Entretiens
Depuis deux ans, les principaux acteurs de la production bovine du Québec planchent sur une planification stratégique. Tous veulent stimuler ce secteur d'activité agricole afin d'établir des bases prometteuses pour l'avenir. Les forces et les faiblesses ayant été déterminées, le plan d'action vise à stimuler les troupes.
entrée de jeu, le président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ), Claude Viel, touche à une corde sensible. « Nous voulons intéresser la relève à la production bovine, dit-il. Il y a moyen d'en vivre, aucun doute là-dessus. »

Les dernières années n'ont pas été tendres envers le marché des veaux d'embouche et des producteurs de vache-veau. Certains se sont découragés et ont cessé la production. Depuis un peu plus d'un an, le prix sur le marché s'est raffermi et le sourire est revenu sur les lèvres de nombreux producteurs. « Il faut que nous conservions ce vent d'optimisme. C'est vrai que ç'a été dur, mais ce n'est pas le cas présentement, assure Claude Viel. Si nous répétons qu'il n'y a pas une "cenne" à faire dans ces productions, nous allons nous éloigner des fournisseurs et nous allons faire peur aux banques. »

Pour se rapprocher des partenaires et stimuler la relève, Claude Viel croit que l'approche doit changer. « Nous devons apporter des solutions. » Dans le secteur des veaux d'embouche, au cours des cinq prochaines années, on mettra davantage l'accent sur les connaissances techniques. « Les jeunes qui sortent des écoles savent quelles sont les notions d'un programme alimentaire ou des cultures rentables pour leurs entreprises, dit-il. C'est plus au chapitre des conseils pratiques que la demande demeure grande. Nous devons aider les producteurs à maximiser leurs connaissances, les aider à les mettre en pratique. » Sur ce plan, Claude Viel apprécie l'effort déployé par le réseau La Coop. Il souhaite que les dirigeants forment suffisamment d'experts-conseils pour répondre à la demande. Il tend la main aux coopératives. « Nous ne sommes pas de grands consommateurs de moulée, mais nous achetons beaucoup de plastique à balles rondes et beaucoup de matériaux. Nous sommes ouverts à une belle coopération. Le magazine Opti Bœuf est un bel outil. Ce serait un atout de le connaître mieux. »

Le président de la FPBQ, Claude Viel, est convaincu que la production bovine a de l'avenir au Québec.
Selon Claude Viel, le suivi technique n'est pas nécessairement une priorité pour les employés du MAPAQ – les gens du secteur bovin le savent. Les membres de la FPBQ sentent une certaine ouverture des instances gouvernementales et souhaitent collaborer à améliorer les structures de marché. Les prix intéressants des derniers mois relancent l'industrie, et cela pourrait se transformer en création d'emplois dans les régions éloignées des grands centres, ce à quoi les gouvernements sont plus sensibles.

« Nous aimerions mettre en place un centre d'expertise pour nous aider à offrir un produit de qualité en quantité suffisante, fait savoir Claude Viel. Présentement, nous produisons environ 100 000 têtes annuellement, et nous voulons en offrir plus de 180 000. Nous avons déjà fait un bout de chemin, mais il reste encore beaucoup à faire. Particulièrement si nous voulons séduire de nouveaux marchés. Pour que ce soit intéressant de prendre des animaux chez nous, le volume doit être constant. Même chose dans les marchés plus spécifiques. Les clients doivent avoir des produits à mettre sur les étagères à l'année. Ils ne peuvent pas en manquer. Avec un objectif de 180 000 têtes, nous serons en mesure de répondre à cette demande. »

Un point positif pour les gens du secteur vache-veau est l'étalement des ventes sur plusieurs mois de l'année. Avec des encans réguliers, les prix sont meilleurs et les risques moins élevés. « L'impact d'une baisse de prix sur 10 veaux n'est pas le même que sur 100 veaux, ce que nous vivions avant », indique Claude Viel.

L'environnement aussi est au cœur des préoccupations des gens du secteur bœuf. Les normes mises en place au début des années 2000 ont alourdi quelque peu la paperasse, déjà chargée avec les suivis de troupeau et la traçabilité (ATQ). « C'est certain que ça nous a coûté des producteurs, dit le président. Certains ont lâché la production. Là, nous avons aussi besoin de soutien. Nous sommes un des pays les plus clean du monde. Va falloir arrêter d'ajouter des exigences en matière d'environnement. La plupart de ceux qui poursuivent se conforment aux normes, et c'est dans ce domaine que la Financière et le MAPAQ doivent nous soutenir. Si nous investissons des milliers de dollars pour répondre à des exigences et que le marché plante, il faut que nous ayons les ressources pour continuer. »

