Entretiens
L'industrie canadienne de la volaille a mis en place un protocole pour diminuer l'usage des antibiotiques, notamment dans les couvoirs. Le réseau La Coop a emboîté le pas et met tout en œuvre pour produire des poussins de la plus haute qualité.
Benoit Lanthier, DMV Médecin vétérinaire Secteur avicole
La Coop fédérée
benoit.lanthier@lacoop.coop
L'industrie canadienne de la volaille1 a décidé d'éliminer l'usage préventif d'anti­bio­tiques de catégorie 1 (p. ex. : Excenel) chez les oiseaux de chair, les poules pondeuses et les oiseaux repro­ducteurs. L'usage d'Excenel au couvoir La Coop, pour injection dans l'œuf, ne sera donc plus permis.

Cette décision se veut proactive afin de rassurer les consommateurs et le gouvernement quant à l'utilisation des antibiotiques. En effet, plusieurs organismes et associations ont émis des inquiétudes concernant leur utilisation dans la volaille, particulièrement ceux de catégorie 1.

Voici les principaux :
1. Le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA), de l'Agence de santé publique du Canada, a fait part de préoccupations à la suite d'échantillonnages qu'il a réalisés à la ferme, à l'abattoir et dans les commerces de détail. Il a détecté de la résistance aux antibiotiques de catégorie 1 chez Salmonella et Campylobacter, deux souches de bactéries pouvant causer des maladies potentiellement graves chez les humains.

2. Santé Canada a émis des avertissements concernant l'Excenel afin de prévenir l'apparition de résistance. On recommande fortement l'usage d'antibiotiques exclusivement pour les troupeaux prouvés malades par des tests de laboratoire, alors que l'usage massif, ou à titre préventif, est déconseillé.

3. L'Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) a établi des lignes directrices sur l'usage judicieux d'antimicrobiens en 2008. En ce qui concerne l'Excenel, l'ACMV rappelait que son usage n'avait pas été homologué chez la volaille et que Santé Canada avait émis des avertissements quant à son usage.

4. La Fédération canadienne des couvoirs a proposé quatre principes pour une utilisation judicieuse des antibiotiques :

a. Identifier les troupeaux reproducteurs à risque qui nécessitent un traitement.
b. Ne pas utiliser un antibiotique de façon systématique pour traiter tous les lots.
c. Seul le vétérinaire responsable peut décider du choix de l'antibiotique utilisé au couvoir.
d. Favoriser les antibiotiques les moins importants en médecine humaine.

5. La Food and Drug Administration des États-Unis a interdit, en janvier 2012, l'usage hors homologation des antibiotiques de la classe des céphalosporines (Excenel en est une) chez les animaux de consommation, entre autres l'injection dans l'œuf au couvoir.

La résistance aux antibiotiques,
c'est quoi ?

La résistance aux antibiotiques, c'est la capacité d'un microorganisme à survivre et à se multiplier malgré la présence d'un antibiotique normalement efficace contre ce microorganisme. Ce dernier peut être pathogène ou non. Un microorganisme est considéré comme pathogène lorsqu'il peut causer une maladie. Présentement, il n'existe que de peu de traitements pour les pathogènes résistants aux antibiotiques. La maladie qu'ils causeront ne pourra donc pas être traitée convenablement.

Les antibiotiques ont été classés dans quatre catégories, selon leur importance en médecine humaine. La catégorie 1 est très importante et regroupe des antibiotiques pouvant traiter des maladies graves et pour lesquelles il y a peu d'autres traitements. L'Excenel fait partie de cette catégorie.

Comment se développe la résistance aux antibiotiques ?
Il reste encore beaucoup de recherche à faire pour bien comprendre tous les mécanismes de résistance. Par contre, une chose est sûre : plus on utilise un antibiotique, plus la résistance des microorganismes risque de survenir. Pour le microorganisme, cette résistance est un mécanisme de survie. Lorsque le microorganisme est mis sous stress par un antibiotique, il doit élaborer des mécanismes d'adaptation ou mourir. De plus, le microorganisme qui s'adapte aux antibiotiques acquiert souvent, de façon concomitante, des caractéristiques lui permettant de causer plus facilement une maladie. Nous sommes alors aux prises avec un microorganisme à la fois plus résistant et plus dangereux.


