Entretiens
Par Élisabeth Lapointe, Conseillère en communications La Coop fédérée elisabeth.lapointe@lacoop.coop Twitter : @elisalapointe
La Coop fédérée est impliquée dans un projet à Winnipeg visant la récolte et la valorisation des quenouilles comme stratégie de réduction des rejets de phosphore dans le lac Winnipeg. Ce projet innovateur permettrait également la création de bioénergie et offrirait aux producteurs agricoles des occasions de récolte et de vente.
Qui aurait cru qu'un jour la quenouille allait contribuer à sauver un des plus grands lacs au monde? En effet, le lac Winnipeg, 10e lac d'eau douce de la planète, est aux prises avec un très sérieux problème d'eutrophisation, c'est-à-dire de dégradation de son milieu en raison d'un apport excessif de substances polluantes. La pollution entraîne un déclin des populations de poissons, des problèmes d'approvisionnement en eau potable et la propagation d'algues bleues. La rivière Rouge, qui prend sa source dans les vastes plaines agricoles des États-Unis, charrie d'énormes quantités de nutriments (dont le phosphore) avant de se jeter dans le lac Winnipeg. Le phosphore qui s'y déverse se trouve au cœur du problème.

L'International Institute for Sustainable Development (IISD), dont la mission est de créer des solutions innovatrices pour le développement durable, a proposé le Lake Winnipeg Bioeconomy Project au gouvernement manitobain et à l'organisme Yes! Winnipeg, qui s'affaire au développement économique de la ville. Ce projet visait à assainir le lac de même qu'à mettre en œuvre un écosystème de bioraffinage basé sur la valorisation de la quenouille.

« Nous avons reconnu l'ampleur du problème et nous y avons vu une occasion d'innover pour trouver une solution durable qui ne générerait pas des dépenses, mais des profits », explique Hank Venema, vice-président au développement des affaires de l'IISD. Le gouvernement du Manitoba et le gouvernement du Canada ont tous deux placé au sommet de leurs priorités le retour à la santé de ce majestueux lac.

Brian Edwards, de DuPont, estime qu'environ 150 emplois directs pourraient être créés pour l'industrie de la biomasse et de la bioraffinerie et qu'au moins deux fois plus d'emplois indirects découleraient de la construction et de la mise en place du projet. « L'assainissement du lac Winnipeg demande un effort coordonné de la part de nombreux acteurs et une volonté d'adopter des solutions nouvelles et innovantes, déclare Gord Mackintosh, ministre manitobain de la Conservation et de la Gestion des ressources hydriques. Le travail de pionnier de l'IIDD avec les quenouilles a offert un tout nouvel ensemble d'outils pour nous permettre de sauver le lac Winnipeg. Le Manitoba est fier de travailler avec les ONG de l'industrie et de l'environnement pour mettre en marche ce plan d'action. » « Le projet visant à récolter la quenouille pour la transformer en bioénergie et bioproduits montre à quel point les problèmes environnementaux peuvent parfois devenir de belles occasions d'affaires et créer de l'emploi! Nous avons tout de suite pensé à attirer des entreprises comme DuPont, Biovalco et La Coop fédérée pour développer cette expertise au Manitoba », s'exclame Bill Morrissey, leader de l'organisme Yes! Winnipeg, une initiative de Economic Development Winnipeg.

Carte : Environnement Canada

Le bassin hydrographique du lac Winnipeg, qui s'étend sur près d'un million de km2. Le bassin versant couvre une partie de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba et de l'Ontario, ainsi que du Montana, du Dakota du Nord, du Dakota du Sud et du Minnesota.

La Coop fédérée s'est ainsi jointe à l'équipe, qui se compose de représentants de Yes! Winnipeg, du gouvernement du Manitoba, de l'International Institute for Sustainable Development et de DuPont. Ensemble, tous travaillent à l'élaboration d'un plan d'action pour assainir le lac en mettant en place un écosystème de bioraffinage basé sur la valorisation de la quenouille. « La quenouille a longtemps été considérée comme de la mauvaise herbe. Mais lorsque les chercheurs ont découvert qu'elle absorbait des quantités importantes de phosphore se trouvant dans l'eau et qu'elle avait donc le pouvoir de nettoyer le lac, ils y ont vu une solution, pourvu que l'on puisse récolter cette quenouille. En effet, si elle n'est pas récoltée, en mourant la quenouille retourne dans le lac et y dépose à nouveau le phosphore qu'elle avait absorbé », explique Patrick Girouard, coordonnateur des énergies renouvelables et bioproduits à La Coop fédérée.

