Entretiens
Benoit Marquis a débuté comme producteur parce qu'il y voyait un moyen de bien gagner sa vie. Aujourd'hui, il l'est encore parce qu'il aime toujours son métier, mais aussi parce qu'il y croit.

Difficile de croire que la propriété sise à un croisement de Saint-Valérien-de-Milton abrite une porcherie. Bien que la pouponnière se trouve à un jet de pierre de la maison, aucune odeur ne vient trahir le type d'élevage qui se pratique à la ferme de Benoit Marquis. Tout montre d'ailleurs que les propriétaires prennent grand soin de leurs installations, que ce soit les bâtiments de ferme impeccables ou l'aménagement paysager soigné autour de la maison.

Benoit Marquis ne s'en cache pas : salubrité, biosécurité et propreté vont de pair et sont primordiales pour lui. Il en fait une priorité, et ce, depuis ses débuts comme éleveur, dans les années 1970. « Un environnement propre et sain, c'est la base », indique le producteur, qui avoue être maniaque sur ce point. Alors qu'il confiait auparavant à des employés le nettoyage des bâtiments entre les rotations de bandes de porcs, il fait maintenant tout faire à forfait. Et il inspecte tout lui-même avant de se déclarer satisfait.

Un secteur marqué par les embûches
Benoit et Linda travaillent étroitement à la bonne gestion de leur ferme porcine, tout en ayant chacun des tâches distinctes.
Difficile de contredire M. Marquis, surtout à la suite de l'épidémie de diarrhée porcine qui a affecté le Canada ces derniers mois, après avoir causé des ravages aux États-Unis. Une autre tuile pour un secteur qui a eu son lot de problèmes au fil des années. Benoit Marquis les a tous traversés, de la « maladie mystérieuse » des années 1990 au circovirus des années 2000. À cela est venu s'ajouter le resserrement du Programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), de La Financière agricole, en 2009, qui a été le coup de grâce pour bien des producteurs de porcs indépendants.

Benoit Marquis a lui-même dû revoir sa gestion pourtant serrée pour pouvoir dégager une marge suffisante et conserver la rentabilité. À titre d'engraisseur, la ferme de M. Marquis s'en était toujours bien tirée avec sa pouponnière de 1300 places et deux bâtiments d'engraissement de 950 et 1200 places. Depuis les changements à La Financière, il se procure encore les grains nécessaires pour la moulée qu'il produit à la ferme en les achetant par contrats à terme, directement sur les marchés financiers. Cet apprentissage n'a pas toujours été facile, mais il maîtrise aujourd'hui suffisamment les rouages du marché de Chicago pour dégager une marge supplémentaire de profit. Au moment de l'entrevue, il venait tout juste de se procurer du maïs à moins de 4 $ US le boisseau et suivait attentivement le cours des grains sur les marchés mondiaux. À ce prix, il savait qu'il avait fait une bonne affaire. « Il faut s'adapter à son époque et prendre les décisions d'affaires qui s'imposent », indique Benoit Marquis pour expliquer son virage vers les marchés à terme.

Polyvalence et gestion comme recette du succès
D'entrée de jeu, la conversation s'était amorcée sur l'avenir de la production porcine depuis les changements qui ont bouleversé le secteur dans les dernières années, un sujet qui apparemment lui tient à cœur. Le contexte économique difficile et l'ajustement de 25 % imposé par l'ASRA ont conduit de nombreux producteurs, incapables de surmonter la crise, à devenir des producteurs intégrés. « Oui, il y a de l'avenir là‑dedans, dit-il en parlant du secteur porcin. Mais il ne faut pas seulement produire des cochons, il faut gérer sa ferme comme une business. Il faut devenir multi­fonctionnel comme producteur et maîtriser les outils d'avenir, comme les contrats à terme. » Benoit Marquis met en application les conseils qu'il prodigue. Bien que de taille moyenne, sa ferme possède toujours 142 ha (350 acres) de terre, qui s'imbriquent parfaitement dans sa gestion de ferme. Une portion de 28 ha est louée, tandis que 93 ha sont cultivés entre autres pour le fourrage. Comme les prairies offrent plusieurs fenêtres d'épandage, cela lui permet d'y épandre son lisier deux fois par année, soit entre les coupes de foin qu'il exécute lui-même, le tout conformément à son PAEF. Les récoltes sont vendues par la suite à des éleveurs de chevaux de la région.

