Entretiens
Depuis la fondation de cette coopérative, en 1997, les administrateurs ont toujours mis l’accent sur des pratiques de gestion qui allient à la fois les intérêts financiers des membres et la pérennité de leur organisation. De gauche à droite : Jean Lavoie, membre fondateur de la CUMA; Nick Bernard, président; Louise Maltais, secrétaire-trésorière; et Gervais Girard, administrateur.
Hors de question de gérer serré à la Coopérative d’utilisation de matériel agricole jeannoise.
Celle-ci fait un profit raisonnable et les membres paient un juste prix pour la location des machines : le meilleur des deux mondes, quoi !
Texte et photos de Nancy Malenfant,
conseillère aux affaires coopératives
La Coop fédérée nancy.malenfant@lacoop.coop

Les coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) regroupent des agriculteurs souhaitant utiliser en commun des équipements au moindre coût possible. Lorsqu’il y a des surplus en fin d’année, il est d’usage de réajuster le coût des services plutôt que de verser des ristournes. Or, la CUMA jeannoise a choisi de faire les deux. « Nous ristournons toujours aux membres le maximum permis par la Loi sur les coopératives, soit jusqu’à 80 % des excédents », précise le président, Nick Bernard.

Le logo de la CUMA jeannoise, une image qui exprime bien
l’esprit de collaboration entre
ses membres.
Par ailleurs, si la coopérative vend une machine sans la remplacer, le gain sur la vente est ristourné à l’ensemble des 40 entreprises agricoles membres, après qu’on a remboursé les 20 % du coût d’achat aux producteurs qui faisaient partie de la branche d’activité. L’an dernier, par exemple, la dissolution d’une branche s’est soldée par un gain considérable provenant de la machinerie vendue. « Nous avons calculé qu’avec cette somme, la ristourne remboursait environ 40 % des frais d’utilisation que les producteurs avaient payés dans l’année », dit Nick Bernard.

De nombreuses CUMA retournent l’argent uniquement aux utilisateurs de la machine vendue plutôt qu’à la totalité des producteurs membres. Selon l’ancien président et membre fondateur Jean Lavoie, cette pratique n’encouragerait pas l’esprit coopératif, car elle incite indirectement les agriculteurs à liquider une branche d’activité plutôt qu’à renouveler le matériel. « L’équipement appartient à la coopérative, et lorsqu’on dissout une branche d’activité, la valeur nette de la machinerie doit revenir à la CUMA, insiste-t-il. Tout ce que les utilisateurs ont payé, ce sont des frais de location. Le matériel ne leur appartient pas. »

Bon coup
Pour le premier épandeur à chaux que possédait la CUMA, chaque producteur avait un engagement annuel fixe à payer, même s’il ne l’utilisait pas une certaine année. « Cette méthode avait créé une insatisfaction chez plusieurs membres », confie Jean Lavoie. Lors du renouvellement du matériel, il y a deux ans, l’engagement de chaque producteur est devenu mobile et a été planifié pour la durée de financement de l’équipement. Le membre peut dorénavant disposer de ses unités d’utilisation à n’importe quel moment durant cette période de sept ans. À la fin du prêt, le coût d’utilisation de l’épandeur sera réajusté en fonction des unités totales des utilisateurs, et chacun d’eux recevra un crédit ou une facture, s’il y a lieu.

Mauvais coup
L’achat d’une nouvelle technologie ou d’un équipement méconnu entraîne parfois une désillusion. « Mais la formule de la CUMA nous amène à pouvoir faire des essais en prenant moins de risques, soutient l’ancien président Jean Lavoie. Par exemple, le premier équipement de la CUMA fut un aérateur de sol. Je n’aurais jamais pu l’acheter seul à ce prix, surtout sans vraiment être certain du résultat. En groupe, nous avons tous payé un peu et avons fait nos expériences. » Au final, les résultats se sont avérés décevants, et la CUMA s’est défaite de la machine avant la fin de la période de financement, sans que cela engendre de pertes pour la coopérative.

Un responsable salarié
Chacune des sept branches d’activité de la CUMA compte sur son propre responsable. La sélection des responsables s’est faite de façon naturelle. « C’est le producteur qui a présenté son besoin et proposé l’achat d’un équipement qui en a pris le leadership », explique Nick Bernard. Ce rôle revêt toute son importance pour la réservation et le suivi des équipements partagés par un grand nombre de membres. À la CUMA jeannoise, c’est le cas pour la débroussailleuse (14 membres), l’épandeur à chaux (14 membres) et les agitateurs à lisier (30 membres).

Jean Lavoie raconte qu’initialement la CUMA gérait les agitateurs à lisier dans des branches d’activité séparées. « Or, nous avons vite réalisé qu’il serait beaucoup plus pratique de tout gérer ensemble », confie le producteur laitier. Le regroupement subséquent des trois agitateurs et de leur trentaine d‘utilisateurs dans une seule branche d’activité a ainsi contribué à alléger la gestion liée à ces équipements. Dorénavant, les réservations et l’entretien relèvent d’un seul responsable, et les membres sont assurés qu’il n’y a pas d’interruption de service si l’un des agitateurs tombe en panne, car deux autres sont encore disponibles.

Puisque la CUMA dessert plusieurs municipalités du secteur sud du Lac-Saint-Jean, les trois agitateurs ont été répartis de façon stratégique sur le territoire afin d’optimiser les déplacements. La bonne gestion de cette branche d’activité devient d’autant plus cruciale. « Il faut absolument que les membres passent par le responsable pour éviter qu’on perde le contrôle », affirme l’administrateur Gervais Girard, qui utilise lui-même cet équipement dans son exploitation de veaux de grain.

La tâche demande une grande disponibilité de la part du responsable de la branche. Celui-ci doit gérer un volume d’appels important provenant des utilisateurs à certaines périodes de l’année. C’est pourquoi le conseil d’administration a décidé d’offrir une somme de 20 $ (par membre) à la personne qui s’occupe de cette branche en guise de rémunération pour son travail. En plus de prendre les réservations, le responsable consigne au fur et à mesure les unités d’utilisation de chaque membre et veille à l’entretien et aux réparations du matériel. Jean Lavoie souligne que les agriculteurs facilitent le travail du responsable en faisant preuve de discipline et de coopération. « Ils ont été habitués depuis le début à ce mode de fonctionnement et ils le respectent », conclut-il.

 
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