Entretiens
Par Patrick Dupuis, agronome
Afin de bien se positionner dans leur secteur, les Bergeron, producteurs de lait élites, ont misé sur le bien-être animal et la gestion serrée de toutes leurs activités. Résultat : la rentabilité de l'entreprise est en hausse et des sourires illuminent leurs visages.
Certificats de production, reconnaissances honorifiques, premiers prix d'exposition et autres mentions d'excellence ont jalonné le parcours presque sans faille de la Ferme Bergeroy, fondée il y a près de 60 ans.

Le titre de Maître-éleveur, décroché en 2007, a fait culminer la fierté des propriétaires, Claude et René Bergeron, et de la conjointe de ce dernier, Guylaine.

Le troupeau de 200 vaches laitières compte 29 sujets classifiés EX et 125 TB. « On fait le mieux qu'on peut », dit René avec modestie. En effet, question génétique, Bergeroy Holstein ne laisse rien au hasard, en commençant par une analyse poussée des choix de taureaux pour chacun des sujets.

De cœur et d'esprit
Le bien-être animal est un concept chouchouté par le triumvirat de Saint-Samuel-de-Horton. Sa contribution au succès de l'entreprise est indéniable.

La rotation des groupes de vaches dans le bâtiment a été entièrement repensée. On passe, d'un parc à l'autre, des vaches ayant récemment vêlé à celles sur le point de mettre bas.

La toute nouvelle étable, mise sur pied au printemps 2014, a poussé à un niveau inégalé l'investissement à ce chapitre. Elle rassemble une foule d'éléments de bien-être, à la fois pour le bétail et ceux qui s'en occupent. Le projet a mijoté pendant deux ans. L'entreprise, qui a connu une croissance considérable au cours des dernières décennies, était à la croisée des chemins. Le cheptel était réparti dans cinq sites de production dont trois étaient désuets; il fallait agir. En réduire le nombre faciliterait le travail et abaisserait du coup les besoins en main d'œuvre.

Pour s'inspirer, les proprios ne ménagent pas les efforts : visites à la World Dairy Expo, de Madison (Wisconsin), et dans de multiples exploitations d'ici et des États-Unis; acquisitions de connaissances par l'entremise du site Web Initiative1 – mis au point par les Drs Nigel Cook et Ken Nordlund, de l'Université du Wisconsin, à Madison, des sommités en matière de bien-être animal. Ce site renferme une foule de renseignements techniques et économiques pour l'industrie laitière.

Toute la famille met la main à la pâte : René, Guylaine, leurs enfants Félix, Judith et Tommy (à l'extrême-droite), et Claude, le frère de René.

Par ailleurs, depuis le début du projet d'expansion, les experts-conseils Robert Leclair et Annick Bédard, de La Coop des Bois-Francs, ont collaboré aux prises de décisions. Et enfin, le Dr Raymond Caron, éleveur et médecin vétérinaire, a aussi contribué à la recherche de meilleures solutions lors de la construction du bâtiment. Tout a été repensé : la structure de l'étable, la façon d'y loger et d'y faire circuler les vaches, le matériau des logettes, l'éclairage, le mode de traite, l'alimentation, la litière. Les éléments clés au cœur de la réflexion : le bien-être, les économies et la rentabilité. On s'est carrément mis dans la tête de la vache : « Je dors où ? Je me fais traire où ? Je mange où et quoi ? »

Les propriétaires optent pour une étable en « T » de 33 m sur 146 (110 pi sur 480), à stabulation libre, avec litière de sable, logettes en plastique de type Greenfreestall et salon de traite double-12 en épis. Un véritable saut technologique.

