La genèse du changement



Tout le monde est pour le progrès, c'est le changement que nous détestons. En production porcine, nous savons tous depuis longtemps que notre modèle doit évoluer pour améliorer la rentabilité de notre industrie. Malgré cela, au fond de nous, une petite voix persiste à répéter qu'un bon prix du porc et des grains bon marché nous simplifieraient bien la vie. Certes, mais le dollar au pair nous ramène les deux pieds sur terre rapidement. Nous devons battre le modèle américain!

En fait, la difficulté n'est pas de faire quelque chose de nouveau, mais de changer de vieilles habitudes. Lorsqu'on nous impose une modification de notre façon de travailler ou lorsque l'on se l'impose soi-même, il se passe en nous un processus psychologique qui s'apparente au deuil : une sensation douloureuse de perte, sans savoir exactement où cela va nous mener. Cette sensation est d'autant plus grande si le changement opéré touche ce qui était, pour nous, responsable du succès du passé.

Face à la réalité économique de l'industrie porcine et aux changements qui s'imposent, il est étonnant de constater comment nous progressons de façon assez prévisible à travers le célèbre processus en cinq étapes, élaboré par le Dre Elisabeth Kübler-Ross.

D'abord, il y a le refus : « C'est cyclique, le prix du porc va se replacer. C'est reconnu mondialement, on a toujours fait de la viande de qualité au Québec. »

Suivi par la colère : « On est bon, ce sont les abattoirs et les distributeurs qui font de l'argent sur notre dos. Ils ne savent pas vendre, c'est géré tout croche, c'est le syndicat qui mène… Les
intrants sont trop chers. Le porc américain rentre en masse dans nos épiceries. »

Troisièmement, le marchandage : « Il faut fermer les frontières aux porcs américains et ontariens, mettre en place un système de quota et étiqueter notre viande, les consommateurs québécois vont payer plus cher pour un produit d'ici. »

Ensuite, c'est le fond du baril, la dépression : « On va tous perdre nos fermes, notre travail, notre caisse de retraite, on va fermer… »

Et finalement, l'acceptation : « Les choses ne sont plus comme avant, mais le monde ne s'arrête pas de tourner pour autant. La viande de porc demeure la plus consommée dans le monde, nous avons les infrastructures, l'expertise, alors on s'adapte pour répondre aux besoins du consommateur ou on disparaît. »

Qu'on soit producteur de porc ou employé d'une coopérative impliquée en production porcine, ou chez Olymel, on se retrouve dans ces différents états d'esprit face aux changements que le marché nous demande. Et peu importe notre fonction dans la chaîne de valeur, pour notre bien-être intérieur, nous avons tous intérêt à passer rapidement à la phase 5, c'est-à-dire accepter et participer au changement.

Collectivement, c'est ce que le réseau La Coop a fait en production porcine. Nous avons accepté de nous adapter à la réalité du marché. Individuellement, par contre, il nous reste encore tous du chemin à faire avant d'aboutir à une synergie complète de la filière. Pour mobiliser tous les acteurs, la vision doit être partagée et influencée par l'ensemble de l'organisation, notamment les producteurs de porc. Mais par-dessus tout, pour y parvenir, le changement doit démontrer des résultats tangibles à court terme pour gagner la confiance des acteurs.

C'est ce que le porc La Coop est en train de réaliser. Avec les modifications apportées au programme l'automne dernier, la qualité de la viande s'est nettement améliorée. Les clients le reconnaissent et nous recevons présentement des commentaires très encourageants de leur part. Cela demeurera cependant un défi quotidien qui s'inscrit dans un processus d'amélioration continue. Du côté des producteurs, les escomptes ont été bonifiés, ce qui fait du porc La Coop le programme de loin le plus avantageux sur le marché présentement.

On ne se le cachera pas, il reste encore beaucoup de travail à faire pour redresser entièrement notre filière, mais nous sommes sur la bonne voie. Souhaitons-le, les dernières nouvelles nous permettront certainement de progresser dans la genèse du changement.

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