Entretiens
Pour réaliser une vente, il est primordial de connaître son acheteur et ses besoins. Le Groupe de concertation du secteur des grains du Québec (GCSGQ) rassemble, autour d'une même table, tous les intervenants du milieu, des producteurs aux consommateurs, en passant par les semenciers, les négociants et les instances gouvernementales.

Richard Villeneuve, directeur de Grains Elite à La Coop fédérée, croit qu'une meilleure connaissance des exigences des transformateurs aiderait le secteur des ventes de grains.
Dans son plan stratégique déposé en 2012, le GCSGQ définissait le contrôle de la qualité des grains comme enjeu prioritaire pour le secteur. La Coop fédérée est engagée directement dans ce processus par l'entremise du directeur de Grains Elite, Richard Villeneuve.

Selon lui, il n'y a pas de grand secret pour satisfaire les exigences des acheteurs. Leurs requêtes varient selon leurs besoins. « Vous aurez des demandes en fonction de l'utilisation que votre client fera de son grain. S'il souhaite produire de l'éthanol ou de la moulée, les critères d'achat vont varier. »

En discutant avec les principaux acteurs du secteur des grains, l'industrie a fait le constat que le principal point à améliorer est la connaissance des besoins des marchés en matière de qualité. Il a donc été décidé de mettre l'accent sur cet aspect, principale pierre d'achoppement des transactions. « Très souvent, nous pouvons facilement répondre à la demande pour ce qui est de la quantité. Nous encaissons un refus quand la qualité n'est pas au rendez-vous », fait savoir Richard Villeneuve.

Des propos qui ont trouvé écho à La Coop Profid'Or, à Joliette, un partenaire important de Grains Elite. En 2013, l'équipe de Jean-Pierre Aumont négocie 230 000 tonnes de grains. Le maïs occupe une grande part des transactions avec un volume de 160 000 tonnes, suivi du soya (47 000 tonnes) et du blé (10 000 tonnes). Les quelque 13 000 tonnes restantes sont constituées d'avoine, d'orge et d'autres céréales. L'acheteur principal, René Brisson, indique que le client aura des demandes liées à l'utilisation qu'il fera de son grain. « Pour le maïs, notre principale demande est le no 3 ou mieux, et pour le soya, c'est le no 2 ou mieux, explique René Brisson. En règle générale, nous n'avons pas de problème à répondre à cette demande. Si c'est l'usine de La Coop fédérée qui achète, à ce moment-là nous avons des tests de toxines à faire. Le maïs avicole, lui, demande un poids spécifique élevé. C'est un incontournable. »

René Brisson, acheteur principal de grains à La Coop Profid'Or, dans Lanaudière, connaît bien les demandes de sa clientèle.
Pour le président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales, Christian Overbeek, une révision des mentalités en grandes cultures serait un gage de succès pour les producteurs de grains.
Parfois, pour répondre à une demande de maïs no 3, un producteur mélange un no 2 avec un no 4. Une tactique qui fonctionne, mais qui demeure très risquée, selon Richard Villeneuve.

« Ce n'est pas l'idéal, car l'uniformité du maïs n'est pas garantie. De plus en plus, les producteurs devront chercher à ségréguer leur grain en lots uniformes. Les acheteurs sont de plus en plus sévères sur cette demande. »

Mettre la main à la pâte
L'ensemble des intervenants a été sollicité pour permettre au secteur des grains québécois de produire une qualité supérieure – que ce soient les fournisseurs d'intrants, les conseillers de clubs ou les vendeurs de machinerie agricole. Un pas crucial franchi avec la table de concertation, selon le président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales, Christian Overbeek. « Nous avons pris un virage important. C'est certain que nous devons changer nos façons de faire pour répondre à la demande des transformateurs. Pour y arriver, la Fédération a décidé de passer par des colloques et des journées d'information. L'objectif est de mieux connaître les besoins des transformateurs pour mieux répondre à leurs attentes. Si les producteurs comprennent bien les exigences et les besoins des clients, ils seront plus motivés à y répondre. »

Le marché des grains a grandement évolué au fil des ans. De plus en plus de contrats sont signés entre les transformateurs et les producteurs. Chez Profid'Or, par exemple, une grande partie du volume de soya est déjà négociée, soit plus de 15 000 tonnes. Par contre, du côté du maïs, c'est le contraire. « Ça ne bouge pas présentement, précise René Brisson. Les acheteurs sont tranquilles. »

Ce dernier indique que ses fournisseurs sont de plus en plus conscients de l'importance de la qualité. « Nous devons changer notre mentalité, ajoute Christian Overbeek. Lancer notre plan de culture avec du blé de consommation humaine en nous disant que s'il ne se classe pas, nous l'enverrons dans le secteur animal, ça ne marche plus. La production animale aussi a besoin de grain de qualité. » Robert Beauchemin, président des Moulins de Soulanges, ne cache pas que les demandes de la minoterie de Saint-Polycarpe ont un but précis. L'indice de chute (minimum de 250 secondes), le taux de vomitoxine (maximum à 2 ppm) et un taux de protéine avoisinant 11,5 % répondent à des critères techniques cruciaux. « Un indice de chute est une mesure de l'activité enzymatique. Cette activité transforme l'amidon en sucre. Nous voulons qu'elle se déroule en boulangerie, d'où l'exigence de 250 secondes. Sinon, il y aura trop de sucre disponible, le pain aura moins de volume, et lors de la cuisson, la croûte va caraméliser.