Tourné vers l'avenir
Claude Viel n'hésite pas une seconde quand il aborde l'avenir des activités de la FPBQ. Selon lui, les jeunes sont intéressés par la production, pourvu que les dollars soient au rendez-vous. La facilité avec laquelle les gens peuvent démarrer en production vache-veau est une force à exploiter. « Nous pouvons nous virer de bord rapidement si un acheteur veut une viande particulière, assure-t-il. Il faut que ce soit payant pour eux. Prenez le cas de la demande de viande avec ou sans hormones. Nous allons évaluer les coûts et demander au gouvernement d'assurer le risque d'un éventuel manque à gagner des producteurs. »

Pour les bouvillons d'abattage aussi, les défis à venir sont importants. La taille des entreprises varie au Québec, et les besoins des clients imposent de s'adapter. « Il y a des entreprises de petite taille et des grandes fermes. C'est important qu'elles s'assurent d'une rentabilité, croit Claude Viel. Présentement, elles doivent acheter au prix courant, sur lequel nous n'avons aucune influence, et c'est crucial pour eux de trouver des marchés stables. Il y a différents créneaux actuellement. Il faudra s'assurer de les conserver, et ça passe par un soutien de tous les secteurs. On ne se fait pas d'illusions. Ce ne sera jamais une production pour rouler en Cadillac et ce n'est pas le but. Par contre, il y a moyen d'en tirer une grande satisfaction. »



Bruno Langlois, conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée, assure que la production vache-veau permet de dégager des marges bénéficiaires intéressantes. Il invite même les producteurs laitiers qui cherchent à augmenter leurs revenus sans modifier de façon majeure leur entreprise à regarder de près cette production.
« Présentement, c'est l'une des seules productions agricoles conventionnelles dans laquelle vous pouvez penser embarquer », soutient le conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée. Le succès repose sur des investissements réfléchis et un engagement complet.

Dans toutes les transformations que l'organigramme agricole vit depuis deux décennies, la production vache-veau semble susciter peu d'intérêt. « C'est en raison des marges bénéficiaires, indique Bruno Langlois. Elles sont faibles, c'est réel. Par contre, la quantité et la valeur des actifs nécessaires sont relativement faibles; c'est ce qui permet d'embarquer dans la game souvent en commençant à petite échelle. Si les marges étaient aussi élevées que dans le lait ou le poulet, ce serait tout simplement impossible. »

Le profit que génère une entreprise, agricole ou autre, demeure un facteur majeur pour obtenir du soutien financier. Les preuves sont faites dans les secteurs laitier, avicole, maraîcher et des grandes cultures. Dans le domaine vache-veau, un producteur attentif peut dégager un revenu complémentaire, en production laitière entre autres, d'un troupeau moyen (35 à 40 vaches-veaux). Bien entendu, on ne peut pas vivre uniquement avec un troupeau de cette taille, mais il s'agit tout de même d'un excellent placement. « Il faut être prêt à faire les choses autrement, indique Bruno Langlois. L'avantage des vaches, c'est qu'elles sont des unités de transformation à moindre coût. Elles arrivent toutes au monde en version traction intégrale; elles sont imbattables pour "cultiver" des parcelles moins productives, même dans les régions à maïs et à soya. »

L'offre du réseau La Coop
Peut-on rentabiliser la production vache-veau ? Claude Viel y croit et Bruno Langlois encore plus.
Dans son entrevue, le président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, Claude Viel, tendait la main au réseau La Coop pour aider les producteurs québécois. Bruno Langlois n'a pas hésité à répondre. « C'est certain que nous pouvons aider les producteurs, dit-il. Nous avons un personnel formé et proactif dans le champ. Nous avons une équipe dédiée. Nous avons même une agronome qui offre des conseils techniques en ligne. Le réseau La Coop a des gens en productions animales et végétales et en agroenvironnement qui peuvent donner un bon coup de main. De plus, comme plusieurs partenaires de CRF [Cooperative Research Farms] sont fortement impliqués en production bovine, nous avons accès à une excellente expertise. »

De son côté, Bruno Langlois lance une invitation au secteur laitier. « Présentement, c'est pratiquement impossible de prendre de l'expansion rapidement dans la production laitière. Pourquoi ne pas produire des veaux de boucherie ? Les vaches de boucherie ont beaucoup d'affinités avec les vaches laitières : insémination, vêlage, pâturage et autres. Le producteur laitier n'a pas à acquérir de nouvelles compétences ou à investir dans de nouveaux équipements. Côté fourrage, les vaches de boucherie peuvent ajouter beaucoup de valeur à des lots dont les analyses ne satisfont pas aux standards recherchés pour les vaches laitières. »
 
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