Entretiens
Après plusieurs années de disette, les producteurs de porcs peuvent enfin respirer. En effet, le prix du porc a atteint en 2014 des sommets inégalés, le prix des grains est revenu à un niveau plus normal et les cotisations ASRA sont passées de 11 à 2 $ par porc. L'année 2015 s'annonce sans ASRA, mais avec des profits plus bas. Qu'en sera-t-il toutefois lorsque l'offre de porcs en Amérique du Nord se sera ajustée ? Nous vous proposons une série de questions à vous poser pour bien évaluer votre situation et prendre les meilleures décisions possible.
Jean Tanguay, agronome
Coordonnateur,
évaluations économiques
production porcine
Olymel
jeantanguay@olymel.com

D'abord, il faut prévoir d'autres années avec l'intervention de l'ASRA. Dans les dernières années, les producteurs ont réussi à se tirer d'affaire en rognant sur l'entretien, les salaires, les paiements, etc. Il y a maintenant des mises à niveau à faire dans plusieurs bâtiments.

Lors de la prochaine année avec une compensation ASRA, le revenu stabilisé aura été amputé de 11 à 15 $ par porc pour le modèle naisseur-finisseur, comparativement à la période 2009-2013.

De plus, les normes du bien-être animal sont en vigueur et, en 2024, toutes les truies confirmées gestantes devront être gérées en groupes et non plus en cages.

Dans ce contexte, de nombreuses fermes doivent se poser plusieurs questions quant à leur avenir dans le modèle où elles se trouvent actuellement. Et elles doivent le faire avant d'entre­prendre des investissements majeurs.

Pour assurer sa pérennité, la ferme doit faire preuve d'excellentes performances, et ce, de façon continue.

Critère de succès no 1 : la santé
Si l'entreprise est de type naisseur ou naisseur-finisseur, on ne peut pas fonctionner en tout
plein-tout vide. On doit alors se poser les questions suivantes :

• Est-ce que ma situation géographique me permet de garder mon troupeau en bonne santé à long terme ?
• Est-ce que je subis une dérive sanitaire importante moins d'une fois à tous les cinq à sept ans ?
• S'il y a présence de maladies à incidence économique dans mon troupeau, est-ce que je peux les éradiquer et ne pas trop courir de risques qu'il soit contaminé de nouveau par les élevages avoisinants ?
• Est-ce que je me suis assuré que la proximité des voisins, des routes de transport ou des épandages ne constitue pas un risque de nouvelle contamination de mon élevage ?

Critère de succès no 2 : la taille de l'entreprise et la main-d'œuvre
• Est-ce que la quantité de travail à accomplir à la ferme permet de faire vivre deux personnes à temps plein ?
• Est-ce que l'équipement et l'organisation de la ferme permettent à ces deux personnes de répondre aux exigences indiquées dans le tableau ?



Idéalement, une entreprise devrait avoir un minimum de deux à trois unités de travail-personne (UTP) afin que les gens puissent avoir un horaire qui leur permette de prendre des congés de façon raisonnable. L'entreprise sera ainsi attrayante pour la relève ou pour la vente.

Si la ferme a moins de deux UTP, elle devra alors être assez petite pour permettre un emploi à l'extérieur ou dans une autre activité de la ferme.

• Est-ce que la ferme a une relève intéressée par la production ?
• Est-ce que la ferme est intéressante pour un acheteur éventuel ?
• Est-ce que l'âge ou la situation des propriétaires actuels permettent un nouvel endet­tement ?

Critère de succès no 3 :
la condition des bâtiments
• Est-ce que les bâtiments ont encore une bonne durée de vie utile ?
• Est-ce que la règlementation permet de faire les changements nécessaires à la pérennité de la ferme ? Sinon, les bâtiments peuvent-ils être adaptés ?
• En tant que naisseur-finisseur, est-ce que je peux finir tous mes porcelets au poids le plus rentable ?

Diverses possibilités
Si on a répondu par l'affirmative aux questions précédentes, il est raisonnable de penser à investir pour faire la mise à jour des bâtiments, répondre aux normes de bien-être animal et accueillir la relève.

Par contre, si on a répondu non à quelques questions, il faudra réfléchir un peu plus à l'avenir de la ferme.

Plusieurs options sont possibles :

• Rester ainsi jusqu'à ce que les actifs soient totalement usés.
• Passer de naisseur-finisseur à finisseur à son compte ou à forfait.
• Investir dans une maternité collective pour s'assurer d'une bonne source de porcelets à bon prix.
• Si on est finisseur, acquérir un ou plusieurs autres sites finisseurs pour avoir au moins deux UTP.
• Si on est un naisseur-finisseur bien situé, augmenter la taille de l'entreprise pour avoir au moins deux UTP.

Il est important de bien analyser la situation de la ferme avant de prendre des décisions. Il est bon de prendre du recul et de ne pas tenir pour acquis que la vocation de la ferme doit obligatoirement rester toujours la même. Les décisions devraient être prises en fonction du bien-être des personnes qui participent à la vie de la ferme ainsi que de sa rentabilité future.

 
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