Entretiens
Connaissez-vous les biostimulants ? Non ? N'ayez crainte, vous n'êtes pas seul. Ni engrais ni produits de protection, les biostimulants sont une nouvelle gamme de produits qui permettent aux plantes d'exprimer leur plein potentiel génétique.
Christine Bourbonnais, T.P.
Conseillère en protection des cultures et en engrais spécialisés
La Coop fédérée christine.bourbonnais@lacoop.coop

Lors d'un congrès scientifique sur les biostimulants, tenu à Raleigh, en Caroline du Nord, le Pr Joseph Kloepper, de l'Université d'Auburn, a présenté une revue de littérature répertoriant ce qui avait été écrit au sujet de ces nouveaux produits. Son but : valider ou annuler le scepticisme de certains scientifiques sur le sujet. Conclusion : les différentes catégories de biostimulants sont bénéfiques en agriculture.

L'organisme The Biostimulant Coalition les définit ainsi : « produit qui contient des substances et/ou microorganismes ayant pour fonction, une fois appliqué sur les plantes ou au sol, de stimuler les processus naturels qui augmentent l'absorption des nutriments et leur efficacité, la tolérance aux stress, la qualité des récoltes, et ce, indépendamment de la teneur en éléments fertilisants ».

Il s'agit en fait d'une classe à part de produits de protection des cultures. Ce ne sont toutefois ni des pesticides ni des fertilisants, mais des produits qui, selon leur catégorie, permettent de stimuler différentes parties de la plante.

Lumière sur les biostimulants
Il existe quatre catégories de biostimulants : les inoculants microbiens, les acides humiques et fulviques, les acides aminés et les extraits d'algues.

1- Les inoculants microbiens
Ils sont divisés en deux groupes. Les champignons tels que les mycorhizes ainsi que les Trichoderma, et les bactéries telles que les Bacillus. Leurs fonctions dans la plante sont toutefois similaires : augmenter la disponibilité des éléments dans le sol, la masse racinaire et la capacité d'absorption des plantes.

Par contre, leurs modes d'action varient selon l'espèce. Certains vont coloniser les racines et augmenter la surface d'absorption des éléments. D'autres, en se fixant aux racines, auront un effet de type bouclier, puisqu'elles concurrenceront les agents pathogènes. Dans le cas des champignons, tout comme des rhizobactéries, on parle d'une symbiose entre les racines et le microorganisme. Ce type de biostimulant peut être appliqué soit en traitement de semences, soit dans le terreau ou encore dans l'eau de transplantation.

2- Les substances humiques
Ces substances agissent un peu comme des éponges dans le sol. Elles permettent de retenir dans la zone racinaire tout ce dont la plante a besoin pour croître adéquatement, soit l'eau, l'air, les éléments nutritifs et les microorganismes bénéfiques.

Elles permettent d'améliorer la qualité des récoltes, la tolérance aux stress et la rétention des éléments dans la zone racinaire. À cause de la grosseur de leurs molécules, ces substances doivent être appliquées au sol. Le bénéfice découlant de l'utilisation des produits humiques est beaucoup plus intéressant dans les sols sableux où, considérant la structure de ces derniers, le pouvoir de rétention est moins important (voir l'illustration).

Il existe également une déclinaison des acides humiques, qui se nomme acides fulviques (une des fractions les plus importantes de l'humus). Ils possèdent une masse moléculaire beaucoup plus faible, ce qui en facilite l'absorption par les stomates des feuilles.

Bénéfices de l'utilisation des acides humiques en sols sableux

À gauche : dans les sols sableux ou contenant peu d'humus, la surface non chargée des particules de sol ne peut retenir les éléments fertilisants (chargés positivement), ce qui se traduit par d'importantes pertes par lessivage. À droite : l'acide humique procure une charge négative aux particules de sol, ce qui a pour effet de créer une attraction entre ces particules et la source d'engrais (chargée positivement), permettant ainsi à l'engrais d'être disponible aux plantes lorsqu'elles développent leurs racines.

3- Les acides aminés
Les acides aminés sont les constituants de base de toutes les protéines. Ils peuvent être d'origine animale ou végétale. Il semblerait que les acides aminés extraits de végétaux soient plus facilement assimilables, car ils seraient reconnus par la plante.

Ils constituent également un excellent agent chélateur pour les éléments mineurs, plus difficilement mobiles dans les végétaux. Les plantes fabriquent naturellement des acides aminés, mais en période de stress elles n'y parviennent plus, ce qui entraîne un ralentissement de croissance. Ainsi, un apport d'acides aminés aux végétaux avant ou pendant le stress favorise la reprise de vigueur.

4- Les extraits d'algues
Les algues sont utilisées comme fertilisant depuis très longtemps, mais les extraits d'algues depuis quelques années seulement. La différence entre les deux est fort simple. Les algues entières utilisées comme fertilisant ne subissent que très peu de transformation. Par contre, pour obtenir des extraits, les algues subissent un processus assez complexe qui permettra d'en tirer les composés bénéfiques aux cultures.

Ces plantes aquatiques produisent certaines molécules qui leur permettent de résister aux multiples stress auxquels elles sont soumises quotidiennement. Ce sont ces substances que l'on extrait pour « biostimuler » nos cultures.

Particules du biostimulant Asco-Root, qui peuvent être mélangées aux engrais secs. La méthode d'application diffère d'un produit à l'autre. Certains de ces produits sont plus efficaces dans le sol, alors que d'autres le sont davantage en application foliaire.

Bien souvent, les dosages recommandés sont minimes, mais leur efficacité a bel et bien été démontrée au fil des ans. Les résultats obtenus varient souvent d'une saison à l'autre, en fonction des stress subis par les cultures.
Plusieurs études ont fait état, chez les plantes traitées avec des extraits d'algues, d'une augmentation de la masse racinaire, d'une amélioration du contenu en chlorophylle ainsi que d'une résistance aux stress.

La Coop fédérée travaille actuellement avec une entreprise québécoise, Organic Océan, qui fabrique d'excellents produits à base d'algues. Il existe une version granulaire de leurs extraits, qui doit être mélangée aux engrais secs pour assurer une répartition adéquate au champ, et une version liquide, pour application foliaire lors de périodes de stress.

La société Organic Océan est proactive et travaille au développement de produits contenant des combinaisons de divers biostimulants qui pourront en accroître les bénéfices. Rappelons que la gamme de fertilisants Folium3 contient également des extraits d'algues.

En réalité, l'utilisation de ce type de produits ne date pas d'hier. Mais ce n'est que récemment qu'ils ont refait surface, notamment en raison des perspectives d'accroissement de la population mondiale. En effet, l'agriculture doit encore davantage faire preuve d'innovation pour optimiser ses rendements.

Notez que les biostimulants sont catégorisés comme des produits dits « naturels » ou « verts », ce qui en favorise l'intégration dans une régie de culture plus « traditionnelle ».

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'ils sont d'excellents outils pour permettre aux plantes d'exprimer leur plein potentiel génétique. Et le meilleur moyen d'en connaître les avantages et particularités est d'en faire l'essai. Peut-être deviendront-ils de précieux alliés dans la quête du rendement idéal ?

 
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