L'action des toxines, elle – mis à part le fait qu'au-dessus de 2 ppm nous sommes hors normes –, sera de s'attaquer aux structures des protéines, et le gluten va être détruit au bout du compte. Pour la protéine, nous visons maintenant plus une protéine de qualité. Habituellement, il y a un lien entre la quantité et la qualité de la protéine. Par contre, en fonction de la régie et de la saison, certains blés avec un taux de protéine moindre auront une très bonne force boulangère. »

Revoir la façon d'entreposer
Robert Beauchemin, des Moulins de Soulanges, explique que les demandes de sa minoterie sont basées sur des besoins particuliers en matière de boulangerie.
« La conservation des grains en silo exige un engagement annuel pour en assurer la qualité », souligne Nicolas St-Pierre, du collège d'Alma.
Une fois que les récoltes ont été faites, bon nombre de personnes entreposent le précieux matériel dans des silos. Une opération toute simple, mais qui peut avoir un impact considérable sur la somme que vous obtiendrez pour votre travail. Une erreur importante commise par certains, selon Nicolas St-Pierre, agronome et enseignant au collège d'Alma, est de penser qu'une fois le grain entreposé, il n'y a plus rien à faire. « Un grain, ce n'est pas statique, c'est vivant, ça respire, ça produit du CO2, de l'humidité et de la chaleur. Ces éléments étant des facteurs favorisant la dégradation des grains, nous devons y apporter une attention toute particulière. »

La mise en silo des grains est une étape cruciale pour la ventilation. L'objectif est de placer notre récolte en sécurité pour les mois d'hiver, en attendant que notre acheteur vienne en prendre possession ou que le prix soit plus intéressant.

Que ce soit du maïs ou du blé, asséché dans un séchoir ou ventilé directement dans le silo, certaines bases s'appliquent. Plus un grain est gros, plus l'air circule facilement. Plus il est petit, plus la friction avec l'air est intense. Ce qui est important, c'est que le débit du ventilateur fournisse une quantité d'air suffisante pour atteindre les conditions idéales pour l'entreposage, soit le bon taux d'humidité (qui diffère selon la culture) et la bonne température (entre 0 et 5 °C). « La formule est complexe, mais le principe est simple, précise Nicolas St-Pierre. La ventilation doit se faire par étapes pour atteindre les conditions de conservation. »

C'est un processus qui exige du temps, poursuit-il. Une zone de refroidissement se forme dans le silo et progresse vers le haut (en situation de ventilation poussée). Ce principe est appelé cycle de ventilation. Ventiler un peu ne veut pas dire que toute la masse de grain a été refroidie, cela signifie seulement que la zone de refroidissement a monté légèrement. Le reste du grain demeure toujours exposé aux conditions de dégradation. Il est possible d'évaluer le temps nécessaire pour qu'un cycle soit achevé. Par exemple, afin d'abaisser la température d'une masse de grain avec un débit d'air de 6 L/sec-m3 (ou 0,5 pi3/min-boisseau), il sera nécessaire de ventiler pendant une période de 30 heures pour achever un cycle. Par contre, si le ventilateur libère un débit d'air de seulement 1 L/sec-m3 (ou 0,1 pi3/min-boisseau), il faudra compter 150 heures. Il sera nécessaire d'effectuer plusieurs cycles afin d'obtenir les conditions idéales pour une conservation adéquate. On pousse, en quelque sorte, le grain vers une forme d'hibernation…

Une fois que la récolte est dans le silo, une ronde de surveillance s'annonce. « En automne, le phénomène de respiration est très présent, souligne Nicolas St-Pierre. Nous devons nous assurer de ventiler selon les besoins. Par la suite, on ventile toutes les deux semaines pour maintenir le grain dans les conditions idéales. Au printemps, nous devons réchauffer la masse de grain afin d'éviter qu'il y ait un écart de température trop grand entre l'intérieur et l'extérieur du silo, afin de limiter le phénomène de convection. Le soleil réchauffe l'air dans le silo, ce qui active la respiration. La ventilation sera alors à adapter. »

Grâce à cette prise de conscience des producteurs et des fournisseurs concernant les exigences des transformateurs, combinée aux progrès techniques des intervenants de cette industrie, les acteurs québécois du secteur des grains sont prêts à prendre d'assaut le marché mondial.
 
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