Quand la biomasse devient
la solution à un des plus importants problèmes mondiaux…

« Pour éviter que, lorsque les quenouilles meurent, le phosphore qu'elles contiennent retourne dans l'eau du lac, elles peuvent être récoltées et servir de source de biomasse », indique Patrick Girouard.

La Coop fédérée et l'équipe du projet ont donc évalué la possibilité de créer au Manitoba un écosystème de bioraffinage qui traiterait les quenouilles et des résidus agricoles (comme la paille de blé), pour produire un certain nombre de bioproduits, tels que de l'éthanol cellulosique, du CO2, de la biomasse pour le chauffage et peut-être même du phosphore pour l'engrais. En plus de remettre en bonne santé une des plus importantes sources d'eau potable au monde, ce projet créateur d'emplois aurait de grandes retombées économiques.

Un projet à double volet
environnemental

La solution proposée permettra non seulement l'assainissement du lac Winnipeg, mais également la création de différents types de bioénergie. Qui plus est, les quenouilles pourront être utilisées pour constituer des bandes riveraines, ce qui permettra aux producteurs agricoles de les récolter et de les vendre.

De plus, cette solution d'assainissement est beaucoup moins coûteuse que certains projets d'infrastructures plus traditionnels, comme la mise à niveau d'usines de traitement des eaux usées. L'écosystème de bioraffinage proposé pourrait aussi compter sur le potentiel de rendement en biomasse très élevé de la quenouille. « La quenouille produirait de 13 à 17 tonnes par hectare en 90 jours. Rappelons que pour chaque tonne de biomasse créée, une tonne de C02 n'est pas relâchée dans l'atmosphère », explique Cyrille Néron, directeur principal du secteur Innovation et croissance à La Coop fédérée.

Le ministère fédéral de l'Environnement appuie les efforts de dépollution du lac Winnipeg. Selon son ministre, l'objectif d'Environnement Canada est de « déceler les aires de fortes concentrations de nutriments à l'intérieur du bassin de la rivière Rouge et de celui de la rivière Winnipeg, et formuler des recommandations sur les pratiques de gestion à adopter pour favoriser la prévention et la réduction de la pénétration de nutriments dans ces affluents du lac Winnipeg ».

Des occasions à saisir pour
La Coop fédérée

Pour La Coop fédérée, il s'agit d'un projet de positionnement stratégique dans le développement d'un leadership canadien en matière de biomasse agricole. « C'est, pour nous et notre partenaire manitobain, Biovalco, une excellente occasion de développer de nouveaux marchés pour nos solutions de chauffage à la biomasse à l'aide de la chaudière Blue Flame, ainsi que de consolider notre expertise dans le secteur du bioraffinage, et ce, tout en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre », dit Cyrille Néron.

Le plan d'action en cours d'élaboration allie solutions environnementales et biomasse, en combinant l'amélioration de la qualité de l'eau et la récolte de biomasse.

Un projet inspirant pour le Québec
Sauver un des plus grands lacs au monde d'une façon novatrice, économique et ayant de multiples bienfaits sur l'environnement, voilà un projet inspirant! Il s'agit d'une solution audacieuse, appuyée par l'International Institute for Sustainable Development. Comme le disait un ancien directeur général de la Manitoba Environmental Industries Association : « Ne nous leurrons pas, le lac Winnipeg éprouve un problème de premier ordre. Aussi devrions-nous peut-être envisager une solution de premier ordre. »

Selon Environnement Canada, « le Québec abrite grosso modo 3 % des réserves d'eau douce renouvelable de la planète »1. La protection de nos ressources hydriques est une nécessité de plus en plus comprise par nos décideurs et par les producteurs agricoles. Espérons que des projets semblables à celui du lac Winnipeg verront le jour au Québec dans les prochaines années!

1 www.ec.gc.ca/eau
 
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