Du Viagra…

à l'immunocastration




La plupart d'entre nous connaissent bien la société Pfizer, chef de file de l'industrie pharmaceutique qui a connu un succès commercial grâce au traitement des dysfonctions érectiles.
Après avoir commercialisé avec brio le fameux Viagra, Pfizer décide d'élargir son offre de produits destinés à ce qui se trouve « au-dessous de la ceinture » avec Improvest, pour l'immunocastration des porcs.
Nouvellement homologué au Canada, ce produit stimule le système immunitaire du porc afin de lui faire produire des anticorps spécifiques qui ont pour effet d'inhiber temporairement la fonction testiculaire et la production d'odeur de verrat induite par l'androsténone et le scatole chez les mâles entiers à la puberté. Bref, plus besoin de castrer : deux injections en période d'engraissement et le problème d'odeur dans la viande est réglé! Digne d'une offre alléchante tirée d'une infopub, non?

L'Immunocastration :
juste des bons côtés?

Malheureusement, l'équation n'est pas aussi simple que cela. Certes, cette approche procure certains avantages sur le plan de la production, notamment en améliorant la conversion alimentaire et, possiblement, le coût de production et le rendement en viande. Qui plus est, on élimine la castration proprement dite, une action relativement controversée pouvant faire souffrir les porcelets si elle n'est pas pratiquée selon les règles de l'art.

L'abattage de porcs traités a cependant permis de confirmer qu'un certain nombre de porcs a toujours une activité testiculaire, qu'adviendra-t-il de celui qui aura la malchance de tomber sur une côtelette de mâle entier dégageant des odeurs à la cuisson, parce que le porc aura été mal injecté et sera passé à travers les mailles du système de contrôle? Il se souviendra longtemps de son expérience et il attendra probablement plus longtemps encore avant de racheter du porc, car bien d'autres options s'offrent à lui dans le rayon des viandes.

Pas facile de garantir un succès commercial
C'est pour le volet qualité de la viande que nous avons le plus d'inquiétude. Malheureusement, on craint de ne pas s'améliorer et de même faire un recul face à nos objectifs de qualité. Du moins pour le porc certifié La Coop, car les taux de sélection pour les marchés les plus lucratifs sont réduits de 20 à 30 %. Le persillage est moins abondant et la viande est moins ferme. Avec l'emploi de ce produit, la viande des mâles présente davantage les caractéristiques de celle des femelles. On sait toutefois que c'est la viande des castrats qui est la plus prisée des amateurs. Nous craignons donc aller à l'encontre de tout le travail et des efforts mis de l'avant au cours des deux dernières années.

Bien que le produit représente un avantage à la castration, et qu'il présente des avantages au niveau de la production, il faut aussi considérer l'impact chez le transformateur ainsi que sur la qualité globale de la viande et chez le consommateur. Ce dossier est un bel exemple d'une réflexion qui doit se faire en filière afin de s'assurer qu'il permet de progresser vers nos objectifs communs. C'est un pensez-y-bien! En tous les cas, à court terme, les pilules bleues continueront probablement d'avoir plus de succès auprès des petits cochons à deux pattes!

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