Entretiens
Au fond, il n'y a pas de secret pour produire un des meilleurs veaux semi-finis Angus-Simmental du Québec. Il faut savoir s'entourer, respecter les animaux et la nature, être efficace et imaginatif.
Ce sont les principaux éléments qui guident Gérald Rousseau, sa femme, Madeleine Bouchard, et leur fils, Christian, de la Ferme de la Carpe, à Saint-Stanislas (Lac-Saint-Jean), pour gérer un imposant troupeau vache-veau de plus de 700 bêtes, dont 375 vaches productives. « Travailler avec du monde meilleur que toi, ça te tire vers le haut », lance Gérald Rousseau, 59 ans. Sourire aux lèvres, bien planté dans un de ses champs, entouré de veaux qui tètent leur mère, il parle avec passion de son métier. « Quand je vois ça, ça vient confirmer que je fais le plus beau métier au monde ! » s'exclame-t-il alors que des dizaines de veaux gambadent lors d'un changement de zone de pâturage.

L'ingrédient numéro un de Gérald, c'est la passion qui l'anime. Pour réussir dans le domaine du vache-veau, il faut beaucoup d'amour pour les animaux et une volonté de fer pour rester concurrentiel. Pour preuve, dès que les bêtes entendent la voix de l'homme, elles s'approchent rapidement.

Pâturage en hiver
Pour rentabiliser l'élevage d'un si imposant troupeau au nord du lac Saint-Jean, dans un climat très froid en hiver, il faut appliquer des mesures qui touchent tous les aspects de la production, du vêlage à la qualité de la génétique en passant par une grande qualité des fourrages.

« Ma ligne de conduite est de respecter ou de reproduire ce que la nature fait. J'exploite une étable à ciel ouvert. Il faut que la vache travaille pour toi, et non l'inverse », affirme ce passionné. Un des premiers aspects de son « secret » est d'avoir allongé de 35 jours le pâturage dans les champs. Gérald a réussi ce défi même s'il y a de la neige, grâce à une bonne gestion de ses champs. Il sème des plantes plus résistantes en semis direct. Ce qui permet aux vaches de dénicher avec leur museau la nourriture qui se cache sous la neige. Même avec un couvert de 15 cm de neige, elles trouvent les plantes. Évidemment, Gérald et son fils choisissent les terrains propices pour ce type de culture. « Nous continuons à faire des tests et nous voulons encore étirer davantage, afin d'avoir le moins de jours possible où nous les nourrissons avec des balles de foin en hiver », dit-il.

De cette réussite découlent des économies substantielles. Pour abaisser les coûts de production, on utilise moins la machinerie agricole. Résultat : une moins grande consommation de pétrole. En gagnant un mois de pâturage, c'est beaucoup moins de temps consacré à faucher du foin pour l'hiver.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Gérald Rousseau évalue l'économie à 1,50 $ par vache par jour quand les animaux sont au pâturage plutôt que de manger des balles de foin. Pour 35 jours, c'est un gain de près de 20 000 $ ! Au total, les bêtes se trouvent à manger du foin coupé pendant un peu moins de cinq mois. L'hiver, on les met dans des enclos conformes aux bonnes pratiques en matière de bien-être animal et munis de brise-vent pour les protéger.

Les bêtes ne sont pas transportées pour changer de pâturage. Presque tous les champs de la ferme de 900 hectares (2200 acres) communiquent entre eux. Un autre ingrédient de la recette de la Ferme de la Carpe.

Vêlage
La bonne gestion du troupeau est primordiale pour réussir dans ce domaine. Gérald Rousseau gère ses pâturages avec efficacité. Les bêtes changent d'enclos après cinq à six jours. Une façon de faire qui tient compte de la qualité du pâturage en fonction du besoin de la vache. « Il réduit ainsi au minimum l'aspect mécanique, ce qui lui permet d'être productif », explique Gilles Asselin, directeur des opérations de La Coop des deux rives, à Normandin.

Disposant de 15 taureaux de grande qualité, les vaches donnent naissance à des veaux solides pesant en moyenne 7 % du poids de leur mère à la naissance. Le taux de perte est d'environ 5 %. C'est 85 % des veaux qui seront vendus à des parcs d'engraissement, en tenant compte du taux de remplacement des reproductrices de 10 %. « Notre préoccupation, c'est de livrer un veau avec lequel le propriétaire du parc d'engraissement fera de l'argent, affirme Gérald Rousseau. Ce qui est encourageant, c'est que le prix des veaux est bon depuis plusieurs mois. Il y a une bonne demande. Nous avons une bonne structure de mise en marché au Québec, mais il faut la préserver et la bonifier, car je la trouve fragile. »

