Bichonner

      comme Paris Hilton

Paris Hilton, jet-setter numéro un de Hollywood, vient de faire construire une maison pour ses amis : Tinkerbell, Dolce, Marilyn Monroe, Mugby... Coût de l'investissement : 325 000 $. Plus que raisonnable, me direz-vous, pour l'héritière du fondateur de la chaîne hôtelière H. Mais en fait, ce n'est pas vraiment une maison, c'est plutôt une grosse niche. Habitués des tapis rouges, ses chihuahuas ont droit au traitement royal : balcon en fer forgé, air conditionné, chandeliers en cristal, mobilier spécial signé Philippe Stark, coussins Louis Vuitton… sans compter la garde-robe de vêtements griffés. N'est-ce pas là le comble de l'anthropomorphisme, la tendance à attribuer aux animaux ou même aux choses des réactions humaines ? Comme si ses petits « pitous » seront plus heureux dans un palais de marbre, élevés comme des humains...
Dans notre société davantage connectée avec le monde de Paris qu'avec celui de l'agriculture, voilà maintenant que de grandes sociétés comme McDonald's, Burger King et Tim Hortons demandent à leurs fournisseurs que les truies gestantes soient en parcs par opposition aux cages de gestation. Si on sait lire entre les lignes, on comprend bien que c'est d'abord une question d'image qui pousse ces entreprises à de telles exigences. Peu importe leur véritable motivation, elles sont tellement grandes et influentes que c'est la face de toute l'industrie porcine qui sera dorénavant changée.

Maintenant, la balle est entre les mains des producteurs de porcs. Adhérons-nous ou pas à cette nouvelle (ancienne) méthode de production ? Je vous entends me demander pourquoi revenir en arrière. Auparavant, les truies étaient en parcs. Pour améliorer leur productivité, nous les avons placées en cages individuelles. Ainsi, on évitait les batailles et la mortalité embryonnaire, on évitait le partage inéquitable de la nourriture entre les truies dominantes et les truies dominées, on évitait, on évitait, on évitait… Aujourd'hui, toutefois, on comprend mieux le comportement animal. Ces choses qu'on réussissait à éviter en restreignant les truies peuvent maintenant l'être par de nouvelles techniques de gestion en groupe qui permettent aux truies beaucoup plus de liberté de mouvement sans perte de performances. On n'arrête pas le progrès.

Mais en ces temps difficiles, qui possède les liquidités nécessaires pour effectuer de tels changements dans ses bâtiments ? Beaucoup trop peu. Nombreux sont ceux qui se demandent encore comment rembourser les PPA. Ils sont bien loin de penser à investir. Quoi qu'il en soit, la demande de truies gestantes en groupe est là pour de bon. Bien des organisations dans le monde ont déjà pris le virage et se positionnent pour répondre à cette demande. Une demande légitime, techniquement applicable. Le hic, c'est l'argent !

Et si nous envisagions cela comme une occasion collective d'améliorer notre structure de production ? Cette structure, qui était probablement fort adéquate en 1980, est devenue lourde et contraignante en 2012. La concentration des maternités en milieu à haute densité de porcs rend excessivement difficile la production de porcelets de qualité. Ces maternités doivent faire face à des crises répétées de SRRP, et cette maladie réduit la rentabilité des élevages. Puisque le marché nous demande de nouvelles gestations, pourquoi ne pas choisir de les établir en milieu à faible densité de porcs et redonner un coup de fouet à la compétitivité de notre filière ?

Chose certaine, loin de nous l'idée de demander à Paris Hilton d'en dessiner les plans et de bichonner nos porcs comme elle le fait avec ses chihuahuas…
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