Entretiens
À l'instar de toutes les entreprises de la filière avicole de La Coop fédérée, le couvoir de Victoriaville prend un virage important en matière de biosécurité. Une série de travaux a été entamée dans le but de limiter les risques de contamination. Explications.
Le sexe des poussins nouveau-nés est déterminé par la taille des plumes de l'aile. Avec 47 millions de naissances, le couvoir de Victoriaville se classe au deuxième rang des couvoirs canadiens.

Devenue très résidentielle, la rue Laurier baigne dans un calme apparent, à peine perturbé par les allers et venues de quelques camions. On a du mal à imaginer l'intense activité qui règne au sein du couvoir de Victoriaville et encore moins le changement profond qui s'opère en matière de biosécurité. « La raison est simple, dit Gilles Lizotte, directeur des opérations du couvoir : on veut se prémunir contre les risques de contamination extérieure. »

Les installations de Victoriaville n'échappent donc pas au virage biosécurité emprunté par l'ensemble de la filière avicole de La Coop. « D'autant que, depuis le mois de mai 2014, nous n'avons plus droit au vaccin de catégorie 1 en préventif. Certains couvoirs canadiens ont choisi de recourir aux antibiotiques de catégorie 2. Pour notre part, nous avons fait le pari de nous en passer. » Pour réussir ce pari, il faut avoir le meilleur contrôle possible et s'approcher du risque zéro. Et en matière sanitaire, le danger vient essentiellement de l'extérieur. Les employés, les visiteurs, les camions sont autant de risques de contamination.

Des travaux en quatre phases

La première phase des travaux a consisté à déménager toute la partie administrative et les employés qui vont avec – 11 personnes – vers le 990 de la rue Pierre-Roux, adresse du centre de Victoriaville. L'objectif était double : libérer de la place pour de nouveaux aménagements et limiter le nombre d'entrants sur le site afin de réduire le risque de contamination. Désormais, il ne reste plus au couvoir que des employés ayant un lien direct avec la production.

Les employés disposent d'une cafétéria flambant neuve.
La deuxième phase, qui s'est achevée le 18 juillet dernier, a été la création d'une nouvelle cafétéria pour les employés, plus spacieuse et plus agréable. Et cette évolution n'est pas si anodine. « On sait qu'avec la future création des blocs-douches, et donc le passage à la douche obligatoire à chaque entrée, la majorité des employés va rester dîner à l'intérieur du site par commodité. Il fallait donc prévoir des lieux adaptés », poursuit le directeur, en poste à Victoriaville depuis l'an 2000.

La création des douches sera donc la troisième étape. « Présentement, nous sommes dans l'attente du vote des budgets par La Coop fédérée. Les travaux pourraient démarrer fin 2014 ou début 2015. L'emplacement est déjà prévu. Nous allons construire deux blocs-douches, un pour les hommes et un autre pour les femmes, soit un total de 34 douches, pour répondre aux besoins de notre soixantaine d'employés », annonce Gilles Lizotte. Les entrants seront invités à déposer leur linge dans des casiers prévus à cet effet et à enfiler, après la douche, les tenues particulières mises à leur disposition. L'accès au site sera modifié : l'entrée se fera à l'aide d'une carte magnétique. Au total, les trois premières phases coûteront environ 750 000 $, soit un investissement conséquent.

Les employés disposent d'une cafétéria flambant neuve.
Le couvoir de La Coop fédérée répond aux normes HACCP. « En matière d'hygiène, il faut non seulement écrire ce que l'on fait, mais aussi être en mesure de le prouver », explique Gilles Lizotte.
Mais les travaux pourraient ne pas s'arrêter là. Le directeur va proposer une quatrième et dernière phase, dont il espère une validation prochaine par La Coop. Elle consisterait en la construction d'un lieu de lavage et de désinfection des camions et des caisses de transport à leur retour des sites de production, un lieu indépendant du couvoir. « Pour l'heure, cette étape se fait sur le site même, ce qui n'est pas l'idéal », dit Gilles Lizotte. Ce garage permettrait aussi d'entreposer les camions pour la nuit dans un endroit sain, puisqu'ils ne peuvent pas rouler dans la rue Laurier entre 20 h et 8 h du matin en vertu des règlements municipaux.

« Nos employés passent 50 % de leur temps à laver et désinfecter ! »
Le programme se veut donc très ambitieux. « Si nous arrivons à faire tout cela, nous serons des leaders en la matière », se réjouit le directeur. Mais ce souci de la biosécurité, pour ne pas dire cette obsession, ne se traduit pas uniquement par des règlements ou des changements de procédures : il se voit aussi dans le comportement et l'application des employés, par ailleurs régulièrement invités à se former. « Ils passent 50 % de leur temps à laver et désinfecter, les après-midis en général. On nettoie tout, du sol au plafond en passant par les machines. »

Six fois par an, le couvoir se fait prélever un échantillonnage de duvets par un organisme de contrôle. Mais il réalise aussi en interne ses propres analyses sur la présence de bactéries, notamment dans le système de ventilation, afin de ne rien laisser au hasard. « Les conséquences d'un problème sanitaire seraient très graves. Certains couvoirs en ont connu et cela a entraîné une fermeture temporaire. Nous n'avons donc pas le droit à l'erreur. L'Agence canadienne d'inspection des aliments nous suit et peut nous retirer notre droit de produire. Nous ne voulons pas que cela nous arrive », conclut Gilles Lizotte.






Une machine bien huilée

La Coop fédérée comptait autrefois trois couvoirs, qui sont aujourd'hui réunis sur un seul et même emplacement, celui de Victoriaville. Et les chiffres sont pour le moins impressionnants. « Rien que ce matin, 260 000 oiseaux ont quitté le couvoir », signale en toute simplicité Gilles Lizotte. Au total, ce sont 47 millions d'oiseaux qui naissent ici en une année.

Deux fois par semaine, les camions de La Coop rapportent les œufs en provenance des différentes installations de production. Ils sont issus de trois variétés : Sasso, Ross et Cobb. Ils sont mis en incubation pendant 21 jours dans 46 incubateurs de taille variable (entre 60 000 et 120 000 œufs). Quatre jours par semaine (lundi, mardi, jeudi et vendredi), les œufs éclosent, avec un taux de réussite qui dépasse les 83 %.

Ensuite, une vingtaine d'employés s'affairent au sexage des poussins nouveau-nés, qui quittent le couvoir à un jour vers des fermes d'élevage du Canada ou des États-Unis.

En vertu des accords de libre-échange entre ces deux pays d'Amérique du Nord, 21 % des œufs et des poussins traités au couvoir de Victoriaville, comme dans chaque couvoir canadien, proviennent des États-Unis.
 
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