Entretiens
Texte et photos de David Bessenay
À Wickham, dans le Centre-du-Québec, La Coop fédérée élève depuis trois ans des poules rouges de reproduction de race Sasso dont la descendance est destinée aux marchés d'exportation. Les 30 000 oiseaux font l'objet de toutes les attentions sanitaires pour diminuer le risque de prolifération des virus et bactéries. La ferme Colibri se veut un modèle en matière de biosécurité.
On doit montrer patte blanche pour entrer dans les poulaillers de la ferme Colibri. Depuis l'an passé, l'exploitation s'est dotée d'un bloc-douche (avec une entrée séparée pour les femmes et les hommes), qui est devenu un incontournable pour tous les entrants, qu'ils soient employés de la ferme ou visiteurs. Chacun doit se doucher, cheveux compris, et enfiler une tenue interne et des bottes. « Même les chirurgiens ne prennent pas autant de précautions avant une opération », plaisante Jean-Michel Charbonneau, surintendant des fermes de reproduction avicoles à La Coop fédérée. « Si par le passé l'aviculture accusait du retard en matière de biosécurité, par rapport à la filière porcine notamment, ce n'est plus le cas. »

Les nouveaux investissements ont atteint près de 140 000 $ et témoignent de la volonté de La Coop fédérée d'assurer une sécurité sanitaire optimale. Cette politique demande également une implication totale des salariés du site, au nombre de huit, sans compter les étudiants qui prennent le relais la fin de semaine. Ils doivent par exemple transférer leur dîner dans une boîte-repas prévue à cet effet. Leur cellulaire, désinfecté au Lysol, finit dans un sac Ziploc. Ces contraintes, devenues un vrai rituel, ont finalement été bien acceptées. « Cela a demandé de la pédagogie, explique Pascal Ménard, superviseur de la ferme Colibri. C'est pourquoi il est important d'avoir une certaine stabilité dans nos effectifs. »

Fumigation et code de couleurs
Chaque oiseau est bagué. En cas de problème, il peut être retracé facilement.
Les mesures de biosécurité ne s'arrêtent pas au bloc-douche. Une fois les visiteurs arrivés dans l'un des cinq poulaillers, une ligne tracée au sol les arrête. Il faut changer de bottes, enfiler une combinaison et mettre une calotte sur ses cheveux ainsi qu'un casque. Chaque bâtiment possède sa propre couleur. Les bottes jaunes ne quittent pas le bâtiment jaune pour éviter les contaminations d'un poulailler à l'autre et circonscrire d'éventuelles bactéries. À terme, le moindre objet du bâtiment sera marqué de sa couleur de référence.

Tous les véhicules de La Coop fédérée qui entrent sur le site, pour retirer les œufs ou apporter l'alimentation par exemple, sont fumigés au complet à l'intérieur. Des tests d'écouvillonnage sont pratiqués sur les camions pour s'assurer de l'absence de salmonelles et autres agents pathogènes.

Toutes ces mesures doivent être conformes aux exigences du Programme canadien de qualité des œufs d'incubation (PCQOI), dont le suivi est assuré par le Syndicat des producteurs d'œufs d'incubation du Québec. Il repose sur les principes HACCP (analyse des risques et maîtrise des points critiques) et couvre des domaines tels que la biosécurité, la santé de la volaille, la manutention et l'entreposage des œufs, la lutte contre les ravageurs, le nettoyage et la désinfection. La ferme Colibri fait chaque année l'objet de vérifications lui permettant de conserver sa certification.

Les exigences de La Coop vont plus loin. « Nous avons monté notre propre cahier des charges, complémentaire au PCQOI », explique Jean-Michel Charbonneau. Il se concentre sur la gestion de l'élevage, de la reproduction, de la préponte et de la ponte, et entraîne la tenue de nombreux tableaux de bord. La ferme s'i==mpose ses propres tests de salubrité sur les planchers ainsi que dans les systèmes d'eau et de ventilation.

« Ils nous permettent de réagir très vite en cas de problème », poursuit le surintendant.

Pour compléter cette liste de normes, la ferme doit répondre aux demandes des pays importateurs, principalement les États-Unis et le Guatemala. L'an passé, l'organisme américain responsable du contrôle du bien-être animal est venu inspecter le site de Wickham.

Avec l'installation du bloc-douche à l'entrée du site, la ferme Colibri a franchi un seuil dans son niveau de biosécurité.

Comme chaque visiteur, Pascal Ménard, superviseur de la ferme Colibri, et Jean-Michel Charbonneau, surintendant des fermes dereproduction avicoles à La Coop fédérée, doivent respecter des règles strictes à leur entrée sur le site.

Observation, prises de sang
et autopsies

Avec cinq bâtiments abritant chacun 6000 volatiles, la ferme compte 30 000 oiseaux à élever. « Nos salariés sont au contact des animaux huit heures par jour. Ils sont en première ligne, et nous sommes très attentifs à leurs remarques », note Pascal Ménard.

Mais le rôle du vétérinaire reste primordial. Benoit Lanthier a pris la succession de Francine Dufour, partie à la retraite. Le jeune vétérinaire de La Coop fédérée s'est spécialisé dans les soins aux volailles. Chaque mois, ou plus fréquemment en cas d'impératif, il inspecte les poulaillers et certifie que les oiseaux et leurs œufs sont bons pour l'exportation. Sa première approche est l'observation. « Je regarde la crête, les yeux et le comportement général. Si les crêtes sont pâles, si les yeux sont mi-clos, l'oiseau n'est pas en forme. »

En cas de taux de mortalité élevé, le vétérinaire procède à l'autopsie des cadavres. « Nous pouvons prendre des mesures préventives ou curatives, le cas échéant. »

Sortis mécaniquement du poulailler,
tous les œufs sont ensuite triés à la
main avec la plus grande attention.
En moyenne, entre 80 et 90 % des
œufs partent à l'incubation.

