chez le porc « moderne ». Au début des années 2000, cette valeur était de 0,45 %.

Le porc « moderne » commence sa vie avec un pourcentage de 1 %. À 10 kg, celui-ci passe rapidement à 0,5 %, et décline par la suite. Ces changements d'anatomie entraînent une réduction de la capacité cardiovasculaire et, par conséquent, l'adaptabilité de l'animal aux différents stress en est affectée. Pourquoi ? Parce qu'on recherche à avoir un porc à croissance rapide, grâce à la génétique, et à obtenir un rendement élevé en viande maigre. Les porcs, qu'on veut rentables, sont donc élevés et nourris en conséquence.

Réponse au stress
Tous les chercheurs s'entendent sur le fait que le porc est sensible aux écarts de température, et tout particulièrement aux hausses de température. Contrairement à plusieurs autres espèces de mammifères, il ne possède pas de glandes sudoripares pour lui permettre d'évacuer sa chaleur corporelle. Une étude indique que les pertes de chaleur sont associées à une augmentation des battements cardiaques, de la température rectale, de la pression artérielle et de l'excrétion urinaire. Tout effort supplémentaire de l'animal pour maintenir sa température constante peut causer de nombreux changements métaboliques.

Un effort physique occasionne une certaine fatigue, selon la capacité cardiovasculaire et l'adaptabilité; des porcs lourds ont un cœur relativement plus petit, une pression artérielle plus basse et un niveau d'hémoglobine plus bas également, (Neiwold et al. 2000).




Source : Winporc
http://climate.weather.gc.ca


Mortalité avant l'arrivée à l'abattoir :
Causes

Le transport est incontournable, que ce soit pour acheminer les porcs vers la pouponnière ou l'engraissement, ou encore de l'engraissement à l'abattoir. Au cours de sa croissance, le porc subira maintes variations de son environnement et aura, selon les cas, plus ou moins d'interactions avec les humains. Durant le transport, il vivra une variété de stress, physiques et psychologiques : contact avec d'autres porcs que ceux de son parc d'origine, vibrations, variation de température, durée de transport parfois longue. La peur et les stress peuvent venir de multiples sources (voir le tableau ci-dessous). Plusieurs études ont été réalisées sur ces aspects, mais quelques relations de cause à effet restent à élucider. Comme nous l'avons mentionné précédemment, les porcs sont semblables à des « athlètes de haut niveau », mais on ne leur donne pas d'entraînement. Si on ajoute leur comportement grégaire et le fait qu'ils sont naturellement des proies et non des prédateurs, le niveau de stress augmente de façon importante.

En se fondant sur les données québécoises (1 780 315 porcs transportés en 2012 et 2013), on peut analyser également l'incidence de porcs morts à l'arrivée à l'abattoir selon les mois de l'année (graphique, page 43). On remarque aisément une tendance saisonnière. Des températures plus élevées causent un stress supplémentaire. Il faut également tenir compte du taux d'humidité (facteur humidex). La hausse subite de mortalité au mois de mai pourrait s'expliquer par la non-accoutumance des porcs aux températures plus chaudes. En effet, le poids d'expédition est relativement le même durant ces périodes, ainsi que le nombre de porcs livrés. La hausse durant le mois d'octobre 2012 peut s'expliquer par un nombre de porcs livrés beaucoup plus important que lors des autres mois de l'année. Cela laisse supposer que les densités dans les remorques étaient plus difficilement respectées. Les mois d'hiver amènent également certaines difficultés d'adaptation chez le porc. Les remorques et les quais doivent faciliter la transition due aux contrastes de température avec l'extérieur et donner tout le confort nécessaire pour pallier les rudesses de l'hiver.



Une étude indique que les étapes de chargement et de déchargement sont les plus critiques et les plus difficiles dans tout le processus du transport. Un effort physique est demandé aux porcs pour sortir de leur parc et marcher (quand ce n'est pas courir) jusqu'à l'aire de chargement. Emprunter le quai et la rampe de la remorque exige un autre effort, sans compter que les quais et les pentes sont parfois inadéquats.

La densité dans la remorque fait également partie des facteurs importants qui influent sur la mortalité dans le transport. Il est fortement recommandé de se référer au Guide de référence sur la manipulation et le bien-être des porcs durant le transport (2013) et au Code de pratiques recommandées pour le soin et la manipulation des animaux de ferme : Transport (2001). De plus, il est nécessaire d'effectuer des ajustements tout au cours de la journée pour s'adapter aux changements d'ambiance et aux imprévus durant le transport. Selon la conception de la remorque, l'étage et le compartiment où se trouvent les porcs ont également une influence sur la mortalité durant le transport.

Marcher dans les parcs chaque jour et sortir les porcs de leur parc durant l'élevage diminuent le stress à l'heure du chargement.



De multiples observations indiquent que les premières expériences que le porc subit influencent la façon dont il perçoit son environnement et interagit avec lui. Des expériences positives répétées diminuent le stress des porcs lorsqu'un homme les approche et améliorent leur motivation à s'en approcher. Par conséquent, marcher dans les parcs chaque jour et sortir les porcs de leur parc durant l'élevage diminuent le stress à l'heure du chargement. Une étude souligne d'ailleurs que les porcs ayant été fréquemment manipulés mettent moins de temps à sortir de leur parc lors du chargement que les porcs n'ayant pu vivre cette expérience (16 secondes contre 82). D'autres chercheurs ont noté une tendance à une diminution du taux de mortalité dans le transport chez les porcs préalablement déménagés de parc, comparativement à ceux non manipulés (0,07 % contre 0,38 %).

Le premier objectif du manipulateur devrait toujours être de minimiser la peur et le stress en maximisant les interactions positives, et d'encourager l'animal à bouger vers le point voulu. Sans oublier que les manipulations sont facilitées lorsqu'on déplace les porcs par petits groupes (4 à 5 porcs) et que des quais de chargement bien adaptés rendent inutile le bâton électrique (voir ci-contre).

N'oublions pas non plus la mise à jeun, une pratique relativement facile d'application à la ferme. Elle est bien documentée et comporte plusieurs avantages pour la manipulation des porcs et leur bien-être durant le transport de la ferme à l'abattoir 2.

Pertes directes et indirectes

Le terme « pertes directes durant le transport » renvoie aux porcs qui sont incapables de suivre le reste du groupe, soit parce qu'ils sont faibles, blessés ou stressés ou deviennent non ambulatoires durant le transport, soit parce qu'ils sont morts. Les animaux en mauvais état peuvent donner de la viande de moins bonne qualité. Les pertes peuvent être totales ou partielles, en raison d'une condamnation ou un démérite d'une partie de l'animal.

Le terme « pertes indirectes durant le transport » renvoie aux pertes de débouchés.

À propos d'allométrie...

L'allométrie désigne les changements dans les proportions du corps d'un animal au cours de sa croissance, à la suite du développement plus rapide, ou plus lent, de l'un de ses membres.

Un bâton inutile...

Le bâton électrique cause un stress important chez les porcs. La décharge électrique crée un mouvement de panique favorisant la cohue. Par conséquent, plus de porcs glissent, tombent et se chevauchent les uns les autres.

2 Voir « Le jeûne avant l'abattage : payant pour tous »,
Le Coopérateur agricole, avril 2012.
 
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