Entretiens
Le 1er décembre 2011, Joël Lepage et Mireille Lavoie ont entamé une nouvelle vie en reprenant la ferme laitière Couturier, à Amqui, dans la vallée de la Matapédia. À la fois une suite logique pour ces enfants d'agriculteurs et tout un défi à relever. Les jeunes producteurs, passionnés de génétique Holstein, misent sur la diversification des revenus pour réussir.
Texte et photos de David Bessenay

Natifs de Saint-Moïse et de Saint-Damase, Joël et Mireille n'ont pas vraiment été dépaysés en s'installant dans la ferme Couturier et frères, à Amqui. « Nous sommes arrivés deux jours avant, avec quelques meubles. Ça ressemblait plus à un déménagement d'étudiants qu'à une installation agricole, plaisante aujourd'hui le couple. Et le 1er décembre, nous avons soulevé le couvercle du bulk tank et on s'est dit : c'est à nous ! »

Joël Lepage et Mireille Lavoie célèbrent (sobrement !) le début d'une nouvelle vie.
Si cette installation est classée comme une relève non apparentée, les deux jeunes avaient déjà les deux pieds dans le monde agricole grâce à leurs parents, producteurs laitiers de la vallée, et à leur parcours professionnel.

Titulaires d'un DEC en production animale, Joël et Mireille se sont forgé une solide expérience. Joël est expert-conseil laitier-végétal depuis 2003 à La Coop Matapédienne et à La Coop Purdel. Il a exercé auparavant les mêmes fonctions à La Coop des Frontières. « En 10 ans comme conseiller, j'ai appris ce qu'il fallait faire et, surtout, ne pas faire », résume-t-il. Mireille, quant à elle, a travaillé en Beauce, à la coopérative Saint-Bernard, comme représentante en production laitière et porcine, puis un an à la ferme familiale. Si elle a un temps envisagé de s'installer avec son frère, elle s'est rapidement tournée vers un projet plus personnel. « Notre volonté, c'était d'avoir nos propres affaires, de prendre les décisions nous-mêmes et de ne dépendre de personne », justifient Joël et Mireille.

Un bel outil de travail
Le jeune couple s'est donc mis à la recherche d'une ferme. « Trouver une entreprise, ce n'est pas si dur. Mais trouver une ferme efficace que les propriétaires sont prêts à vendre, c'est plus compliqué. Nous avons eu la chance de rencontrer Ghislain et Normand Couturier, qui étaient prêts à une transaction de la sorte. Les démarches ont été ensuite assez rapides, quelques mois seulement. Ils ont été des mentors efficaces et ils sont fiers que l'exploitation ait été reprise par des jeunes du coin. C'est mieux qu'une ferme qui part à l'abandon. »

Le second défi à relever était d'ordre financier. « Lors de notre première rencontre à la banque, on s'est fait virer de bord. On nous réclamait 400 000 $ », se souvient Joël. Mais aidés par Agristratégies et les conseillers financiers de leur région, et grâce à leurs antécédents familiaux qui plaidaient en leur faveur, Joël et Mireille ont finalement trouvé une institution financière pour les accompagner dans ce projet.

Bien accueilli dans son nouvel environnement et à la tête d'une ferme très fonctionnelle, le couple a pu démarrer ses activités dans d'excellentes conditions. « On était certains de pouvoir former une bonne équipe », dit Joël. Ils se sont partagé le travail : santé animale, reproduction et comptabilité pour Mireille; alimentation et cultures pour Joël. « Au départ, on voulait prendre toutes les décisions à deux, indique Mireille. On s'est rendu compte que ce n'était pas possible. Nous avons chacun nos domaines de compétences à la ferme et chacun doit prendre ses propres décisions. Ce qui n'empêche pas d'en parler à l'autre. »

Amélioration du confort animal
Les éleveurs ont rapidement procédé à des améliorations à l'étable pour accroître le bien-être des animaux. Des investissements ont été consentis dans les stalles (ajouts de matelas), la ventilation et l'éclairage. « Ces aménagements ont eu un bienfait direct sur la reproduction et la production de lait. S'il fallait leur mettre l'air conditionné, on le ferait », plaisante Joël.

La motivation du couple est claire : produire plus avec le moins possible. « On a ce qu'il faut en quotas et en surfaces, dit Joël. Nous voulons optimiser la production de chaque vache, avoir des coûts d'alimentation des plus efficaces. On souhaite améliorer la longévité du troupeau. La moyenne au Québec est d'environ deux lactations. C'est peu. On veut faire vieillir nos vaches. »

Avec une bonne classification du troupeau (3 EX, 24 TB, 17 B+, 1 B) et une MCR de 244‑262-254, la ferme est déjà sur la bonne voie. La moyenne de plus de 11 000 kg est encourageante. « Nous ne souhaitons pas forcément l'améliorer. Nous cherchons plutôt à augmenter les revenus par kilo de quota, » précise Joël.