Bureau, salle de réunion vaste et confortable, vestiaire, salle de bain moderne et cuisine font également partie du complexe flambant neuf et de haute technologie de quatre millions de dollars. Tout pour plaire aux bovins comme aux humains – une dizaine d'employés s'activent joyeusement sur les lieux, dont plusieurs femmes, qui apprécient la sensibilité et le souci du détail des éleveurs. La relève fait bien entendu partie de l'équipe : Judith, Félix et Tommy – les enfants de René et Guylaine. Les éleveurs ont même installé de typiques fontaines d'eau que l'on retrouve dans les écoles pour les classes en visite à la ferme.

Pourtant, René « s'était fait dire » qu'il allait perdre 40 vaches en passant d'une stabulation entravée (dans l'ancien bâtiment) à une stabulation libre. « La prédiction s'est révélée totalement fausse, dit-il. Au contraire, la production a grimpé, et ce, toujours avec les mêmes animaux. »

Le sable aussi en a fait sourciller plus d'un dans l'entourage des propriétaires. Une litière de pauvre, disait-on. Au Wisconsin, étonnement : cela fait près de 30 ans que les producteurs de lait l'utilisent. Et parmi les 25 meilleurs de cet État, seuls 3 n'en sont pas des adeptes. Voilà qui clôt le débat.

« C'est connu, litière de sable rime avec confort », lance Guylaine. Et confort rime avec santé, diminution des blessures, longévité et productivité. Quelques chiffres à l'appui : « Dans un troupeau de 200 vaches, conserver les sujets trois mois de plus se traduit par 600 mois additionnels de production, calcule Guylaine. Sachant qu'une lactation dure 10 mois, c'est l'équivalent de la production de 60 vaches. Il faut aussi garder en tête que la première lactation paie les frais des deux années d'élevage. Les lactations suivantes, c'est le profit qui entre. »

Litière de sable rime également avec économie. Elle coûte entre 5000 et 10 000 $ par année à la Ferme Bergeroy… pour 300 têtes ! La paille, elle, allégeait de 30 000 $ leur compte en banque !

« Résultat : ils font d'une pierre deux coups. Ils réduisent la culture de l'avoine au profit du soya, généralement plus payant », fait savoir Annick Bédard, agronome et experte-conseil en productions végétales à La Coop des Bois-Francs.

Autre avantage. Le sable n'étant pas une matière biodégradable, les bactéries n'y ont pas d'emprise. L'incidence des maladies dans le troupeau est forcément moindre.

Un salon de traite ergonomique. Un plancher flottant s'ajuste à la grandeur des personnes effectuant la traite. Chaque trayeuse est munie d'un bras qui évite d'en supporter le poids. Au revoir les tendinites ! Chaque vache porte une puce ATQ à l'oreille, pour permettre l'identification, et un collier de mesure d'activité, pour faciliter la détection des chaleurs.
La section pour les vaches en transition sur litière accumulée de mousse de tourbe, une litière très absorbante qui n'exige que peu d'entretien. Le pH de la litière est acide (4,5). Les pathogènes et larves de mouche ne peuvent facilement s'y développer. Chaque semaine, les éleveurs décompactent la litière à l'aide d'un rotoculteur. On la change lorsque son pH devient plus basique (à 6,5). Les paramètres d'éclairage, commandés à l'aide d'une console centrale, ont été établis en fonction de la saison et de chaque stade de production des vaches.

Les économies d'énergie font partie des nouvelles façons de faire : système d'éclairage basse consommation et récupération de la chaleur du lait pour chauffer bureau, vestiaire, entrée, salle de réunion et cuisine. Les eaux usées sont aussi récupérées pour le lavage des allées de retour des vaches et de leur aire d'attente.
« Il est prouvé que le confort est rentable, insiste Raymond Caron, médecin vétérinaire qui s'est inspiré des travaux de Temple Grandin, célèbre spécialiste américaine du bien-être animal. Il est important de suivre l'avancement des technologies et d'aller voir comment les notions de confort ont été intégrées dans les élevages. » Les Greenfreestall sont en plastique très robuste et dotées d'une barre de cou de hauteur ajustable. Le plastique réduit l'incidence des blessures. Les dimensions sont de 48 po (1,3 m) de largeur sur 72 po (1,83 m) de longueur. Le devant de la stalle est exempt d'obstacles. La vache peut s'étirer et se lever librement, comme au pâturage.