Avec l'ouverture des exportations vers le Guatemala, la ferme doit réaliser des analyses de sang régulières. « Nous effectuons des prises de sang sur un échantillon de 900 animaux. Chaque animal est ensuite bagué. Ainsi, en cas de problème, on peut le retrouver. » Benoit Lanthier recherche essentiellement la présence d'anticorps de salmonelles et mycoplasmes. « Il se peut qu'il y ait de faux positifs. Nous effectuons un second test en cas de doute. S'il est négatif, les oiseaux peuvent partir à l'exportation. »

Une lutte sans antibiotique préventif

Depuis quelques mois, La Coop fédérée commercialise des « parents » Sasso au Guatemala et en Colombie-Britannique.

Race Sasso :
du goût et du succès


Originaire du sud-ouest de la France, la Sasso a rapidement conquis les amateurs de bonne volaille. Sa croissance est assez lente : environ 60 jours pour atteindre un poids de 2,2 kg, contre 35 jours pour d'autres volatiles à croissance rapide. Elle est plus chère à l'achat pour les consommateurs, mais plus goûteuse. La Sasso connaît un énorme succès dans les villes du nord-est des États-Unis. Elle est commercialisée notamment par l'intermédiaire des green markets et farmers' markets, où les consommateurs choisissent l'animal sur pied.
Depuis le 15 mai dernier, cette lutte sanitaire se fait sans l'usage d'antibiotiques à titre préventif de catégorie 1, désormais interdits chez les oiseaux de chair, les poules pondeuses et les oiseaux reproducteurs. Cette décision n'a pas été imposée par la loi, mais prise par l'industrie canadienne de la volaille pour rassurer les consommateurs. La crainte était de voir certaines bactéries acquérir des résistances et devenir potentiellement dangereuses pour l'humain. « Auparavant, nous travaillions avec deux antibiotiques, Excenel et LS100, en alternance, justement pour éviter la formation de résistance. Désormais, ce n'est plus possible. La solution passe par encore plus d'exigences et de rigueur en matière sanitaire », commente le vétérinaire. La Coop fédérée a mis en place plusieurs procédures pour assurer la qualité et la propreté des œufs, notamment dans les heures suivant la ponte, le moment où ils sont le plus susceptibles de s'infecter.

« En avant de la parade »
Si le risque zéro n'existe pas, la ferme Colibri fait tout pour assurer la meilleure salubrité possible. « Nous sommes les leaders, les pionniers en matière de biosécurité dans le monde avicole au Québec. Nous voulons être en avant de la parade », résume Jean-Michel Charbonneau.

Des mesures supplémentaires sont prévues dans les mois à venir. L'entrée de la ferme de Wickham sera équipée de barrières électriques, avec bornes et cartes électromagnétiques pour contrôler l'accès. On mettra en place une procédure particulière de désinfection pour tous les objets extérieurs apportés sur le site, par exemple des pièces mécaniques. « La biosécurité, ce n'est jamais terminé. Il y toujours des choses à améliorer », conclut le surintendant.


Des Landes à la Pennsylvanie

Dès leur arrivée sur le sol québécois en provenance de France, les oiseaux font l'objet de toutes les précautions, avec une mise en quarantaine (de 30 jours) exigée par l'Agence canadienne d'inspection des aliments. L'influenza aviaire fait l'objet d'une vigilance particulière.

Les grands-parents, qui débarquent une fois l'an, s'installent à Saint-Aimé (Montérégie) pour 20 semaines. Ils partent ensuite chez un producteur de Sainte-Élizabeth-de-Warwick (Centre-du-Québec) pour pondre et ainsi renouveler le cheptel de parents.

Ceux-ci arrivent à un jour dans les poulaillers de la ferme Colibri. Chaque bâtiment renferme 5800 poules, accompagnées par 10 % de coqs. « S'il n'y a pas assez de coqs, la fertilité n'est pas suffisante. S'il y en a trop, l'ambiance n'est pas bonne », analyse Jean-Michel Charbonneau.

Les poules commencent à pondre à partir de la 24e semaine, avec un taux de 80 % d'œufs bons pour l'incubation. « Pour de la poule rouge, c'est une bonne moyenne », se félicite le surintendant.

Les poules sont conservées jusqu'à 60 semaines, « à partir de là, elles sont moins fertiles et les œufs plus fragiles », poursuit Jean-Michel Charbonneau.

Les pondeuses retraitées sont abattues et commercialisées par la filiale Olymel sur le marché intérieur.

Deux fois par semaine, les camions de La Coop fédérée récupèrent les œufs pour les amener au couvoir. L'éclosion se produit après 21 jours d'incubation. Les oiseaux partent ensuite à un jour de vie pour l'exportation, principalement aux États-Unis, où ils sont élevés dans une ferme de Pennsylvanie.

Avec des ventes en pleine croissance chaque année, l'idée de commercialiser ces oiseaux sur le marché des grandes villes canadiennes fait son chemin.

« Avec l'appui de notre réseau et des producteurs, ce serait très intéressant d'élever et de vendre au Québec, lance Jean-Michel Charbonneau. Les portes sont ouvertes, mais il faut bien avoir en tête que la Sasso est et restera un marché de créneau. »

 
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