Entretiens

La CUMA du rang 11

À la Coopérative d'utilisation de matériel agricole de l'Érable,
la priorité, c'est la proximité.
Texte et photos de Nancy Malenfant,
conseillère aux affaires coopératives
La Coop fédérée nancy.malenfant@lacoop.coop


Bon coup

Afin d'entreposer les équipements, les membres de la CUMA de l'Érable ont bâti un hangar à machinerie. Cet entrepôt commun contribue à faciliter
la gestion et le suivi du matériel, puisque celui-ci doit toujours être pris et retourné au même endroit. Les coûts liés au hangar (assurance, prêt)
sont répartis entre
les différentes branches d'activité en proportion
de la valeur des
équipements associés
à chaque branche.

Avec 16 membres agriculteurs qui se partagent une quinzaine de machines, ce n'est pas par sa taille que la Coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA) de l'Érable se distingue. C'est plutôt par sa volonté de préserver la proximité avec ses membres. « Environ 75 % des travaux effectués avec les équipements de la CUMA le sont dans le même rang », estime Marcel Lamontagne, ancien producteur laitier et membre fondateur de la coopérative. C'est en effet dans le rang 11, une petite route qui traverse la campagne entre Princeville et Plessisville, qu'on retrouve la majorité des fermes membres de la CUMA. « Les deux producteurs les plus éloignés l'un de l'autre ne sont situés qu'à 15 km de distance », précise le secrétaire-trésorier, le producteur laitier Bruno Guérard. Ce n'est pas par manque de potentiel de croissance que la CUMA de l'Érable a conservé un territoire et un effectif restreints après 12 années d'existence. « Nous avons eu une discussion sur le développement de la CUMA lorsque des agriculteurs un peu plus éloignés ont voulu s'y affilier, raconte le président, Guy Pellerin. Mais les membres et les administrateurs ont conjointement décidé de limiter l'expansion. » En conservant un périmètre restreint, les membres ont entre autres voulu s'assurer que l'équipement n'est jamais loin lorsqu'ils en ont besoin. C'est aussi une question de sécurité, selon Guy Pellerin : « En limitant les distances où nous devons circuler sur la route avec les équipements, on réduit les risques d'accident. »

Par ailleurs, les fermes membres fournissent actuellement un volume de travail suffisant pour rentabiliser les équipements de la CUMA. « La mission de la CUMA, c'est d'allier le meilleur prix avec le meilleur service, rappelle Guy Pellerin. En augmentant le volume de travail, nous aurions un meilleur coût, mais nous n'aurions plus le meilleur service, puisque la machinerie serait surutilisée et parfois même non disponible au moment où nous en aurions besoin. » C'est d'ailleurs pourquoi la location du matériel de la CUMA à des non-membres est une pratique qui a été essayée puis abandonnée au fil du temps. Avec la location, il devenait plus difficile de gérer les déplacements et l'utilisation de la machinerie, sans compter la complexité liée aux questions d'assurance et de responsabilité en cas d'accident ou de panne.

Mauvais coup

Bien planifier le renouvellement d'une machine, mais surtout l'essayer avant de l'acheter : voilà les deux leçons qu'ont tirées les membres de la CUMA de l'Érable après avoir vécu toute une aventure avec le remplacement de leur moissonneuse-batteuse, en 2013. Ils sont passés d'un modèle traditionnel à une technologie axiale, et le conducteur, Marcel Lamontagne, s'est vite aperçu que les pertes de paille étaient beaucoup trop importantes avec le nouvel équipement. « Les membres avaient besoin de cette paille dans leur ferme ou bien ils la vendaient. Ils n'étaient donc pas prêts à subir de telles pertes », explique-t-il. Les membres ont alors pris la décision de remplacer immédiatement la moissonneuse-batteuse et ont absorbé la perte financière due à cet échange.
Grandir de l'intérieur
Le partage d'équipements se pratiquait déjà naturellement depuis des décennies parmi plusieurs agriculteurs du coin. Ceux-ci ont formalisé ce partage en 1980 par la création d'un syndicat de machinerie, qui est devenu en 2002 la CUMA de l'Érable. L'effectif, à l'origine constitué presque en totalité de producteurs laitiers, s'est peu à peu modifié : près du tiers des membres ont délaissé la production laitière au profit des grandes cultures. « Cette conversion a changé la donne », constate Marcel Lamontagne. Cet ancien producteur laitier, qui a transféré sa ferme à une relève non apparentée, continue d'être actif au sein de la CUMA en conduisant notamment la moissonneuse-batteuse. « Les fermes ont grossi et tout le monde est essoufflé. Tout doit aller toujours plus vite. »

C'est aussi ce qu'a remarqué Sylvie Tardif. La productrice laitière, qui a été pendant une dizaine d'années secrétaire-trésorière de la CUMA, croit qu'il faut malgré tout tenter de préserver le sentiment d'appartenance à la coopérative. « Dès le début, ce que nous souhaitions n'était pas de créer une entreprise de location de machinerie ou de forfait, mais plutôt de se regrouper avec des gens motivés et intéressés. Ce n'est pas tout de pouvoir utiliser un équipement à moindre coût, il faut aussi s'impliquer », affirme-t-elle.

Malheureusement, elle constate qu'avec l'accroissement de la taille des fermes, il est difficile de recruter des volontaires pour nettoyer et remiser les équipements en fin de saison ou bien pour faire les réparations.

Chacun est de plus en plus occupé chez lui. Conséquemment, les producteurs agricoles ont moins de temps pour s'engager à l'extérieur de leur entreprise. C'est pourquoi, dorénavant, le temps investi dans la CUMA pour l'entretien, la réparation et la conduite des équipements est rémunéré. « Nous avons décidé de faire ce changement afin que ce soit équitable pour les membres qui travaillent davantage pour la CUMA », explique Sylvie Tardif.

Reste que le sentiment d'appartenance des membres à leur CUMA se manifeste par une excellente participation à l'assemblée générale annuelle année après année. Rares sont ceux qui n'assistent pas à cette réunion d'information et d'échange, l'occasion parfaite de resserrer les liens avec les autres membres de la coopérative.

1. Un des secrets du succès de la CUMA de l'Érable : la communication. Ici, en plein échange : Bruno Guérard, secrétaire-trésorier ; Marcel Lamontagne, conducteur de la moissonneuse-batteuse ; et Guy Pellerin, président.

2. L'équipement se doit de toujours être rangé et bien entretenu afin d'être disponible pour les membres.

3. Sylvie Tardif a été secrétaire-trésorière de la CUMA pendant une dizaine d'années avant de passer le flambeau à Bruno Guérard en 2013.

4. Une chaîne de sûreté conçue par Marcel Lamontagne, membre fondateur et conducteur pour la CUMA de l'Érable, a été installée sur tous les attelages des machines afin de maximiser la sécurité lors de la circulation du matériel agricole.

 
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