Le Sandman, équipement récemment acquis par les Bergeron, permet d'égaliser quoti­diennement le sable des logettes tout en lui donnant une légère inclinaison vers la raclette. « Cette pente réduit la pression exercée par le rumen sur le cœur et les poumons de la vache, explique Claude. Elle permet également, après la mise-bas, de favoriser le drainage du système reproducteur, ce qui prépare la vache plus rapidement à une prochaine gestation. L'intervalle mise bas-saillie fécondante est donc réduit. »

« Chaque jour d'intervalle entre la mise-bas et la saillie fécondante coûte 3 $ par vache, ajoute Claude. Le réduire de 30 jours, pour un troupeau de 200 vaches, se traduit par des économies de 18 000 $ par année. » Dans ce nouvel environnement où le confort est à l'honneur, les taux de reproduction ont monté en flèche et la détection des chaleurs a été grandement facilitée. Quant au piétin, il a presque disparu. « Bref, la santé du troupeau s'est nettement améliorée, le compte des cellules somatiques a chuté et la longévité des vaches sera en progression », indique René.

« Élever des animaux et produire du lait est un privilège, croit le Dr Raymond Caron. Tous les producteurs doivent en être conscients, car les consommateurs, eux, demandent de plus en plus que les animaux d'élevage soient bien traités. En Californie, où la mentalité et les attentes de la société sont possiblement 10 ans en avance sur la nôtre, des restaurants offrent déjà de la viande certifiée «"bien-être'' ».

« Les investissements dans le bien-être animal, les vaches en payeront la facture par une meilleure production », fait savoir Robert Leclair, expert-conseil en production laitière à La Coop des Bois-Francs.

Prochain épisode

Les propriétaires étaient au Wisconsin en octobre dernier. Ils allaient y rendre visite à quatre producteurs laitiers élites, dont certains élèvent jusqu'à 1000 génisses par année. Leur but : s'inspirer de leur savoir-faire pour loger et gérer leurs sujets âgés de 0 à 5 mois. L'amélioration continue, toujours !

Productions végétales



Annick Bédard,
agronome, experte-conseil
La Coop des Bois-Francs

« Dans le but de toujours s'améliorer, les producteurs participent à Agriscan, l'analyse Coop technico-économique pour le secteur végétal, qui permet d'évaluer précisément la marge nette de chaque culture et de chaque champ. »

Objectifs de la famille Bergeron : Amélioration des terres (400 ha ont été drainés au cours des cinq dernières années)

Accroissement des rendements

Diminution du coût de production des fourrages

Mise en place d'un guide de bonnes pratiques

Adoption graduelle du semis direct et du travail minimum du sol pour économiser temps, passages au champ et carburant.

2241 acres (907 hectares)
- Maïs : 888 acres, dont 125 en ensilage
- Soya : 843 acres
- Foin : 424 acres, dont 76 sont convertis à
   la culture du soya après la première coupe
   de foin.
- Avoine : 66 acres
- Pâturage : 20 acres
Alimentation du troupeau



Robert Leclair, T. P.
Expert-conseil
La Coop des Bois-Francs

« Bergeroy Holstein est une entreprise performante et d'avant-garde. Une ferme familiale où chaque intervenant et employé contribuent à la réussite. »

Production : 11 329 kg de lait

Quota : 225 kg M.G.

MCR : Troupeau Select 750 (247-255-253)

RTM : Foin en balles rondes, ensilage de foin et maïs AG-BAG, maïs humide

- Minéral 18-5 T vrac silo 5 T
- Synchro Mix45 silo 20 T
- Synchro 4047V option 2 silo 5 T
- Transimil 15 LP
- Goliath VO-21 cube
- Minéral Transilac VT3-6T
 
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