Les sept

vaches maigres

« Dans mon rêve, je me tenais sur le bord du fleuve. Et voici que sept vaches grasses et belles d'apparence montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie. Sept autres vaches montèrent derrière elles, maigres et fort laides : je n'en avais point vu d'aussi laides de toute ma vie. Les vaches décharnées et laides mangèrent les sept premières vaches qui étaient grasses, mais leur apparence demeura laide comme auparavant. Et je m'éveillai. »
L'interprétation de ce songe tiré de la Genèse annonce sept années de grande abondance, suivies de sept années de dure famine. Pour les économistes, ce passage offre une première illustration des cycles conjoncturels, où alternent croissance et récession. Plus largement, l'expression rappelle qu'une situation de vaches maigres est provisoire et peut être suivie à nouveau d'un épisode de vaches grasses.

Et si l'extrait de la Genèse pouvait être vrai? Finalement, après sept années (de 2005 à 2012) de vaches maigres dans le porc, s'il était venu le temps des années de vaches grasses? Hum! (sceptique)

Historiquement, l'industrie du porc a toujours été caractérisée par des cycles de plus ou moins quatre ans sur les stocks et les prix. Un modèle classique répondant à l'offre et à la demande du marché. Le hic, c'est que notre système est nord-américain, et que l'appréciation du dollar nous a fait manquer le dernier cycle haussier. Vive les sables bitumineux de l'Ouest canadien!
Depuis sept ans, on rame pour compenser les avantages d'un dollar à 0,65 $ US. Mais, malheureusement, pour plusieurs élevages québécois, le modèle de production bâti dans les années 1980 ne tient plus la route avec un dollar au pair. Il faut se rendre à l'évidence : une ferme de type naisseur-finisseur aux prises avec des crises de SRRP régulières et une productivité moyenne inférieure à 25 porcelets sevrés par truie par an ne peut s'en tirer sur le plan financier avec le prix américain du porc et le prix québécois des grains. À court et moyen termes, ces élevages sont appelés à disparaître si leur modèle d'affaires ne s'adapte pas. À moins que d'autres activités de l'entreprise ne soutiennent le porc.

Il ne faut pas non plus compter uniquement sur l'ASRA pour sauver tous les élevages. Pour bon nombre de ceux-ci, elle ne fait qu'étirer l'agonie et remettre à plus tard l'inévitable. C'est d'ailleurs ce qu'on constate lorsqu'on compare l'Ouest canadien et le Québec. L'outil demeure très bon pour surmonter les cycles baissiers, à condition de ne pas oublier de s'ajuster pour demeurer compétitifs à nos conditions de marché.

Malgré une bonne période cet été, la hausse fulgurante du prix des grains cet automne a mené et mènera à la liquidation de plusieurs troupeaux partout en Amérique du Nord. Faut-il céder à la panique et abandonner le navire? Certainement pas! Mais il faut être en mesure d'être rentable avec un dollar au pair.

Tant les éleveurs indépendants, les coopératives que les entreprises totalement intégrées sont en mesure d'y arriver si la bonne santé du troupeau et l'efficacité sont au rendez-vous. Et meilleure sera la coordination entre la production et l'abattage, meilleures seront les chances d'y arriver. C'est pourquoi, à l'heure actuelle, les entreprises efficaces totalement intégrées s'en sortent mieux et développent la production. Essentiellement, cet avantage provient de la synergie et de la rapidité d'exécution entre les différents maillons de la chaîne, ce qui permet la création de plus de richesse et une meilleure répartition des flux monétaires.

Pas besoin d'être intégré pour y arriver, mais il faut une sacrée bonne volonté collective de tous les intervenants de la chaîne pour en tirer les mêmes avantages si on ne veut pas se retrouver avec une hydre à mille têtes.

Nous savons tous que la réduction de l'offre nord-américaine aura pour effet de raffermir le prix du porc : c'est le cycle! Mais dans l'avenir, pour passer à travers ce cycle, l'industrie porcine québécoise devra s'adapter et produire avec des troupeaux en meilleure santé, plus efficaces et qui concordent avec les besoins du marché. C'est à ce moment que nous reverrons les vaches grasses paître dans nos prairies.

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