Entretiens
Les frères Marc et Serge Cormier, de Saint-Paul (Nouveau-Brunswick), gèrent des poulaillers d'avant-garde où tout est soigneusement contrôlé pour assurer une production maximale à moindre coût. Hommes d'affaires avertis, ils pèsent soigneusement le pour et le contre de chacune de leur décision pour assurer le meilleur rendement à long terme. Profil de deux producteurs-entrepreneurs passionnés par leur travail.
Par Mireille E. LeBlanc
est comme un petit bébé à la naissance que l'on enveloppe dans une couverture », confie Marc, l'ainé des deux frères, quand il décrit l'arrivée soigneusement planifiée des poussins à leur ferme, située dans le sud-est du Nouveau-Brunswick. Après 12 heures de route en camion, les poussins en provenance de Victoriaville sont rapidement transférés dans l'un des sept poulaillers de la ferme, où les attendent de l'eau fraîche et, surtout, de la moulée soigneusement disposée. Outre dans les mangeoires qui font toute la longueur du bâtiment, les employés de la Ferme Cormier et fils déposent de la moulée sur de longues feuilles de papier déroulées sur le plancher et dans de petites boîtes de carton disséminées à intervalles réguliers dans le poulailler. « Nous donnons le plus d'accès possible à la moulée, ce qui favorise l'atteinte d'un poids de plus de 180 g à sept jours », explique Marc.

« Donner le plus d'accès possible à la moulée et à l'eau favorise l'atteinte d'un poids de plus de 180 g à sept jours », explique Marc.
La température ambiante est aussi un facteur qui a une incidence sur le confort des nouveaux arrivants. « Nous veillons à la qualité dès le départ. La température doit être aussi parfaite que possible. Nous prenons la température rectale de quelques poussins quelques heures après leur arrivée dans le bâtiment. Elle doit être de 40,5 °C. Si elle est plus basse, il faut ajuster la température du bâtiment », souligne Serge, en ajoutant que plus le poussin sera bien, plus il sera porté à manger et à grossir.

Température, humidité et ventilation : toutes sont soigneusement mesurées et contrôlées pour assurer les conditions optimales de croissance. « Nous essayons d'éliminer tous les facteurs sur lesquels nous pouvons exercer un contrôle », ajoute Serge avec enthousiasme en montrant les panneaux indicateurs situés à l'entrée de chaque poulailler.

Au cours des cinq dernières années, les frères Cormier ont investi dans leurs systèmes pour maintenant pouvoir tout commander à distance. Toutes les données recueillies sont transférées à leurs téléphones intelligents, et une variation d'un seul facteur déclenche automatiquement une alarme. À l'aide des touches de son téléphone, l'un des frères peut apporter un ajustement, peu importe où il se trouve.

Grâce à tous ces réglages minutieux, ils réussissent maintenant à produire 1 kg de poulet avec 1,66 kg de moulée. « Le nouveau Programme de soins aux animaux mis en place au niveau national nous a forcés à être plus vigilants en matière de santé et de confort des oiseaux », ajoute Marc.

Leur investissement le plus récent est un composteur géant qu'ils ont acheté l'automne dernier. Marc a expliqué que l'usine d'équarrissage la plus près est située à plusieurs centaines de kilomètres, ce qui occasionne des frais de transport élevés. De plus, l'entreposage des animaux morts posait un risque pour la biosécurité et pouvait attirer la vermine, même si la ferme ne connaît que des pertes moyennes de moins de 2 % par année. Avec satisfaction, Marc a indiqué que le nouveau composteur fonctionne à merveille et transforme les animaux morts en un terreau riche qui sera utilisé ailleurs sur la propriété.

La diversification de la famille
Cormier

Cette attention aux détails est la clé du succès des frères Cormier, qui exploitent la Ferme Cormier et fils, la Ferme avicole DMS et la Ferme avicole Cormico, avec des poulaillers à Saint-André et à Scoudouc, petit village en banlieue de Moncton. À noter que Groupe coopératif Dynaco et La Coop fédérée sont leurs partenaires pour les installations de Scoudouc. Marc et Serge gèrent toutes les activités à Saint-André et à Scoudouc depuis le départ à la retraite de leur père, Edgar, en 2007.

