Entretiens
Nommé au plus haut poste de gestion de l'organisation le 14 avril dernier, Gaétan Desroches voit d'un bon œil l'avenir de La Coop fédérée et de son réseau. L'organisation poursuit sa lancée des dernières années, avec sobriété et prudence. « Nous sommes à une étape de consolidation, dit-il, mais sans mettre en veilleuse notre croissance, les services aux membres et la pérennité de notre coopérative ainsi que de leurs exploitations. »
Propos recueillis par Patrick Dupuis
et Guylaine Gagnon
Le Coopérateur À votre arrivée en poste, quelle mission vous êtes-vous fixée ?
Gaétan Desroches Que La Coop fédérée soit reconnue comme un chef de file pour son Secteur agricole, qui regroupe les productions animales, les productions végétales et les grains au Canada, ainsi que pour son Secteur du détail dans l'est du Canada, le tout chapeauté par un modèle coopératif moderne, rentable et agile.

Le Secteur du détail est-il nouveau dans la structure de l'entreprise ?
Au cours des dernières années, nous avons rééquilibré nos portefeuilles et secteurs d'affaires. Nous en avons maintenant trois : Agricole, Détail et Olymel. Chacun a des ventes semblables au sein de l'organisation, soit environ 2 milliards $. Cette restructuration évite que les résultats financiers de La Coop fédérée dépendent de façon disproportionnée d'un secteur particulier. Le Secteur du détail est un virage important et rassemble Énergies Sonic, Quincailleries et machines agricoles (y compris le transfert des quincailleries vers BMR), ainsi qu'Innovation et croissance. Il y a des synergies commerciales importantes à exploiter entre les activités d'Énergies Sonic et celles de Quincailleries. Avec notre investissement stratégique dans Norcan et Propane Québec, Énergies Sonic est une activité rentable et en croissance où les occasions de consolidation du marché et du positionnement de l'offre seront porteuses à l'avenir.

Où en êtes-vous avec BMR ?
Nous détenons une part du capital de BMR. C'est un partenariat commercial qui fonctionne déjà. Ses experts, ses marchands indépendants, son réseau de distribution de produits de quincaillerie, ses entrepôts et autres installations sont impressionnants. BMR est le deuxième acteur en importance dans le domaine de la rénovation au Québec. Par ailleurs, les magasins franchisés Unimat seront tous desservis par BMR dans un avenir rapproché.

Quelle est la situation financière de La Coop fédérée?
Elle est saine et maîtrisée. Nous avons fait plusieurs acquisitions au cours des six dernières années. Elles étaient nécessaires pour assurer notre croissance et des retombées pour les membres. Nous avons optimisé des actifs sous-utilisés afin de réduire certains coûts, et mis en place des centres de services partagés ainsi que des systèmes transactionnels technologiques, tout cela avec l'aide de notre réseau. Sans tous ces efforts, nous aurions reculé.

Par où passera le prochain segment de développement de La Coop fédérée ?
Mon mandat est clair : équilibrer notre portefeuille d'affaires et le mettre à l'abri de la volatilité des marchés. Notre développement se fera en synergie. La « feuille de route » est la suivante : préparer la relève de nos employés et dans nos métiers; réussir notre virage Détail; continuer la mise en place d'une Filière porcine coopérative robuste, tant dans l'Est que dans l'Ouest; optimiser nos réseaux, soit les coopératives, Olymel, l'entente avec BMR, IFFCO – notre projet d'usine d'urée à Bécancour –, nos coentreprises, telles que Biovalco dans la biomasse, et nos chaînes de valeur. Et enfin, repositionner notre offre réseau en agriculture.

Parlez-nous du développement dans le Secteur agricole et particulièrement hors du Québec.

C'est surtout dans l'Ouest canadien que l'on verra, au cours des prochaines années, un développement important, particulièrement au Manitoba et en Alberta. Nous y avons des détaillants, des vendeurs et des coentreprises. Nous venons de construire un nouvel entrepôt d'engrais et nous comptons en bâtir deux autres. Cela se fait par l'entremise d'Agrico, une entreprise acquise en 2011. Nous préparons le marché. Nous voulons établir une synergie avec Olymel, qui produit en Saskatchewan un million de porcs par an grâce à sa filiale Olysky. Pour les nourrir, 350 000 tonnes de grain sont nécessaires. Et pour produire ce grain, il faut de l'engrais. C'est une des raisons pour lesquelles nous voulons construire, avec IFFCO, l'usine de production d'urée à Bécancour. Nous voulons boucler la boucle. Ces investissements auront des retombées très positives pour le Québec.

Comment IFFCO nous permettra-t-elle d'être plus concurrentiels sur les marchés ?
IFFCO sera un maillon de plus à notre chaîne de valeur, qui s'étendra de la fabrication d'engrais jusqu'aux rayons des épiceries, où l'on retrouvera de la viande de porc produite par le réseau. L'objectif ultime est d'accroître la rentabilité du réseau La Coop et de partager la richesse créée parmi les producteurs membres et les usagers. Être engagé dans la production d'un produit de base, l'urée, nous procure des avantages concurrentiels et réduit notre dépendance aux fluctuations de ce marché. Si le cours de l'urée monte, nous en toucherons la plus-value; s'il baisse, nous disposons d'un outil de production qui sécurise nos marchés et continue de faire de nous un acteur compétitif.

Qu'en est-il du marché des États-Unis et quels défis représente-t-il ?
Le nord-est des États-Unis est un marché moins attaché que celui de l'Ouest canadien, davantage « spot market », c'est-à-dire ponctuel en fonction de besoins précis. La proximité de ce marché est un avantage, mais il reste à développer, car nous n'y avons pas d'infrastructures ni d'employés, comme dans l'Ouest canadien. Notre vision première, c'est le Canada. Législation, monnaie, population, transport, tout est plus facile, naturel. On s'intéressera plus sérieusement aux États-Unis une fois notre expansion canadienne achevée.

Quel est le plus grand défi de La Coop fédérée ?
Outre la consolidation et la planification stratégique, c'est la relève. Notre nouvelle structure organisationnelle a été conçue pour la préparer. Il nous faut des jeunes pour occuper les postes stratégiques. L'autre défi d'envergure – bien qu'il ne soit pas particulier à La Coop fédérée –, c'est réussir à intéresser la population à l'agriculture. Dans une optique de développement de certaines chaînes de valeur de la terre à la table, c'est essentiel. Bref, en mettant tous ces éléments en place, nous nous positionnerons encore davantage comme des leaders.
 
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