Entretiens
Les coopératives de financement constituent un outil important dans le domaine financier pour les producteurs de bœufs du Québec.
Ces coopératives ont été créées en 1996, et jusqu'à 12 regroupements ont commercialisé quelque 10 000 vaches de boucherie et un peu plus de 15 000 bouvillons. L'objectif, encore aujourd'hui, est aussi de financer les producteurs, tout en conservant comme garantie la propriété des animaux. Toutes les régions du Québec ont misé sur cet important partenaire. Aujourd'hui, seulement trois coopératives sont toujours en activité : celles de la Mauricie, de l'Abitibi et du Bas-Saint-Laurent.

Pour Gaëtan Bélanger, de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, il ne fait aucun doute que les coopératives de finan­cement pour l'achat d'animaux de boucherie ont leur place dans le coffre à outils des agriculteurs québécois.
Le but premier est simple : permettre aux producteurs de bœufs d'accéder à du financement pour acquérir des animaux. Cela leur permettait de profiter des bonnes occasions tout en évitant les délais imposés par les enquêtes de crédit. Tout était déjà fait par les coopératives lors de l'ouverture des dossiers. Elles créaient un pont entre le prêteur traditionnel et le membre. Cela offrait plus de souplesse à l'emprunteur et permettait de réduire le loyer de l'argent.

Les premières années ont été productives. Mais en 2005, certaines règles ont changé. En effet, des coopératives se sont retrouvées à la croisée des chemins, notamment en raison de modifications apportées au soutien qu'elles obtenaient de l'État. « Les modifications apportées au programme ASRA [assurance stabilisation des revenus agricoles] ont entraîné des risques financiers pour les coopératives de financement », indique Gaëtan Bélanger, conseiller à la direction générale de la Fédération des producteurs de bovins du Québec.

Nouvelle approche
Selon Gaëtan Bélanger, les coopératives de financement ont leur place dans le domaine des finances. Ailleurs au Canada, elles sont gage de succès. Elles sont encadrées par l'État et, en plus, sont reconnues comme producteurs. Relevant de la common law, les coopératives des autres provinces canadiennes sont assurées de pouvoir récupérer les sommes disponibles sur les animaux en cas de faillite – un des enjeux actuels, qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle structure assurant leur avenir au Québec. « Au Québec, nous avons des dispositions du Code civil qui posent problème, souligne M. Bélanger. Les prêteurs traditionnels peuvent prendre le premier rang sur toutes les composantes de la ferme. Si les coopératives pouvaient automatiquement obtenir ce premier rang sur les animaux qu'elles financent, ce serait un gain important. Le deuxième enjeu majeur est la reconnaissance des coopératives comme producteurs. Ainsi, elles pourraient recevoir directement les sommes de l'ASRA et diminuer encore plus leurs risques. Le nerf de la guerre en finance, ce sont les risques et les garanties. »

Avec un nouveau cadre financier qui apporterait des solutions aux problématiques actuelles, ces coopératives auraient un bel avenir au Québec, selon Gaëtan Bélanger.

Un exemple de succès
Il y a plus de 17 ans, les producteurs de bœufs de la Mauricie se dotaient d'une coopérative pour les aider dans le secteur financier. Supervisé par la Financière agricole du Québec, cet organisme permet aux producteurs d'avoir accès à un financement avantageux.

La coopérative créée en Mauricie compte actuellement une trentaine de membres, qui négocient annuellement pour un peu plus de 5 000 000 $ d'animaux.

Pour Nicole Pouliot, de la Coopérative des producteurs de bœuf de la Mauricie, la clé du succès est le suivi des membres et leur respect des modalités de l'organisme.
Forte de son succès, la coopérative mauricienne offre ses services depuis 2002 aux producteurs de Lanaudière et même à quelques fermes de la région de Portneuf. La réussite n'a pas été égale partout avec ce type de coopérative. L'ingrédient secret est le suivi, selon Nicole Pouliot, secrétaire de la Coopérative des producteurs de bœuf de la Mauricie. « Les projets sont soigneusement sélectionnés par le conseil d'administration, et notre superviseur fait de l'excellent travail avec les producteurs, dit-elle. On les visite régulièrement afin de s'assurer que tout va bien et que les animaux sont en bonne santé. Si des situations sont plus difficiles ou que des entreprises ont des pépins, nous tenterons de les aider. Autre élément clé : le profond respect des modalités de notre coopérative par nos membres. »

La Coopérative des producteurs de bœuf de la Mauricie est un bel exemple montrant qu'il est possible de composer avec les aléas de la finance. Elle a même prêté main-forte aux producteurs des autres régions, mais elle ne peut tenir le coup à elle seule.

Cela demanderait trop de temps et de coûts.
Comme le prix des bouvillons a littéralement explosé sur le marché, les coopératives sont plus que jamais un outil de premier plan. Un bon plan d'affaires empreint d'ouverture d'esprit et engageant le MAPAQ, la Financière agricole, la Fédération des producteurs de bovins du Québec ainsi que les productrices et producteurs de bovins pourrait assurer l'avenir d'un important secteur de l'agriculture québécoise.
 
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