Une partie des installations de la ferme qui compte, au total, sept poulaillers.
Les frères Cormier possèdent un quota total de 2,4 millions de kilos. Ils remplissent leurs poulaillers six fois par année, avec des cycles de production de huit semaines. Leurs oiseaux mâles et femelles, de race Cobb, ont un âge moyen de 37,6 jours quand ils sont envoyés à l'abattoir et un poids moyen de 2,35 kg. Ces oiseaux élevés pour leur chair se retrouveront ensuite dans les rayons de supermarchés ou dans certains restaurants rapides de la province.

Marc et Serge Cormier sont également actionnaires de la filière Pondeuses Atlantique, à Sainte-Anne (nord du Nouveau-Brunswick), un partenariat avec Groupe coopératif Dynaco, La Coop Purdel, La Coop fédérée et Groupe Westco. Serge a confié qu'ils se sont ainsi lancés dans la production d'œufs afin, encore une fois, d'avoir un meilleur contrôle sur la qualité de l'oiseau.


Une affaire de famille

Marc et Serge Cormier forment la troisième génération de producteurs de poulet de la famille Cormier. Leurs installations d'avant-garde sont bien loin du simple poulailler avec une fondation de pierre et un sol de terre battue exploité par leur grand-père, Yvon Cormier, à la fin des années 1960. À l'époque, le poulailler contenait des poules pondeuses. Marc Cormier souligne avec fierté que son grand-père a été l'un des premiers producteurs de la province à travailler à la mise en place du système de contingentement dans la ponte commerciale dans les années 1970.

Le patriarche de la famille a passé les rênes à son fils, Edgar, en 1981. Marc s'est quant à lui joint à la ferme familiale dès la fin de ses études en technologie d'ingénierie de l'ordinateur, en 1987. Serge, pour sa part, a travaillé dans le secteur privé et exploité une petite entreprise après ses études en technologie du génie civil, avant de se joindre à la ferme en 1998. Leurs épouses, Ginette et Parise, s'occupent de la comptabilité, et leurs quatre enfants donnent souvent un coup de main à la ferme.

Bien que Marc et Serge soient encore loin de l'âge de la retraite, ils ne peuvent s'empêcher de songer à leur succession pour assurer l'avenir de l'entreprise familiale, mais ils ne veulent pas forcer la main à leurs enfants. Or, la relève semble déjà assurée pour une quatrième génération, puisque leurs deux aînés souhaitent suivre leurs traces. « Mais ce sera leur choix », précise Serge.

Coopérateurs dans l'âme
Ces deux producteurs sont également des coopérateurs dans l'âme et ils y voient beaucoup d'avantages. « Par exemple, La Coop fédérée et Dynaco nous offrent beaucoup de ressources », souligne Marc. « On parle ici des services techniques offerts par l'expert-conseil et toutes les connaissances qu'apporte le partenariat dans les sociétés Cormico et Pondeuses Atlantique, fait savoir Karel Boulet, coordonnateur des élevages avicoles pour Groupe coopératif Dynaco. Dans ces deux sociétés, il y a de quatre à six conseils d'administration par an. Le partage d'information entre les administrateurs-actionnaires est très bénéfique pour les frères Cormier. Ils sont en contact avec les directeurs généraux, directeurs financiers et administrateurs de ces sociétés. Les échanges et comparaisons effectués lors de ces rencontres sont une source d'amélioration pour leurs entreprises. Ce sont des échanges gagnant-gagnant, où tous les actionnaires apprennent de leurs partenaires et en retirent de meilleures façons de faire. »

Marc est aussi fort actif au sein d'associations professionnelles : il est notamment président des Producteurs de poulet du Nouveau-Brunswick et administrateur suppléant des Producteurs de poulet du Canada. Il avoue qu'il suit ainsi les traces de son père, qui était actif au sein de l'association néo-brunswickoise. En outre, Marc s'intéresse beaucoup aux questions nationales, telles que la distribution des quotas, qui font l'objet d'intenses discussions à l'heure actuelle.

Que ce soit lors de réunions sur des questions liées à l'industrie ou lors de la prise de décisions concernant de nouveaux investissements à la ferme, Marc Cormier a toujours le même objectif en tête : « La santé des oiseaux est notre passion. Nous voulons donner le plus de confort possible à l'oiseau. Il y a toujours de la place pour de l'amélioration », conclut-il.

 
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