Entretiens
« Les producteurs agricoles canadiens sont à la recherche d'occasions d'affaires, lance Don McCabe, vice-président de la Fédération de l'agriculture de l'Ontario. Ils prennent grand soin de leur terre et nourrissent le monde. Ils veulent maintenant alimenter une nouvelle chaîne de valeur  : la bioéconomie. »
Par Patrick Dupuis, agronome
Producteur de maïs, de soya et de blé, chimiste et docteur en science des sols, McCabe est d'avis que les agriculteurs peuvent tirer profit des résidus de leurs cultures. « Le mot "profit" n'est justement plus à bannir de leur langage », dit-il à la fois avec enthousiasme et fermeté.

« Les tiges de maïs sont parmi les résidus agricoles les plus abondants et pourtant les moins utilisés dans l'est du Canada », indique Patrick Girouard, du Service innovation et croissance de La Coop fédérée.

« Les rendements élevés dans le maïs fournissent suffisamment de résidus pour bien couvrir les sols, assure Don McCabe. Une quantité trop importante de résidus au sol peut compromettre les semis. On ne peut donc pas les laisser s'accumuler indéfiniment. Il faut en faire quelque chose. Le surplus de tiges, qui contiennent 47 % de sucre, peut servir à produire de l'éthanol cellulosique et des bioproduits. »

« Avec un rendement de 9,4 tonnes à l'hectare [150 boisseaux/acre], on peut facilement récolter 2,5 tonnes de tiges à l'hectare, estime Charles Lalonde, consultant agricole de la région de Guelph. Pour les producteurs qui atteignent des rendements de 12,6 tonnes à l'hectare, on peut obtenir 5 tonnes à l'hectare. »

« L'intérêt pour les tiges de maïs remonte à plus de trois ans », fait savoir Charles Lalonde, qui travaille en collaboration avec Patrick Girouard. « Aux États-Unis, on extrait, à partir des tiges de maïs, des sucres – cellulose et hémicellulose – pour produire de l'éthanol. C'est une tendance qu'on observe à l'échelle mondiale. Au Brésil, par exemple, on commence à utiliser la bagasse de canne à sucre – le résidu cellulosique des raffineries de sucre traditionnelles – pour produire de l'éthanol. »

À partir du sucre présent dans la tige, on pourra aussi obtenir de l'acide succinique. C'est une molécule très polyvalente qui constitue une plateforme pour fabriquer de très nombreux produits industriels  : peintures, plastiques, résines, produits de déglaçage, solvants, produits pharmaceutiques, additifs alimentaires, tissus, cosmétiques (voir l'encadré portant sur l'entreprise BioAmber).

En Ontario et aux quatre coins du monde, de grandes entreprises de biotechnologie ainsi que de produits chimiques et pétroliers s'intéressent à la biomasse pour fabriquer de l'éthanol cellulosique et des bioproduits. Elles ont constaté qu'il y a un énorme potentiel à transformer les tiges de maïs, la paille provenant du blé et d'autres produits agricoles pour en extraire les sucres.

« Ces entreprises veulent toutefois avoir accès à des sources fiables et permanentes, souligne Don McCabe. Pour les attirer chez nous, nous devons les persuader que nous pourrons répondre à leur demande. C'est pourquoi il faut mettre en place une chaîne de valeur qui est rentable à la fois pour le producteur et le transformateur. »

Aux quatre coins du monde, de grandes entreprises de biotechnologie ainsi que de produits chimiques et pétroliers ont constaté qu'il y a un énorme potentiel à transformer les tiges de maïs, la paille provenant du blé et d'autres produits agricoles pour en extraire les sucres.
Grâce à une subvention du Programme de recherche et de développement énergétiques (PRDE) de Ressources naturelles Canada, la Fédération de l'agriculture de l'Ontario, Agriculture et agroalimentaire Canada et La Coop fédérée procéderont, cet automne, à des démonstrations de récolte de tiges de maïs en Ontario.

Dans un premier temps, les sociétés de machinerie AGCO et Stinger réaliseront des démonstrations lors du Canada's Outdoor Farm Show, en septembre, à Woodstock, en Ontario. Des essais de récolte seront également effectués en novembre sur trois jours, à raison de 12 ha (30 acres) par jour, dans une ferme d'Alvinston (à environ 60 km au sud-est de Sarnia), en Ontario.