S'il se fait un point d'honneur à être le plus efficace possible, le producteur avoue avoir une affinité pour les chiffres. Il possède même une formation de comptable. Il a d'ailleurs hésité avant de prendre la relève de la ferme familiale, mais à l'époque, le métier de producteur de porcs lui semblait plus rentable, raconte-t-il aujourd'hui avec un sourire. Étant le plus âgé des garçons d'une famille qui comptait sept enfants, il a par contre dû convaincre son père de lui laisser la ferme. Son père était tellement exaspéré par la production qu'il avait même mis la ferme en vente à deux reprises. Benoit le convainc toutefois de lui donner sa chance et, à 19 ans, il rachète la ferme familiale. À ce moment, en 1980, la porcherie compte 400 truies. La même année, il se marie avec Linda Taylor, qui est toujours à ses côtés aujourd'hui, dans la vie comme au travail. Deux ans plus tard, il devient naisseur-finisseur « pour acquérir plus d'indépendance », et en 1986, il installe une moulange à la ferme.

Investir dans l'avenir
Le destin frappe toutefois en 2000, avec l'incendie de la maternité, une tragédie qui a obligé la famille à revoir ses plans d'avenir. Benoit Marquis met alors en application sa philosophie de producteur et d'homme d'affaires. « Je me suis toujours adapté pour vaincre les maladies et j'ai décidé de tirer profit de ma malchance. Il faut voir plus loin et prendre les décisions en conséquence. Il faut être visionnaire », raconte le producteur. Après réflexion, il décide de reconstruire, mais au lieu d'une maternité, il mise sur une pouponnière ultramoderne. Une décision dont il se félicite et qui permet aujourd'hui plus d'autonomie.


Benoit accorde un soin jaloux à la propreté de ses installations, un souci qui transparaît dans l'apparence impeccable de la maison et de la pouponnière, située tout près.

Le producteur ne regrette pas son choix professionnel, même si le secteur porcin est aussi synonyme d'instabilité, en comparaison avec les productions sous gestion de l'offre. « Dans le porc, il faut toujours être sur le qui-vive, il faut être à l'aise avec l'insécurité. Mais si on vend aux consommateurs le produit qu'ils recherchent, ils en voudront plus », explique-t-il.

Signe qu'il croit dans la production, M. Marquis envisage de rénover dans les prochaines années le dernier bâtiment, construit en 1969. Il a l'intention de bien se préparer auparavant en visitant d'autres installations pour comparer les systèmes de ventilation et d'alimentation, tout en ayant en tête les nouvelles normes relatives au bien-être animal. « J'aurais pu me contenter de réparer le toit il y a quelques années et en rester là, mais si je change, c'est pour de bon. Avec ces travaux, mon bâtiment le plus ancien datera des années 2000. Toute l'entreprise aura des installations récentes et modernes, tournées vers l'avenir ».

Un secteur difficile, mais au grand potentiel
Les deux fils du couple, Simon et Maxime, âgés respectivement de 30 et 25 ans, occupent pour l'instant des emplois à l'extérieur. M. Marquis avoue qu'il est plus difficile qu'à son époque de bien vivre de la production porcine. Tout coûte plus cher et les marges de rentabilité rapetissent d'année en année. S'il fallait aimer le métier dans les années 1970, maintenant « il faut être passionné », avance le producteur.

Benoit Marquis et Linda Taylor forment un couple dans la vie et à la ferme depuis 34 ans.
Lui-même a toujours le feu sacré et souhaite continuer à exploiter la ferme pendant trois ans, ou même plus, si sa santé le lui permet. Il a acquis avec les années une expertise qui ne s'apprend pas dans les livres, comme la reconnaissance des signes avant-coureurs de maladie chez ses porcs. Cela lui permet de prendre les devants et de limiter le plus possible les risques liés à la santé des animaux. Cette expérience se reflète directement dans les bons résultats obtenus à la ferme, qui sont essentiels pour demeurer dans cette production.

Pour l'avenir de la production porcine au Québec, Benoit Marquis voit d'un bon œil la mise sur pied de la Filière porcine coopérative. « C'est une bonne solution pour les producteurs à leur compte : elle leur permet une bonne autonomie, entre autres la fabrication de l'aliment à la ferme. C'est du donnant-donnant, puisque les deux parties en bénéficient. La Filière est un outil de plus à la portée des producteurs, tout comme Internet. » Pour le producteur, la Filière permet en plus de coordonner tous les gens impliqués dans la production porcine, de la production à la mise en marché, tout en maximisant la chaîne de valeur.

L'annonce du projet d'établissement de supermaternités par La Coop fédérée représente, selon lui, un bon exemple de la synergie possible entre les différents intervenants. Cela sécurisera un approvisionnement en porcelets de qualité pour les engraisseurs.

Avec ses trois ans d'existence, la Filière a droit à sa chance, croit M. Marquis. Le contexte du marché n'a pas permis à celle-ci de verser des ristournes en 2013, contrairement aux années antérieures. « Il ne faut pas avoir trop d'attentes. Il faut donner au moins cinq ans de rodage avant de voir des résultats. Ce n'est pas parfait, mais c'est tout de même un pas dans la bonne direction. »

 
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