Entretiens
Par Céline Normandin
À la dernière assemblée générale, tenue à Québec le 18 juin, Citadelle avait amplement de bonnes nouvelles à transmettre à ses membres, dont une augmentation de 7 % du chiffre d'affaires. Ce résultat fait grimper la hausse à 43 % en cinq ans. Mais l'année écoulée a aussi offert son lot de défis, dont celui d'affronter la concurrence américaine, qui se développe très rapidement.
Le chiffre d'affaires au cours de l'exercice 2013-2014 a atteint un nouveau sommet de 93,2 millions $ grâce au sirop d'érable, qui demeure le fer de lance de la coopérative. L'augmentation des divers frais commerciaux, administratifs et financiers a toutefois grignoté l'excédent brut, ce qui s'est reflété sur l'excédent net. Ce dernier est passé de 2,7 à 2,1 millions $. Les ristournes ont quant à elles fléchi à 1,71 million $, contre 2,08 en 2012-2013.

Le président de Citadelle, Michel Labbé, avait de bonnes nouvelles à communiquer aux membres au terme de sa première année à la tête de la coopérative.
Bien que l'excédent ait diminué, le directeur général, Martin Plante, se dit satisfait de ces résultats. « Nous avons réussi à augmenter nos volumes ainsi que notre rentabilité, malgré que nous soyons dans un marché très compétitif et mature. Pour y arriver, nous avons dû investir, ce qui s'est reflété sur l'excédent. » En plus de ces contraintes, la hausse des coûts de production n'a pu être transférée dans les prix.

L'année 2013 a été une année où le volume et la qualité du sirop ont répondu aux besoins des marchés. Le miel a souffert, de son côté, d'une production limitée. Après une année record en 2012 avec 340 000 lb, les apiculteurs en ont récolté 90 284 lb l'an dernier. Pour ce qui est de la canneberge, qui accueillait ses 12 premiers membres, la transformation a été limitée en raison des capacités de l'usine, mais les nouvelles installations devraient pouvoir transformer 25 millions de livres de canneberges par an.

Investissements majeurs
Citadelle place beaucoup d'espoir dans sa nouvelle usine de transformation de canneberges. Elle s'ajoute aux quatre usines que compte déjà la coopérative. Les installations ont nécessité un investissement de l'ordre de 13 millions $, et l'usine sera opérationnelle à la fin de l'été. On y produira des canneberges séchées sucrées et du jus. D'autres produits pourraient y voir le jour pour répondre aux besoins du marché. « On parle ici de procédés uniques en leur genre. On est vraiment parti de zéro en matière de technologie », explique le directeur général.

Un autre chantier important a été achevé cette année : la construction d'un entrepôt de 3700 m2 (40 000 pi2) à Plessisville. Cet entrepôt sert d'aire de réception et d'entreposage supplémentaire de barils pour la récolte 2014. Le remplacement du parc de barils suit son cours. Depuis 2010, 20 000 barils ont été remplacés, pour un coût d'un million $ annuellement.

Les bistros-boutiques Les Délices de l'érable ont quant à eux enregistré des pertes, engendrées par le déménagement du bistro-boutique de l'aéroport Montréal-Trudeau. Pour les dirigeants de la coopérative, les bistros-boutiques comportent plus d'avantages que d'inconvénients. « Ils offrent une vitrine pour nos produits et valent une campagne de marketing, qu'on n'aurait pas les moyens de s'offrir », a indiqué M. Plante. Ils offrent aussi une belle occasion de tester les nouveaux produits de Citadelle auprès d'un large public venant de partout dans le monde, en raison de leur présence au Vieux-Port de Montréal et surtout à l'aéroport.



Un créneau à développer
Citadelle a multiplié les démarches au cours des dernières années pour se distinguer dans un marché où la concurrence est féroce, aux dires même du directeur général, Martin Plante. Annoncée l'année dernière, la nouvelle image de la coopérative a été mise au point. En toile de fond sont présentés les valeurs de l'entreprise, le sirop, le miel et la canneberge, ainsi que le cœur que ses membres mettent à l'ouvrage.

Pour suivre les tendances des marchés et à la demande de sa clientèle, Citadelle a obtenu la certification de commerce équitable Fair for Life (Fair Trade Certified). « Les clients et acheteurs veulent aller plus loin dans la proximité avec leur fournisseur. Afin de vendre ce que nous faisons, il faut mettre en avant ce que nous sommes », avance M. Plante.

Les dirigeants confirment que la coopérative a l'intention de s'immiscer davantage dans le créneau des produits 100 % purs avec des certifications sur la qualité, la salubrité, l'authenticité et la traçabilité. « Il s'agit d'un élément très important à long terme, confirme Michel Labbé, président de Citadelle. C'est notre capacité de faire un suivi parfait du produit depuis la source qui fait que les clients reviennent. »

Un trio complémentaire
Jean-Guy Isabel a reçu un cadeau des mains du président de Citadelle en remerciement pour ses 15 années de service comme administrateur de Beauce-Frontenac, siège qu'il a laissé cette année pour une retraite bien méritée.
Les chiffres du dernier exercice démontrent également l'intégration harmonieuse des canneberges aux activités de la coopérative, au point que le directeur général parle d'une interdépendance garante de l'avenir. « Il nous est arrivé, lors de foires commerciales, de voir un client commander également une cargaison de canneberges en voyant que nous offrions ce produit », a raconté Martin Plante en assemblée. Les trois secteurs connaissent par contre leur lot de défis. Les États américains producteurs de sirop d'érable menacent de grignoter le marché dominé par les producteurs québécois.

Le secteur apicole, déjà fragilisé par la mortalité chez les abeilles, a vu apparaître sur le marché un miel de synthèse. Citadelle a également perdu dans l'année le contrat qui la liait avec son plus important client, car elle refusait de plier sur la question du « 100 % pur ». Mais la coopérative dit ne pas baisser les bras. Elle a l'intention de miser sur le miel de cuisson en intégrant davantage le miel dans ses recettes.

Du côté des canneberges, le secteur a décidé de prendre les devants en s'autorégulant et en réduisant sa propre production de 15 % pour la prochaine récolte grâce à une entente conclue avec les producteurs de l'Amérique du Nord.

La coopérative participe aussi à de nombreux groupes pour chercher les meilleures voies d'expansion. Elle fait partie du Comité pour le développement de la canneberge du Québec, avec tous les acteurs de l'industrie de la canneberge, afin de veiller à l'avancement de cette filière. Le Conseil de l'industrie de l'érable et la Fédération des producteurs acéricoles du Québec ont convenu de mener une étude sur le contexte du devenir de l'acériculture en Amérique du Nord, avec pour objectif de donner des recommandations qui permettront à l'industrie québécoise de faire face à la concurrence étrangère. Citadelle compte aussi travailler plus étroitement avec les producteurs américains pour améliorer l'image du sirop sur les marchés internationaux, en l'absence d'une dénomination claire du produit. « Nous avons intérêt à travailler ensemble afin de mieux faire connaitre le produit », indiquent MM. Labbé et Plante.
 
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