Entretiens
Celui qui a dit que business et amitié ne font pas bon ménage ne connaît certainement pas la Coopérative d'utilisation de matériel agricole de Laurierville.
Texte et photos de Nancy Malenfant,
conseillère aux affaires coopératives
La Coop fédérée nancy.malenfant@lacoop.coop
Plus que des voisins et des amis, les 23 membres de la CUMA de Laurierville sont des partenaires d'affaires. Et qu'ils partagent une seule ou plusieurs des 19 machines de la coopérative, chacun y trouve son compte. « Nous faisons tout pour que les membres aient accès à la machinerie la plus performante au moindre coût possible », résume le président de la CUMA, Réjean Bergeron.

Pour y arriver, le conseil d'administration et les membres ont mis en place différentes stratégies au fil des années. L'embauche de conducteurs pour certaines machines, le travail à forfait à l'externe et le renouvellement fréquent du matériel font partie de ces stratégies.

Neuf producteurs, un semoir
D'un œil extérieur, partager un semoir à maïs entre neuf producteurs agricoles peut sembler une idée farfelue. Pourtant, grâce à la combinaison des bons ingrédients, cette recette fonctionne pour la CUMA de Laurierville. « Nous nous sommes donné une ligne directrice dès le départ, en 2003 », raconte Ghislain Michaud, l'un des membres fondateurs de la coopérative. « Pour être efficace, le planteur devait demeurer attaché au même tracteur et nous devions désigner un conducteur », explique l'ancien administrateur de La Coop des Appalaches. Ce qui fut dit fut fait. Bon an, mal an, quelque 400 ha (1000 acres) de maïs sont semés sans qu'aucun membre soit laissé de côté. Deux ou trois conducteurs se relaient durant la période des semis pour que l'équi­pement puisse fonctionner jour et nuit.

Par souci d'équité, le contrat d'engagement de la branche d'activité précise qu'un producteur ne peut faire semer qu'un maximum de 60 ha à la fois si d'autres membres ont aussi des champs en attente. Le même principe s'applique à la moissonneuse-batteuse, pour laquelle la limite stipulée au contrat est plutôt de deux jours de beau temps. Damien Boissonneault, membre de la CUMA, est responsable de la batteuse et la conduit conjointement avec son fils. Il croit que ces précisions dans le contrat d'engagement permettent de prévenir les conflits. « Nous conduisons la batteuse depuis sept ans et tout s'est toujours bien passé. Et ce, même avec 1500 ha récoltés chez 10 membres l'an passé. »

Bon coup
La CUMA a pris la précaution de nommer un mécanicien, externe à la coopérative, pour faire office d'expert en cas de litige découlant d'un équipement endommagé. « S'il survient un bris majeur et que l'on doit trancher entre un bris d'usure ou un bris accidentel, cette personne possède les connaissances nécessaires pour se prononcer, explique le président, Alain Labrie. Mais il n'a jamais eu à intervenir jusqu'à maintenant. »

Mauvais coup
Quelques membres ont partagé pendant un moment une machine dans une branche d'activité qui ne réussissait pas à être rentable sans louer de l'équipement à un entrepreneur non membre de la CUMA. Le groupe a vite été dissous, puisque la coopérative devait continuer d'assumer les versements de prêt, tandis que le forfaitaire tardait à effectuer ses paiements. Cette mauvaise expérience a dissuadé la coopérative de louer sa machinerie ou de faire du travail à forfait.

Les particularités du sol et la topographie de cette localité du Centre-du-Québec constituent un autre ingrédient de cette recette à succès. « La différence de température et de type de sol entre les terres situées en haut et celles situées en bas de la paroisse fait qu'elles ne sont pas toutes prêtes à être ensemencées en même temps. Ce sont des facteurs facilitants », dit Martin Bourque, jeune administrateur de la CUMA.

Travail à forfait
Dès les débuts de la coopérative, le conseil d'administration a accepté que les branches qui le souhaitaient puissent réaliser des travaux chez des agriculteurs non membres avec les équipements de la CUMA. « Ce ne sont pas toutes les CUMA qui l'acceptent, mais nous avons fait ce choix », expose le président, Réjean Bergeron.

Néanmoins, les règles du jeu sont claires : il faut que tous les membres de la branche d'activité soient d'accord et que la priorité dans l'ordre de réalisation des travaux soit accordée aux membres. Car bien que le travail à forfait contribue à diminuer le taux de location d'un équipement, il ne doit pas être privilégié au détriment des besoins des membres. C'est seulement s'il reste du temps et que les conditions météorologiques le permettent qu'il sera possible d'effectuer des travaux à l'extérieur.

Changer d'équipement
Le conseil d'administration de la CUMA de Laurierville (de gauche à droite) : Réjean Bergeron, président; Jean-Philippe Gingras, administrateur; Martin Bourque, administrateur; Jean-Noël St-Amand, administrateur; Jean-Pierre Bédard, vice-président; Danièle Fournier, secrétaire-trésorière.
En ce qui concerne le renouvellement du matériel de la CUMA, les membres ont opté pour la proaction. « Nous n'attendons pas trop longtemps pour changer les équipements. Nous nous arrangeons toujours pour avoir un modèle à la fine pointe », affirme Réjean Bergeron.

L'intensité d'utilisation et le nombre de membres qui adhèrent à la branche déterminent si l'on achètera une machine neuve ou d'occasion. Afin de minimiser les risques de panne lors des périodes où le temps compte, aucun compromis n'est fait sur la qualité et la fiabilité des équipements de semis et de récolte.

L'attitude avant tout
Le succès d'une entreprise ne repose pas que sur ses pratiques commerciales, mais aussi sur les gens qui en font partie. « Le respect, c'est la clé pour que ça fonctionne », croit Renaud Bergeron. Ce producteur laitier et porcin qui préside aussi La Coop des Appalaches voyait déjà le potentiel et les avantages du partage de matériel avant même qu'il ne soit formalisé dans la CUMA. « Pour nous, la coopérative, c'était juste une autre façon de faire, car nous partagions déjà de la machinerie entre voisins », expose-t-il.

Néanmoins, ce ne sont pas tous les agriculteurs des environs qui ont sauté à pieds joints dans le projet. « Faire partie d'une CUMA demande une certaine ouverture d'esprit, insiste Ghislain Michaud. De nombreux producteurs étaient habitués à posséder leur propre machinerie et à faire leurs affaires tout seuls. Les jeunes montrent plus d'ouverture. Ils ont vu leurs parents évoluer dans la CUMA. Ils savent que ça permet d'acquérir de l'équipement neuf et performant tout en laissant de l'argent disponible pour investir ailleurs dans la ferme. Par ailleurs, la CUMA permet de relayer un certain savoir entre les générations et entre voisins, car inévitablement, on se parle plus souvent en échangeant de la machinerie. »

Cette relève donne d'ailleurs un nouvel élan à la CUMA, avec la prochaine génération qui fait tranquillement son entrée dans les fermes membres et avec deux jeunes administrateurs récemment élus. Jean-Philippe Gingras est l'un d'eux. Il siège au conseil d'administration depuis deux ans et loue huit machines dans la coopérative. Selon lui, ce qui fait le succès d'une CUMA, c'est la capacité de chaque membre de mettre de l'eau dans son vin. « Je tiens à la CUMA et je veux continuer à en faire partie, alors je fais les compromis qui viennent avec. C'est plus motivant de travailler en groupe que tout seul dans ton coin », conclut-il.
 
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