« Ces démonstrations permettront de sensibiliser les producteurs à ces nouvelles façons de faire et d'amasser des données en conditions réelles avec de l'équipement de pointe, indique Patrick Girouard. À plus long terme, des essais révèleront l'impact du prélèvement des tiges sur le contenu en matière organique des sols afin d'en assurer une gestion durable. »

Des débouchés
Quels sont les débouchés actuels pour les tiges de maïs que récolteraient les producteurs agricoles ? « En Ontario, les entreprises IGPC Ethanol, Éthanol GreenField, BioAmber et Bio­industrial Innovation Canada s'intéressent toutes aux tiges comme source de matières premières », fait savoir Charles Lalonde.

D'après lui, on pourrait récolter annuellement en Ontario jusqu'à trois millions de tonnes de tiges de maïs et de paille de blé. Une usine commerciale, dit-il, requiert 500 000 tonnes de résidus par année.

« La bioéconomie doit s'appuyer sur des chaînes d'approvisionnement de résidus de culture fiables, rentables et durables, afin de fournir les usines de transformation et de s'assurer de ne pas appauvrir les sols agricoles d'où ils sont prélevés », fait savoir Patrick Girouard du Service innovation et croissance de La Coop fédérée.
Don McCabe croit que d'ici 2020 une usine pourrait être établie en Ontario pour produire de l'éthanol cellulosique. Il serait aussi possible, selon lui, de créer, sur un même site, un complexe agro-industriel qui comprendrait une usine d'éthanol cellulosique ainsi qu'une usine de production de sucres à partir de la cellulose, qui permettrait d'obtenir de l'acide succinique. McCabe envisage même la possibilité que des producteurs puissent mettre sur pied leur propre coopérative de transformation de biomasse et de production de sucres.

Au Québec, les régions de Salaberry-de-Valleyfield, Saint-Jean-sur-Richelieu et Saint-Hyacinthe disposent également de suffisamment de résidus pour approvisionner une usine, croit Charles Lalonde. Ce sont des régions équivalentes en intensité agricole aux grandes régions productrices de l'Ontario. En Montérégie, il y aurait là aussi suffisamment de matière disponible.

Dans d'autres régions plus éloignées, il serait également possible de construire des usines. Il faudrait pour cela qu'elles soient approvisionnées en plantes dédiées, telles que le panic érigé, car les rendements des cultures annuelles n'y sont pas assez élevés pour fournir assez de résidus ou encore, dans certains cas, pour simplement les prélever de façon durable. Des résidus en provenance de l'industrie forestière pourraient néanmoins être disponibles dans ces régions pour compléter l'approvisionnement en biomasse agricole.

« Aux États-Unis, au moins trois usines de production d'éthanol cellulosique à échelle commerciale verront le jour d'ici la fin de 2014 », fait savoir Don McCabe. L'avenir s'annonce prometteur pour la nouvelle bioéconomie, et les producteurs en seront parmi les principaux acteurs.


BioAmber produira à Sarnia de l'acide succinique à partir d'amidon de maïs

Le ministre d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, Gerry Ritz, a annoncé en février un important investissement dans l'entreprise BioAmber, à Sarnia (Ontario). Ce soutien financier permettra à l'entreprise, un des leaders du secteur de la bioraffinerie et de la chimie verte au Canada, de bâtir la plus importante usine au monde de fabrication d'acide succinique biosourcée. L'amidon de maïs remplacera le pétrole comme matière première dans cette usine et le nouveau procédé sera carboneutre. C'est une bonne nouvelle pour les producteurs de maïs, car l'usine nécessitera 38 000 tonnes de maïs dès sa première année de fonctionnement, prévue cette année. Dès 2015, la quantité de matière traitée pourra s'élever à quelque 76 000 tonnes. Cette usine pourrait aussi un jour s'approvisionner en biomasse cellulosique, notamment en tiges de maïs. Le financement proviendra du programme Agri-innovation, placé sous l'égide de la politique Cultivons l'avenir 2, mise en place pour accélérer l'innovation en apportant du soutien à la recherche et développement dans le secteur agricole. (Source  : Agriculture et Agroalimentaire Canada)

 
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