De plus, comme ses vaches sont fortes et solides, elles sont productives en moyenne pendant 10 ans. « Pour réussir un veau, l'alimentation de la mère et de son veau est importante, souligne le producteur. En plus du pâturage, des suppléments de vitamines et minéraux sont donnés aux animaux. Notre objectif est de vendre un veau de qualité d'environ 750 lb [340 kg] à l'âge de 8 à 10 mois. » L'apport en eau est aussi très important. Autre aspect de l'ingéniosité des propriétaires de la ferme, ils ont fabriqué plusieurs stations solaires qui permettent de pomper l'eau des ruisseaux et de remplir des abreuvoirs. Une solution peu coûteuse, d'autant plus qu'au lieu d'acheter des abreuvoirs du commerce, Gérald transforme des pneus de machinerie forestière en bassins quasi indestructibles. Toujours en symbiose avec la nature, Gérald et son fils s'assurent que les vaches peuvent vêler dans d'excellentes conditions. Très peu se retrouvent à l'intérieur pour le faire. On a aménagé des secteurs forestiers pour que les vaches vêlent en toute sécurité, à l'épreuve des intempéries. « De plus, nous avons un équipement mobile adapté pour les isoler et les accompagner, si elles en ont besoin. Nous avons deux périodes de vêlage : le printemps et l'automne. Une période qui demande une grande vigilance. On ne veut pas perdre un veau », souligne l'éleveur.

«Nous avons une bonne structure de mise en marché au Québec, mais il faut la préserver et la bonifier, car je la trouve fragile», croit Gérald Rousseau.



Coopération et innovation
Gérald Rousseau vante les mérites de La Coop des deux rives, qui regroupe près de 300 sociétaires venant des MRC du Domaine-du-Roy et de Maria-Chapdelaine. « Sans la coopérative, on ne serait plus en affaires. C'est un outil de développement important, parce que nous avons accès à des experts-conseils, mais ça nous permet également d'avoir de meilleurs prix pour nos intrants. La Coop fait partie des avantages économiques liés à la rentabilité de notre production. Nous n'avons pas le choix, si nous voulons rester dans le coup, car nous sommes de très petits acteurs dans la région, comparativement au reste du monde », plaide celui qui préside le conseil d'administration de cette coopérative.

«Nous avons une bonne structure de mise en marché au Québec, mais il faut la préserver et la bonifier, car je la trouve fragile», croit Gérald Rousseau.



Pas surprenant que la Ferme de la Carpe fasse partie d'une cellule innovante de l'Abitibi-Témiscamingue afin d'être à l'affût des dernières trouvailles technologiques. Un groupe qui permet d'appliquer de nouvelles façons de faire pour être plus productif. Par contre, Gérald Rousseau n'en fait pas une maladie. « Ce n'est pas la productivité à tout prix », lance-t-il.

Un peu d'histoire
C'est la réalité de la vie qui a poussé Gérald et sa femme à se lancer dans la production bovine. « Je me suis fait deux entorses graves coup sur coup, raconte-t-il. J'ai donc travaillé blessé sept jours sur sept pendant deux hivers pour m'occuper de la ferme laitière. Ça m'a fait réfléchir. Je travaillais jour et nuit et je n'avais plus de qualité de vie. Ces blessures portaient un message. Je me suis aperçu que la production de bovins me donnerait plus de flexibilité. »

En 1993, le couple délaisse la production de 50 kg/jour pour se lancer dans cette nouvelle aventure. Comme la ferme disposait déjà de nombreux champs et que la possibilité d'en louer était alors présente, tout était en place pour amorcer la transition vers la production bovine. Petit à petit, le troupeau a pris de l'ampleur, pour atteindre 520 vaches, un nombre qui a été réduit à 375 en raison, cette fois, de terres moins disponibles pour la location.

Pour démarrer son élevage, le producteur a choisi de croiser les Angus et les Simmental, car ce sont des vaches rustiques avec une grande capacité d'adaptation. « Les attentes du consommateur ont été un élément important dans le choix de nos croisements, dit-il. Il faut adapter notre produit à la demande. »

L'orientation de la ferme vers la production bovine a aussi été guidée par le goût d'améliorer la qualité de vie. Aujourd'hui, la famille peut se permettre de beaux week-ends au chalet.

L'entreprise crée, au total, l'équivalent de 2,5 emplois à temps plein. En période intensive, 5 personnes y travaillent, contre 1,5 lorsque les tâches sont moins nombreuses. Christian est le seul à occuper un emploi à temps plein, ce qui permet à Gérald de siéger à titre de président de La Coop des deux rives.

Présentement, la famille Rousseau est dans un processus de transfert, qui permettra à la quatrième génération (l'entreprise a été fondée en 1928) de prendre les commandes de la ferme familiale d'ici quelques années. Gérald croit que cette période de la vie lui permettra de consacrer plus de temps à sa passion pour les chevaux. Il espère entre autres que l'attelage de ses chevaux Canadien fera un jour partie de son quotidien. L'agriculture, un mode de vie !

 
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