Maximiser les performances de départ des poussins

Voici quelques points de gestion à respecter pour assurer un bon départ des poussins.

- Préchauffer le poulailler 48 heures avant leur arrivée
Chauffer l'air ambiant jusqu'à la température voulue n'est pas très long. Par contre, si le chauffage n'est pas démarré depuis assez longtemps, la litière, le plancher, les murs et l'équipement, eux, ne seront pas encore assez chauds. Les poussins seront donc déposés sur une litière froide et inconfortable. Ils auront tendance à demeurer sur place et à s'entasser les uns sur les autres plutôt que d'aller manger et boire.

Un autre avantage du préchauffage est qu'il permet d'évacuer du poulailler l'humidité de la litière et des murs (à l'aide d'une « expulsion d'air », par exemple). Un haut taux d'humidité modifie la température ressentie, ce qui rend les poussins très inconfortables. Cet inconfort peut se traduire par une mortalité plus élevée dans les premiers jours de vie.

- Disposer la moulée en quantité suffisante dans la zone de confort
Selon les équipements et leur disposition, la zone de confort des poussins varie d'un poulailler à l'autre. Il est important de repérer cette zone et d'y installer l'eau et la moulée pour donner le plus de chances aux poussins de les trouver rapidement. Un poussin qui mange et boit tôt dans sa vie aura un meilleur système digestif et présentera un poids plus élevé à sept jours, ce qui lui assurera de meilleures performances. De plus, la consommation d'eau et de moulée favorise le développement du système immunitaire, qui permettra au poussin de mieux résister aux maladies tout au long de sa vie.

- Vérifications après l'arrivée des poussins
Il y a trois manières très faciles de vérifier l'état du confort des poussins après leur arrivée.

• Observer leur répartition
Le but est que les poussins soient répartis uniformément dans la zone de confort. Certains dormiront, d'autres seront en train de manger ou de boire, et d'autres se déplaceront. Si les poussins ont froid, ils auront tendance à se regrouper et à cesser de bouger. S'ils ont chaud, ils longeront les murs pour chercher la fraîcheur. L'observation des poussins lors du départ est un art bien plus qu'une science. La clé du succès est de passer beaucoup de temps dans le poulailler et de laisser les poussins vous montrer à leur façon leur degré de confort.

• Mesurer le remplissage des jabots
En palpant le jabot des poussins, on peut facilement déterminer s'ils ont mangé ou bu. Certains poussins n'auront rien dans le jabot, d'autres seulement de l'eau ou de la moulée, et d'autres les deux. L'objectif est que 95 % des poussins aient bu et mangé 24h après leur arrivée à la ferme. Si cet objectif n'est pas atteint, il serait important de revenir à l'étape précédente, afin de réévaluer leur confort ainsi que la disponibilité de l'eau et de la moulée.

• Mesurer la température du cloaque
Les poussins sont poïkilothermes lors de leurs premiers jours de vie. Cela signifie qu'ils sont incapables de régler eux-mêmes leur température corporelle. C'est pour cette raison que la gestion de la zone de confort est si importante. Pour vérifier si le poussin a atteint la température idéale, il est possible de mesurer sa température interne. Cela se fait à l'aide d'un thermomètre rectal, que l'on peut se procurer en pharmacie. L'objectif est que les poussins aient une température variant entre 39,5 et 40,5 °C.