Les éleveurs ont en plus obtenu des résultats dignes de mention dans diverses expositions. En janvier 2014, à la soirée Tout-Québec, cinq génisses dont ils sont copropriétaires ont été primées, dont deux avec le préfixe JMValley.

« Ce sont nos meilleurs résultats », se réjouit l'éleveur. Des résultats qui font suite à la victoire d'une de leurs génisses à la Royale de Toronto, à l'automne 2013. « Ç'a été un grand moment de fierté, dit-il. Ce n'était jamais arrivé dans la vallée. Ça aide à se faire connaître. »

Diversifier les revenus
Le couple veut optimiser la production de chaque vache, avoir des coûts d'alimentation des plus efficaces et améliorer la longévité du troupeau.
Joël et Mireille souhaitent tirer 20 % de leurs revenus de la diversification des activités de la ferme. Joël continue d'effectuer à temps partiel (une journée par semaine) son travail de conseiller à la Coop. Il poursuit également son activité de préparateur d'animaux, « mais seulement dans les concours où j'emmène mes propres animaux », précise-t-il.

La ferme se démarque par la vente de génétique, vaches et embryons. « La génisse gagnante à Toronto a été vendue dans une vente que nous avons nous-mêmes organisée. On a toujours la mère pour en faire d'autres. Je ne veux pas être un éleveur-collectionneur qui laisse ses belles bêtes au garage », souligne l'éleveur.

« Pour la vente d'embryons, c'est une question de demande, indique-t-il. Il s'agit d'avoir les sujets pour lesquels les acheteurs démontrent de l'intérêt. Des sujets ont trouvé preneur aux États-Unis et des embryons dans plusieurs pays. »

Le succès ne monte pas pour autant à la tête des éleveurs. « Il n'y a rien de garanti, lance Mireille. Aujourd'hui, ça marche bien. Mais demain ? »

Bien dans leurs affaires
Joël et Mireille réalisent un début de carrière plus que prometteur, « mais on ne veut pas péter de la broue », lancent-ils. Ils savent que la réussite passe par une remise en cause permanente. Ils participent d'ailleurs régulièrement à des journées de formation, « car on a toujours des choses à apprendre ».

« La vie d'agriculteur est très différente de celle de salarié. On est à la merci de la météo. Maintenant, on ne va pas penser à nos dettes tous les jours. Il faut être bon gestionnaire, avoir un peu de chance et avoir le goût de relever le défi », s'accordent pour dire Joël et Mireille. Et au-delà du métier, le couple entend bien conserver l'harmonie dans sa nouvelle vie. « On garde une vie sociale même si le travail à la ferme est très prenant. Je coache l'équipe de volleyball du sport-études », souligne Mireille. L'arrivée d'un premier enfant, au printemps dernier, a encore plus contribué à l'épanouissement familial.

Un préparateur d'animaux reconnu à l'international


Joël Lepage a participé à sa première exposition en 2000. Il n'avait alors que 20 ans. L'expérience de préparateur d'animaux lui a plu, au point d'en devenir passionné. « C'était presque à temps plein à une époque, dit-il. Je faisais 20 à 25 expositions par an ! Travailler avec l'élite des éleveurs, comme les Beltramino du Piémont italien, et avec les meilleures vaches, c'est le fun. J'ai pu visiter de nombreux pays [Brésil, Mexique, Colombie, Italie, États-Unis, Suisse, Allemagne] et garder de bons contacts. » Au fil des années, Joël a acquis une réputation internationale. Quel est le secret pour devenir un bon préparateur ? « Il ne s'agit pas de préparer pour préparer. Il faut être patient, aimer ce que l'on fait et avoir le désir de la perfection. Celui qui trouve que ce n'est jamais correct, qui cherche de nouvelles techniques, qui se pose des questions, réussira. À l'inverse, celui qui se satisfait trop facilement du résultat… »

L'alimentation du troupeau






Alex Proulx, agronome
Expert-conseil à
La Coop Matapédienne

Veaux (jusqu'à 6 mois)
Lactoremplaceur Bovo XLR 27-16
Aliment Goliath Totalveau RUM
Foin sec à volonté

Taures
(6 mois jusqu'au vêlage)
Orge moulue
Supplément Goliath 31 %
Goliath Expo à certains sujets
Foin sec à volonté

Vaches taries et préparation au vêlage
Minéral Transilac VT7-3C
Supplément Transilac 21
Orge moulue
Ensilage et foin sec

Vaches en lactation
Supplément Synchro 4055V,
Option 2 VIP
Maïs moulu
Orge moulue
Supplément Synchro 4216
Minéral Synchro 18-5T
Ensilage et foin sec

 
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