Entretiens
Agriscan permet à un producteur de lait de connaître avec précision le coût de production de ses fourrages, ce qui peut soit le rassurer, soit lui indiquer l'urgence d'agir.
L'environnement économique du monde agricole évolue rapidement, mais une constante demeure : les marges dégagées sont de plus en plus étroites. Pour prendre des décisions objectives et éclairées, les producteurs agricoles doivent connaître plus que jamais l'ensemble de leurs coûts de production, mais surtout avoir la mesure la plus juste possible de leurs différentes composantes.
Laurier Doucet, T.P.
Conseiller spécialisé en
plantes fourragères
La Coop fédérée
laurier.doucet@lacoop.coop

Brigitte Lapierre, agronome Conseillère spécialisée en plantes fourragères et conservation d'ensilage
La Coop fédérée brigitte.lapierre@lacoop.coop
Pour les producteurs laitiers, les fourrages représentent plus ou moins 50 % du coût des intrants pour l'alimentation du troupeau, avec une valeur estimée très modérée de 200 $/t. Cette valeur est très conservatrice puisqu'elle remonte à quelques années et n'a pas été mise à jour depuis. Si on fait passer la valeur des fourrages à 250 $/t, la portion du coût d'alimentation reliée à ces derniers prendra une plus grande proportion du total. Étonnamment, peu de producteurs laitiers connaissent vraiment le rendement et le prix de revient d'une tonne de matière sèche de fourrages produite à la ferme.

C'est donc, pour une très grande majorité, 50 % de la facture des intrants pour l'alimentation qui est estimée ! Est-ce qu'un producteur laitier accepterait, par exemple, de faire remplir un silo de maïs ou de recevoir des livraisons de supplément protéique pour alimenter le troupeau sans jamais savoir combien tout cela va réellement lui coûter ? Alors la même attention ne devrait-elle pas être portée au prix de revient des centaines – et parfois même des milliers – de tonnes de fourrages qui sont produites et entreposées dans la ferme durant l'été et qui serviront à l'alimentation du troupeau ? N'y a-t-il pas là un enjeu majeur ?

Les leviers possibles pour diminuer
le prix de revient des fourrages

À la lecture du tableau 1, avec un coût de production qui passe du simple au double entre le groupe de tête et le groupe inférieur, on constate l'importance relative que peut prendre le coût des fourrages dans le coût total des frais d'alimentation.

À court terme, pour diminuer le coût de production, il faut le diluer. Autrement dit, il faut augmenter le rendement. Chaque tonne additionnelle de fourrages à l'hectare augmente le diviseur des frais fixes. Les données du tableau 1 reflètent clairement cet état de fait.



Malheureusement, le réflexe de nombreux producteurs est de faire des coupes dans les intrants pour diminuer les dépenses. Étant donné que les intrants ne représentent en moyenne que 14 % du coût de production total d'une tonne de matière sèche de fourrages (tableau 2), il y a peu d'économie potentielle de ce côté. Par contre, les intrants ont une très grande influence sur le rendement. Un pH de sol optimal, une lutte efficace contre les mauvaises herbes, un choix d'espèces et de cultivars adaptés et performants ainsi qu'une fertilisation adéquate constituent la base même d'un bon potentiel de rendement fourrager.

La machinerie, là où le bât blesse
À moyen terme, il faut s'attaquer au poste de dépense le plus important, soit les charges de machinerie, qui comptent en moyenne pour 41,5 % (tableau 2). Il n'y a pas de modèle unique ni de formule idéale pour un chantier de fourrages efficace et rentable. Mais à la lecture de ces chiffres, on constate qu'il y a plus souvent des entreprises suréquipées que sous-équipées.

Ultimement, il faut trouver une formule adaptée à l'entreprise qui respecte un équilibre entre la main-d'œuvre disponible, l'ampleur du chantier et la capacité des équipements utilisés. L'utilisation de travailleurs à forfait et des formules de machinerie partagée (CUMA ou copropriété avec d'autres producteurs) représentent certainement des options intéressantes pour diminuer les coûts. Ces formules permettent de bénéficier des avantages d'équipements plus gros et plus performants. Alors, quand vient le temps de remplacer ou d'ajouter une machine pour la récolte des fourrages, on doit se poser les bonnes questions et, surtout, y répondre de façon rationnelle, avec le plus d'objectivité possible.