- Aller les voir fréquemment !
Les poussins sont des nouveau-nés, qui, dans un contexte naturel, auraient besoin de leur mère pour leur montrer comment survivre. Dans l'élevage industriel, c'est à nous de jouer le rôle de la mère. Après l'arrivée des poussins, il est très bénéfique de les faire marcher plusieurs fois par jour. N'hésitez pas à le faire quatre fois par jour ! Un des objectifs est de ramener les poussins égarés dans la zone de confort. Cela évitera qu'ils demeurent trop longtemps dans une zone froide, qu'ils faiblissent et deviennent malades ou « radets ». L'autre but est de les stimuler à manger et boire. En effet, lorsqu'on marche dans le poulailler, les poussins ont tendance à se réveiller et à naturellement aller picorer, se nourrir et s'abreuver. Cette pratique aidera à ce que 95 % d'entre eux remplissent leur jabot.

Notre équipe technique est toujours disponible pour vous aider à améliorer vos démarrages.

Quel lien peut-on faire avec
la production ?

Si on utilise rarement un antibiotique et qu'une maladie survient, l'antibiotique a toutes les chances de bien fonctionner. Pourquoi ? Parce que les microorganismes n'auront jamais été exposés à cet antibiotique et n'auront donc pas élaboré de mécanismes d'adaptation. Par contre, si un antibiotique est utilisé à grande échelle de manière préventive, il est très probable que les microorganismes acquerront de la résistance. Ainsi, quand surviendra une maladie, le traitement pourrait s'avérer moins efficace ou même complètement inefficace.

Quelle est l'approche du couvoir La Coop ?
L'excellent contrôle de la gestion, à tous les niveaux de la production (soit chez les oiseaux repro­­ducteurs, au couvoir et à l'arrivée des poussins à la ferme), diminue la probabilité d'appa­rition d'une maladie, et ce, presque aussi effi­ca­cement que l'usage d'anti­biotiques de manière préventive. Le contrôle de la gestion est inté­ressant, puisqu'il est efficace et moins dangereux pour la santé publique.

Chez les oiseaux reproducteurs, le point critique est la qualité des œufs. C'est dans les heures suivant la ponte de l'œuf que celui-ci est le plus susceptible de s'infecter. Il est important qu'un protocole sanitaire soit établi chez les reproducteurs afin d'optimiser l'hygiène et de réduire la contamination. À La Coop, un cahier des charges a été mis en place depuis quelques années dans le but, entre autres, de maximiser la qualité et la propreté des œufs. Les processus sont en constante amélioration et les efforts seront redoublés. L'objectif est de fournir au couvoir un œuf de qualité supérieure, pour la production de poussins qui nécessiteront un usage réduit d'antibiotiques.

Au couvoir, ce sont tous les aspects du contrôle sanitaire qui sont importants, de la réception des œufs jusqu'à l'expédition des poussins. Depuis plusieurs mois, l'équipe du couvoir est en contact avec des experts internationaux de la gestion d'un couvoir sans antibiotique. Tous les procédés sont révisés et vérifiés pour s'assurer d'un statut sanitaire optimal en tout temps.

Après la récente tangente qu'a prise l'industrie canadienne de la volaille, et dans le but de protéger les rares antibiotiques dont on dispose, le couvoir La Coop a décidé, comme plusieurs autres couvoirs du Canada, de cesser l'usage préventif d'antibiotiques. La majorité des poussins sortant du couvoir n'auront donc pas reçu dans l'œuf une dose d'antibiotique avec leur vaccin contre la maladie de Marek. Dans le cas où les données venant de la reproduction et des performances à la ferme justifient un traitement, nous administrerons un antibiotique choisi en fonction des résultats de laboratoire. En utilisant un antibiotique seulement dans les cas où le besoin est réel, nous nous assurons d'en maintenir l'efficacité à long terme.

L'équipe avicole de La Coop est persuadée que la gestion chez les reproducteurs, au couvoir et à la ferme, permettra d'obtenir d'excellents démarrages et que l'absence d'une dose d'antibiotique dans l'œuf n'aura pas d'impacts négatifs majeurs sur la productivité.
 
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