La crise : conjoncturelle

ou structurelle?





La crise en production porcine… Une question fondamentale surgit : est-elle associée à la conjoncture, c'est-à-dire aux conditions du moment et aux circonstances, ou plutôt à la structure, à la manière dont l'industrie est organisée et à sa capacité à surmonter les obstacles?

D'entrée de jeu, je vous dirais que si la crise économique dans le porc était conjoncturelle, elle s'effacerait d'elle-même. Il suffirait d'être patient. Quelques trimestres passeraient, les moins efficaces disparaîtraient, l'ASRA ferait son travail de stabilisation avec un coup de main du gouvernement et la crise cesserait. Comme d'autres crises dans le passé…

Après six ans de vaches maigres, il apparaît évident que le problème est structurel. Ce ne sont donc pas uniquement les aléas du dollar, du circovirus, du SRRP, du prix des grains ainsi que ceux du porc qui sont responsables de la situation dans laquelle se retrouve la production porcine au Québec. Cette situation n'a fait que ressortir les faiblesses structurelles de notre modèle et notre incapacité à surmonter les crises. Aussi, ce n'est pas seulement en injectant de l'argent dans la production qu'elle se remettra sur les rails. Certes, le secteur porcin a besoin de soutien ponctuel de l'État, mais une bonne partie de la solution à long terme réside dans son mode de fonctionnement. Et ce n'est pas en copiant les modèles sous gestion de l'offre que nous y arriverons. Les productions laitière et avicole sont de bons modèles qui assurent des revenus décents aux producteurs, mais qui, dans un contexte d'exportation obligatoire comme c'est le cas pour le porc, ne tiendraient pas deux minutes. Malgré les ajustements qu'il reste à faire au sein de l'industrie porcine, celle-ci demeure de loin la production animale du Québec dont les coûts de production se comparent le mieux aux coûts américains. Or, il apparaît évident que dans le futur nous continuerons de composer avec l'exportation et la concurrence mondiale, ainsi qu'avec un dollar au pair et des prix des grains de plus en plus élevés… Mais il y aura aussi une demande mondiale grandissante de viande de porc.

Notre industrie peut-elle fonctionner dans un tel cadre? Certainement, mais pour y arriver, elle doit se redéfinir selon six facteurs clés de succès des meilleures entreprises en production porcine. Par ordre d'importance : des coûts d'alimentation optimaux, par une bonne maîtrise de la conversion alimentaire et du coût des intrants – y compris les grains et les minéraux –, de la fabrication, du transport, des services et de l'administration. Il faut aussi des éleveurs performants – 24 porcelets sevrés par truie ne suffisent plus aujourd'hui! Des porcs en bonne santé, produits dans des régions et selon des modèles qui limitent l'expression du SRRP et des autres maladies. Enfin, une taille optimale des infrastructures, une génétique de pointe et un ratio d'endettement sous contrôle.
Ajoutons un autre facteur qui possède, à lui seul, autant d'importance que l'ensemble des six facteurs réunis : la coordination de la chaîne entre la production et la mise en marché. On lui connaît deux formes : l'intégration et la coopération.

En intégration, l'entreprise possède les porcs, la meunerie et l'abattoir et elle prend les décisions pour l'ensemble de sa structure. La gouvernance a l'avantage d'y être définie; elle permet de s'ajuster rapidement aux signaux du marché. Partout dans le monde, l'intégration est le modèle qui prend le plus d'importance. Cette tendance, bien établie au Québec, s'est également amplifiée au cours des derniers mois. Dans un contexte où plusieurs producteurs sont forcés de mettre la clé sous la porte, tous les abattoirs, mis à part Olymel et le réseau La Coop jusqu'à maintenant, s'impliquent davantage directement dans la production de porc pour assurer leur approvisionnement et garantir leur investissement.

De la coopération, il est possible de tirer les mêmes avantages que ceux de l'intégration, tout en faisant en sorte que le producteur et le transformateur demeurent des entités distinctes. Pour cela, il faut que tous soient prêts à mettre en place des solutions collectives viables et qu'on cesse de protéger les structures et les acquis individuels. C'est ainsi – et en misant sur les facteurs clés de succès – que nous bâtirons une filière porcine coopérative solide et prospère.

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