Au cours de la saison 2014, j'ai eu l'occasion des visiter deux fermes laitières de bonne taille (90-100 kg/jour de quota), qui, après analyse, ont choisi le forfait pour la récolte des fourrages. Ces entreprises n'ont ni fourragère, ni souffleur, ni boîte à ensilage dans leur parc de machinerie. Chaque coupe représente un chantier d'une journée ! Sans prétendre que le forfait est une solution pour tous, lorsque l'option existe, elle doit à tout le moins être envisagée.

La spécialisation est un autre modèle qui se développe aussi au Québec. Des entreprises laitières se concentrent sur leur spécialité et confient leur approvisionnement en fourrages à quelqu'un d'autre. Dans ce modèle, il faut s'associer à un ou plusieurs partenaires fiables qui s'engagent à assurer un approvisionnement de qualité à long terme, à prix compétitif.

C'est précisément ce qu'a fait la ferme Massicotte Holstein, à Champlain, en Mauricie. Les propriétaires, Roger Massicotte et son fils, Pierre-Luc, ont d'ailleurs eu l'occasion de présenter leur modèle d'affaires le 17 septembre dernier, lors de « La journée à foin » du Conseil québécois des plantes fourragères, qu'ils accueillaient. (Pour plus de détails, visiter le www.cqpf.ca.)

Malheureusement, le réflexe de nombreux producteurs est de faire des coupes dans les intrants pour diminuer les dépenses.

En gestion, on dit souvent : « On ne peut améliorer ce qu'on ne mesure pas. » Je vous entends déjà me dire : « Oui, mais pas si simple que ça de calculer avec précision le coût de production réel de mes fourrages ! » Comment répartit-on les coûts de la machinerie qui ne sert pas uniquement à la récolte des fourrages ? Quelle portion de la main-d'œuvre doit être imputée à cette activité de l'entreprise ? Comment mesurer avec précision mes rendements ?

Eh bien, bonne nouvelle pour ceux qui ne le savent pas déjà : le réseau La Coop a mis au point un outil d'analyse économique des activités de productions végétales des entreprises agricoles. Ce dernier s'appelle Agriscan. Il a été élaboré à la suite d'une volonté, maintes fois exprimée par les producteurs agricoles, de voir le réseau La Coop s'impliquer davantage dans l'aspect technico-économique par l'entremise de ses services-conseils, pour les soutenir dans la prise de décisions.

Agriscan, c'est le calcul du coût de production par culture en fonction du parc de machinerie et de son utilisation, notamment. On mesure le coût de passage de chaque équipement (frais fixes et variables). Ces informations sur les coûts réels d'utilisation et de possession de chaque équipement vous permettent de les comparer à un coût de forfait, par exemple. Agriscan, c'est aussi l'analyse de rentabilité par culture, par champ et même par variété en fonction des coûts de production et des rendements obtenus. L'outil produit également un rapport des points forts et des points à améliorer, avec le potentiel de récupération d'argent si on corrige ces derniers.

Agriscan permet à un producteur de lait de connaître avec précision le coût de production de ses fourrages, ce qui peut soit le rassurer, soit lui indiquer l'urgence d'agir.

Cet outil a été lancé en janvier 2014 et il fait déjà l'envie de bien des intervenants qui ont eu l'occasion de voir ses multiples possibilités. Le réseau La Coop possède le savoir-faire et les outils nécessaires pour vous accompagner également dans la gestion économique de votre entreprise.

L'objectif du présent article était de piquer votre curiosité et de susciter suffisamment d'intérêt pour que vous ayez le goût d'en savoir un peu plus sur Agriscan. Si c'est le cas, il vous suffit de contacter votre expert-conseil La Coop.
 
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